Elections africaines : A quoi bon ?

mardi 27 octobre 2015 Speciales


Quand on sait combien elles coûtent, les élections, y compris la présidentielle que l’on dit la plus coûteuse de toutes et la capitale, on se demande pourquoi elles sont sans cesse organisées si c’est pour que de nombreux citoyens parmi ceux qui ont accepté d’aller aux urnes se plaignent des résultats. Les contestations qui relèvent de l’humain certes, cachent malheureusement des vérités.

La première d’entre elles, c’est les mauvaises conditions d’organisation qui garantissent de facto la victoire au candidat du pouvoir. En amont, l’opposition, la société civile, mais aussi le clergé et une bonne frange de la population, ont souvent dénoncé, sans avoir été compris, cette forfaiture, avant qu’en aval, elles attirent toutes l’attention de la communauté internationale cette fois sur les dangers qu’il y’a à considérer ces élections comme crédibles.

 L’on ne nous dira pas que c’est une fatalité pour l’Afrique de connaître le phénomène, car il y a déjà eu bien des exemples qui prouvent que l’Africain est lui aussi doté de bon sens que René Descartes définissait comme la chose du monde la mieux partagée. Nous n’en voudrons pour preuves que le Bénin, le Ghana, le Libéria, le Mali, le Nigéria. Là où des chefs d’Etat sortants pourtant candidats à leur propre succession sont allés après avoir été convaincus qu’ils étaient battus, serrer la main de leur adversaire d’hier, successeur d’aujourd’hui, le féliciter et au besoin lui prodiguer de sages conseils pour le bien de la communauté, n’est- ce pas cela que l’on jure de réaliser lorsque l’on se proclame candidat à une élection ?

 Dans de nombreux autres pays, le temps des élections est celui de tous les dangers, car en dehors du fait qu’il s’y passe des manifestations parfois violentes, la machine économique est dans l’obligation de tourner pendant un certain temps au ralenti, non pas que l’on ait forcément truqué les résultats, mais peut-être aussi parce que le discours de certains attise les flammes que cachent souvent des cendres.

 La remise en cause de l’ambivalence de plus d’un politique

Mais, force est également de reconnaître que la mauvaise foi ou le jeu politicien qui consiste à faire croire au peuple le contraire de la vérité peuvent y être pour quelque chose. D’où, l’on se demande à quand la fin de ces gesticulations ? Des scénarii, il y en a de toutes sortes chaque fois que l’on parle d’élections sur le continent qui vont du désir du chef d’Etat sortant de se succéder à lui-même à la collusion existant entre le pouvoir et une certaine opposition pour continuer à jouer, peut-on dire, avec le mental déjà fragilisé des populations.

Cela pour être plus clair se traduit dans la plupart des cas par la défection de quelques opposants déclarés parfois le jour même du vote. Et, fait curieux, ces mêmes opposants reviennent quelques années plus tard en quête d’électorat. Dans cette confusion visiblement entretenue, évolue plus d’un homme politique ici. Ce qui s’est souvent passé il y a des années avec d’anciens chefs d’Etat semble se reproduire par ces temps de démocratie et de multipartisme. C’est-à-dire que comme le décrivait l’écrivain du « Soleil des indépendances » Amadou Kourouma dans « En attendant le vote des bêtes sauvages », il devient difficile de dissocier l’art de gouverner et l’art martial, tant les autorités élues de nos pays s’investissent à fond dans l’usage de la violence, dans le règne par le sang et la terreur, dans le pillage, les tueries, les sacrifices humains et autres mensonges hyperboliques. Il est partout reproché aux autorités d’aller chercher leurs électeurs jusque dans leur lit de mort quand ils ne se limitent pas au fœtus paisiblement installé dans le ventre de sa mère.

 Un constant effarant

Ce qui a pour conséquence principale d’avoir une liste et un fichier électoral non- conforme à la réalité, ce d’autant plus que les recensements qui se font au petit- bonheur la chance, coûtent trop d’argent nous ressasse-t-on. A quand l’Etat de droit qui commence par l’érection d’institutions valables pour tous au sens où elles sont au service de la nation, dire que le président d’une République est lui- même la première de ces institutions ?

 Depuis la présidentielle au Burundi qui a vu la majeure partie de la population et la communauté internationale condamner fermement la violation par Pierre Nkurunziza de la loi fondamentale du pays pour briguer un troisième mandat anticonstitutionnel à la Côte-d’Ivoire où la réélection programmée d’Alassane Dramane Ouattara suscite des commentaires pas souvent élogieux à son endroit, en passant par la Tanzanie et le Congo où les hommes de pouvoir sont à tort ou à raison accusés de vouloir, s’ils ne l’ont déjà fait, établir un potentat, la présidentielle est source à problèmes puisqu’elle menace toujours le mince équilibre socio- politique observé.

Quel crédit pour des pays et au-delà un continent sur lequel les personnalités sensées sauver la République ne s’illustrent que par des actes douteux ? Qu’en pensent les pays développés et les organismes internationaux qui ne cessent d’investir et leur argent et leur temps dans l’aide à l’organisation d’élections sous nos cieux ? Ce qui se passe sous leur nez et leur barbe saurait- il rester indéfiniment sans remarques pertinentes ? Et le changement de mentalité qu’en dit- on ?


JGN

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