Elections couplées 2018 : L’opposition victime de ses errements !

mardi 9 octobre 2018 Politique


Même si les résultats compilés définitifs ne sont pas encore connus, la plupart des procès verbaux en possession des différents états-majors donne largement le parti démocratique gabonais (PDG) vainqueur du premier tour. Le porte-parole du palais présidentiel, Ike Ngouoni Oyouomi, lui parle de plus de plus de 80 députés PDG élus dès le premier tour sur les 143 que compte l’Assemblé nationale. A cette allure, même s’il existe encore un deuxième round dans certaines localités, il semble que la messe est dite pour une opposition prise au piège de sa propre instabilité politique.

Déculotté, échec cuisants, etc. Autant de qualificatifs péjoratifs pour décrire la déroute au premier tour de l’opposition aux législatives et locales du 6 octobre dernier. Une véritable bérézina pour la pléiade d’opposants qui avaient cru vainement, deux ans après la présidentielle chaotique de 2016, que leur bête noire, Ali Bongo Ondimba était toujours en mauvaise posture au point de perdre l’Assemblée nationale.

Qu’il s’agisse de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Guy Nzouba Ndama à Koulamoutou, de Dieudonné Moukagni Iwangou à Mouila ou encore de Michel Menga Messone à Ntoum, le naufrage est sans précédent. Et l’ampleur du naufrage est telle que même Barro Chambrier, le président du Rassemblement Héritage et Modernité (RHM) et le porte-parole de Jean Ping, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, n’ont pas réussi à passer haut les mains le premier tour. Autant dire que l’opposition est désormais en pleine noyade, due à plusieurs raisons.

La main du pouvoir

Traumatisé par le verdict de la présidentielle à l’issue de laquelle il a perdu dans 6 des 9 provinces, le pouvoir qui ne voulait pas prendre le risque de perdre le Palais Léon Mba dans la foulée de 2016, a joué des subterfuges ingénieux pour retarder la tenue des législatives prévues en décembre de la même année. Histoire de tempérer les ardeurs contestataires d’une opposition qui avait alors le vent en poupe, suite au doute ayant entaché la réélection contestée d’Ali Bongo. D’où les multiples reports du scrutin.

Les querelles de l’opposition

Manifestement le dilettantisme stratégique du pouvoir n’aura pas été la seule cause de la débâcle collective de l’opposition. Il faut donc ajouter les guéguerres et autres conflits internes. Puisqu’après avoir attendu en vain l’avènement au pouvoir de leur figure tutélaire, Jean Ping qui erre, tricard, dans un silence d’abandon, la coalition de l’opposition s’est déchirée en trois chapelles. La première, composée des René Ndemezo’Obiang, David Mbadinga et tous les autres affiliés, a vite rejoint le pouvoir qu’elle présentait au paravent comme le mal absolu du Gabon. La deuxième, composée des radicaux proches de Ping, après avoir opposé un refus catégorique quant à leur participations aux élections, ont fini par revoir leur position, craignant de laisser un boulevard à Ali Bongo.

Parmi ceux-là, on trouve Guy Nzoumba Ndama, Alexandre Barro Chambrier, Zacharie Myboto, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi et autres. Quant à la troisième, composée des plus radicaux, dont l’ancien premier ministre, Jean Eyeghe Ndong, elle a, par sa fidélité absolue à l’opposant, refusé de participer à une "mascarade électorale" au risque de légitimer un "pouvoir usurpé ". Devant ce flou complet, les électeurs de l’opposition, déroutés et désabusés, ont décidé de ne pas aller aux urnes. Ce qui pourrait expliquer l’abstention record du 6 octobre dernier.

Et le PDG en sort vainqueur, non pas parce qu’il serait forcément populaire, mais simplement parce qu’il a convaincu ses électeurs de la nécessité de ce vote. Autant dire qu’avec cette victoire, l’opposition, clouée au pilori par ses propres travers, devra encore errer dans la rue pendant que le PDG, ultra-majoritaire au palais Léon Mba, lui devra encore dicter sa loi pendant les cinq prochaines années. On comprend alors qu’entre l’opposition et son électorat, la réconciliation s’annonce déjà difficile.


Leno KOLEBA

Répondre à cet article

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Articles relatifs