Education : Le coup de gueule d’Ali Bongo Ondimba contre les enseignants grévistes

mardi 18 septembre 2018 Politique


Dressant le week-end dernier, un bilan peu flatteur de l’éducation nationale, le Président de la République, Ali Bongo Ondimba, n’a pas manqué de jeter l’opprobre sur le corps enseignant qu’il considère être l’un des artisans de la dégradation du système scolaire gabonais au regard des revendications incessantes malgré les salaires confortables dont bénéficient certains enseignants et des avantages liés à leur fonction.

Annoncé le 16 août dernier, la veille du 58e anniversaire de l’indépendance du Gabon par le Président de la République lors de son discours de circonstance puis, analysé par le Professeur Patrick Toufick Mouguiama Daouda, coordonnateur général des travaux de l’étude sur la situation de l’éducation au Gabon, a donné lieu à un rapport de la Task Force sur l’éducation officiellement remis vendredi 14 septembre au Président de la République. Non encore diffusé, le bref bilan du contenu de ce rapport dresse un constat marqué par le niveau alarmant de dégradation de l’enseignement au Gabon. Redoublement, orientation, décrochage scolaire et résultat final du baccalauréat, le rapport final du Professeur montre une tendance générale à la baisse des indicateurs de performances scolaires. Cette tendance s’applique aussi bien aux cycles primaire, secondaire qu’à l’université.

En classe de 6e notamment, le taux de redoublement est évalué à environ 50% sur l’ensemble du territoire. Au cycle secondaire, seul 4% des élèves optent pour l’enseignement technique. Et en 2018, à peine 19% des bacheliers ont porté leur choix sur des filières techniques et scientifiques malgré le nouveau positionnement économique du Gabon en faveur de l’industrialisation. Cette tendance tend à avoir une répercussion sur le chômage galopant actuel mais peut aussi s’expliquer par bien des facteurs comme le manque d’une véritable culture nationale scientifique et des infrastructures de base. Chaque année, on note un taux de décrochage scolaire d’environ 40% des élèves du premier cycle.

Bien que conscient de la responsabilité du gouvernement dans cet échec du fait de l’inexistence d’une « politique » nationale éducative efficiente, le Président de la République ne manque pas moins de pointer un doigt accusateur en direction des enseignants grévistes.« Quand on voit les revendications continuelles d’un certain nombre d’enseignants pour ce genre de résultats, mais j’aurai honte en tant qu’enseignant ! J’aurai honte que dans ma classe, la moitié échoue ! » a fustigé le Président de la République . Pour lui, de tels résultats ne sont pas corolaires à leurs revendications surtout au regard des salaires dont bénéficient certains. « Je ne devrais pas réclamer comme je le fais alors que dans la fonction publique je suis parmi les mieux payés pour ce résultat-là  », a-t-il ajouté à l’occasion de la cérémonie de remise du rapport final sur l’état de l’éducation au Gabon.

Depuis quelques années en effet, les années scolaires sont rythmées au Gabon par des grèves à répétition déclenchées par les syndicats de l’éducation nationale regroupés au sein de la Confédération syndicale Dynamique Unitaire (DU) dont le Président est Jean Remy Yama, qui revendiquent des fondamentaux inhérents au fonctionnement d’une école comme des salles de classes, des bibliothèques… et des meilleurs conditions de traitement salarial. Ces revendications qui mettent en opposition le gouvernement et les partenaires sociaux débouchent souvent sur des grèves de longues durées qui au final pénalisent l’équilibre des années scolaires, par l’arrêt intempestif des cours. Avec les mesures d’austérités prises par le gouvernement en juin dernier, les mêmes syndicats ont promis boycotter l’année scolaire à venir. Depuis l’annonce de cette décision, ces derniers ne manquent pas de multiplier des actions pour dire « Non » à ces mesures. Le gouvernement attentif à leurs actions de lutte sur le terrain observe le moindre mouvement. Ces signaux sont peut-être le spectre d’un énième trouble d’un secteur vital comme celui de l’éducation.


Michaël Moukouangui Moukala

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