Escales documentaire de Libreville : « Aziz’Inanga, Eclipse du clair de lune », en ouverture…

lundi 20 novembre 2017 Culture & people


La chanteuse gabonaise Aziz’Inanga est à l’honneur dès ce lundi 20 novembre à l’Institut français, à l’occasion de la 12e édition des Escales documentaires de Libreville. En effet, la réalisatrice gabonaise, Alice ATERIANUS OWANGA lui a consacré un film qui a pour titre « AZIZ‘INANGA, Eclipse du clair de lune ». Ce film de 48 minutes est la première production qui sera projetée sur les écrans. Occasion pour la réalisatrice de se pencher sur le bien-fondé de cette première au Gabon. Entretien.

Gaboneco (Ge) : Pourquoi un film sur la chanteuse gabonaise Aziz’Inanga ?

Alice ATERIANUS OWANGA (AAO)  : J’ai rencontré Aziz’Inanga en 2011, initialement pour l’interviewer dans le cadre de mes recherches académiques. Anthropologue de profession, j’ai travaillé pendant plusieurs années sur l’histoire des musiques urbaines du Gabon (Ndlr : où j’habitais aussi jusqu’en 2014), j’ai collecté des archives et des mémoires de musiciens et d’acteurs des scènes musicales passées. J’avais bien sûr beaucoup entendu parler d’Aziz’Inanga à travers les coupures de presse, mais il y avait alors un mystère sur ce qu’elle était devenue et sa disparition de la scène.

Quand je l’ai finalement rencontrée, après avoir beaucoup insisté, j’ai été frappée par le charisme de cette chanteuse, la dureté de son histoire et la manière dont son parcours nous révèle un pan oublié de l’histoire du Gabon, ainsi que les conditions complexes de la condition d’artiste au Gabon. Je m’intéressais beaucoup dans mes recherches à cet effacement qui frappe certaines parties de l’histoire et de la mémoire du Gabon (archives abandonnées, absence d’accès aux documents…), et à l’oubli qui touche certains grands artistes, qui ont œuvré pour la construction de la culture au Gabon.

J’ai voulu faire un film sur elle pour lutter contre cet oubli, ramener ce passé à la mémoire, et aussi comprendre comment son histoire singulière se mélange avec la grande Histoire du Gabon et de la construction de la nation. Ce film sur Aziz’Inanga, c’est aussi et surtout le résultat d’une rencontre avec une femme incroyablement battante, dont l’histoire est porteuse d’espoir et de résilience. Enfin, c’est un film sur la musique, les émotions et la force qu’elle procure, un voyage musical et mémoriel auprès d’une grande artiste.

Ge : Pourquoi le titre « AZIZ‘INANGA, Eclipse du clair de lune » ?

AAO : J’ai ajouté « éclipse du clair de lune » au titre éponyme Aziz’Inanga, en clin d’œil au nom de cette chanteuse, et à l’éclipse qu’a connue sa carrière. De son vrai nom Azizet Marie Josée, elle a repris le petit nom que son père lui donnait (Inanga), pour créer le nom d’artiste Aziz’Inanga, qui veut dire « on ne peut éclipser le clair de lune ». Dans ce film, je raconte comment et pourquoi ce « clair de lune » s’est éclipsé, les conditions, contraintes et épreuves qui ont conduit à son renoncement. Que la carrière d’Aziz’Inanga reprenne ou non, j’ai pris le parti de considérer que cette disparition de la scène n’était qu’une éclipse, puisque sa musique continue à rayonner dans les mémoires des Gabonais et au-delà ; et qu’avec ce film, elle rayonnera, je l’espère encore davantage.

Ge : Quel est le message que vous véhiculez à travers cette première au Gabon ?

AAO : L’histoire d’Aziz’Inanga est une histoire universelle d’une femme qui s’est battue, pour faire entendre un message, pour sa famille, pour pouvoir vivre de sa musique dans un contexte autoritaire, contre la maladie. En ce sens, son histoire peut toucher tout le monde. Par ailleurs, plus spécifiquement au Gabon, ce film est aussi un message sur l’importance de la mémoire, sur la condition critique des artistes au Gabon, en lien avec la question des droits d’auteur, et sur l’importance de faire entendre ces voix qui nous viennent du passé, mais qui sont malheureusement occultées, instrumentalisées, dénigrées. J’ai voulu faire un film pour lutter contre cet oubli, et aussi peut-être pour que les erreurs du passé ne se reproduisent pas dans le présent.

Ge : Aziz’Inanga ne chante plus depuis longtemps est-ce un tort de sa part ?

AAO : La question n’est à mon avis pas là : Aziz’Inanga chante si elle veut chanter et pour qui elle veut chanter. Son choix d’arrêter la chanson trouve ses racines dans différents éléments expliqués dans le film. La question est plutôt de savoir : pourquoi en arrive-t-on au Gabon à ce que ceux qui ont contribué à la construction et au rayonnement de la culture gabonaise, ceux dont les créations ont nourri et ému des générations, ceux qui pourraient et devraient former les artistes contemporains, en viennent au renoncement, à l’exil, à l’abandon ou au dégoût pour l’exercice de leur art ? Quels mécanismes concourent à cette absence de reconnaissance des artistes localement ? Il y a une véritable question à se poser si l’on veut assurer au Gabon l’épanouissement d’industries culturelles et d’un champ artistique créatif, autonome, et acteur de la société dans laquelle il évolue.

Ge : Vous avez un projet pour la promotion internationale de votre film ?

AAO : Oui, après cette diffusion en avant-première au Gabon, nous allons nous atteler à ce que le film soit présenté dans des festivals internationaux. Mes précédents films ont été diffusés dans des festivals en France, au Canada, dans différents pays africains et européens, puis sur des chaines de télévision comme TV5 Monde, et nous allons faire notre possible pour que celui-ci soit vu en dehors des frontières du Gabon. Des projections seront organisées dans différents pays une fois les festivals effectués.


Interview réalisée par YAO

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