Elections couplées 2018 : La victoire sans éclat du PDG !

lundi 22 octobre 2018 Politique


Si l’on en croit les résultats du premier round des législatives du 6 octobre dernier et ceux des locales, publiés par le Centre Gabonais des Elections (CGE), le PDG se taille la part du lion avec 74 députés déjà élus. Et comme si cela n’était pas assez, le parti au pouvoir figure encore parmi de nombreux ballotages au second tour, (Ndlr : 54 pour être précis). Une poussée à la soviétique qui fait déjà craindre une rafle de tous ou presque des sièges de l’Assemblée nationale. Ce qui laisse peut de place à l’opposition qui devrait, une fois de plus aller végéter dans la rue comme elle s’y est déjà habituée. Mais le PDG doit-il pour autant bomber le torse pour un scrutin où à peine 1 électeur sur 3 est allé voter ?

A voir les PDGistes qui se pavanent ici et là en affichant ostentatoirement et fièrement leur joie quant la large victoire dès le premier tour des législatives comme des guerriers qui viennent de remporter une bataille cruciale, on pourrait se demander s’ils sont même, ne serait-ce que pour une minute, inquiétés par le taux d’abstention record qui gâche leur triomphe. Evidemment qu’ils ne semblent pas s’en soucier, occupés essentiellement à exprimer leur joie pour une victoire qui charrie avec elle, des effluves d’illégitimité due au faible taux de participation estimé à seulement 20%. Pourtant ce taux de participation devrait être l’indicateur d’un désintéressement presque général de la population. Ce qui devrait interpeller toute la classe politique, aussi bien les PDGistes qui jubilent et savourent une victoire moche que l’opposition qui a subi les secousses mortelles du tsunami électoral causé par le parti démocratique gabonais.

Et ce d’autant plus que cette abstention record estimée à près de 80% pose un réel problème de légitimité aussi bien de ceux qui ont été élus au PDG que de ceux qui se sont effondré à l’opposition. En un mot, c’est tout le personnel politique qui s’est retrouvé comme sanctionné par un peuple désabusé par des élections entachées des soupçons de fraude avérée ou supposée. A cela s’ajoute l’inconsistance d’une opposition dans sa grande majorité alimentaire, ballotée par le vent de l’argent et donc prête à toute sorte de compromis ou d’alliance contraire à son idéologie, du moins ce qui pourrait l’être. Un marchandage politique ambiant qui a fini par polluer et discréditer la scène politique nationale au point que les électeurs, ceux de l’opposition surtout, déroutés et ne sachant plus quoi faire ont décidé de sanctionner par leur abstention.

Le boycott de Jean Ping

Il est un autre fait que l’on semble ignorer dans l’interprétation de cette abstention remarquable. C’est l’appel au boycott de l’ancien candidat de l’opposition à la dernière présidentielle, Jean Ping qui avait refusé de prendre part au scrutin, craignant de légitimer ainsi la « victoire volée » de son rival de beau-frère, Ali Bongo Ondimba, dont il continue de rejeter jusqu’ici la légitimité au pouvoir. Ce qui pourrait signifier que l’opposant reste encore populaire sur la scène politique nationale et que sa voix continue à résonner avec un écho favorable chez les partisans de l’opposition. Avec ce boycott largement suivi, l’ancien président de la commission de l’Union africaine prouve qu’il reste incontournable dans le jeu politique gabonais, quoi qu’on veuille le coffrer, et qu’aucune sortie de crise ne saurait être possible sans lui. Et le PDG s’en sort largement vainqueur pas parce qu’il est populaire, ou adulé par les Gabonais, mais simplement parce que l’électorat de l’opposition ne s’est pas rendu aux urnes.


Leno KOLEBA

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