Education : La détresse des élèves des établissements publics gabonais

samedi 4 mars 2017 Société & environnement


Contraints de demeurer chaque jour à la maison sans recevoir d’enseignement scolaire à cause des tensions qui existent entre l’Etat et le syndicat national de l’éducation (Conasysed), les élèves des établissements publics de la capitale n’en peuvent plus de cette situation. Rencontrés, ils appellent les deux parties à un consensus.

Si la constitution gabonaise reconnaît l’école comme un droit précieux, la persistance des grèves dans le secteur de l’éducation nationale bafoue ce droit. Et cette tragique situation qui hypothèque l’avenir de l’enfant gabonais perdure depuis bien des années et n’est pas prêt de s’arrêter. Pour la Conasysed, le syndicat de l’éducation nationale au centre de la grève, il n’est pas question de mettre fin à ce mouvement en reprenant le chemin des cours, si leurs revendications ne sont pas prises en compte par leur ministère de tutelle. De son côté, le Gouvernement, via le ministère de l’Education clame ne pas disposer d’assez de moyens pour répondre à la volonté des agents publics grévistes.

Cantonnés entre deux pôles, c’est sur fond de jeu d ‘échecs aux conséquences redoutables sur la pertinence et l’image de l’enseignement au Gabon que les deux parties jouent. De manière unanime, elles refusent de parvenir à un consensus. Et c’est avec tristesse que des élèves rencontrés dans des lycées et collèges observent la déchéance de l’école nationale et l’hypothèque de leur avenir. « Moi ça m’énerve, ça me choque, ça me fait mal parce que comme je suis dans un établissement public, je subis les caprices des enseignants. Si mes parents avaient les moyens, j’aurais changé d’établissement et sollicité une place au privé, mais pour le moment je me contente de suivre des cours de soutien mais ce n’est pas trop ça  », s’insurge Maisha, une élève du lycée Sibang, un établissement public situé dans la partie sud de Libreville.

Selon l’élève, cela fait environ quatre mois qu’il n’y a aucun cours dans son établissement, quelle n’a suivi aucun cours. «  Mes cahiers sont vides j’ai moins de dix leçons et la direction ne fait que mettre des annonces concernant la date limite des dossiers des examens. Mais quels examens allons-nous passer dans de telles conditions d’apprentissage ? Expliquez-moi ? », relève Maisha.
Lorsque vous lui demandez si elle fait de temps en temps des tours dans son établissement pour voir si les cours ont repris, Maisha répond : « Non, mes parents refusent que j’aille à l’école à cause des bagarres et affrontements qu’il y a entre élèves et policiers ! »

Même réalité, autre témoignage. Au lycée national Léon Mba, autrefois établissement public célèbre pour son sérieux et la qualité de ses résultats et qui depuis quelques années a perdu ses lettres de noblesse, l’établissement n’est pas épargné par la crise. Là-bas, la situation est la même pour Amélie, une élève en classe de 4e. « Nous n’avons plus cours, depuis décembre on part à l’école mais les enseignants ne sont pas là, et même quand ils viennent, ils passent leur temps à papoter entre eux. A la rentrée ils faisaient au moins semblant mais là, c’est grave ! Je ne pars même plus à l’école parce que le portail est quotidiennement fermé », fait-elle remarquer. Comme Maisha, Amélie éprouve elle aussi le même mal, celui d’être inoccupée lorsque ses amis et voisins vont à l’école. « Cela m’attriste et me fait mal, parce que je suis assise à la maison sans apprendre pendant que mes copines du Collège Bessieux vont à l’école chaque matin ».

De manière unanime, les deux élèves souhaitent la reprise des cours et appellent les deux parties à un consensus. «  Je veux que les grèves s’arrêtent, je veux être en classe de 3ème l’année prochaine et passer mon BEPC. Mais si cette année je n’apprends pas, comment je ferai après ? Les syndicats et le gouvernement doivent s’entendre, ils doivent penser à l’avenir des enfants qui sont au public. Nous savons bien que leurs enfants sont en France, au Maroc ou ailleurs mais pensez aussi à ceux qui n’ont pas d’argent pour envoyer leurs enfants étudier à l’étranger. »


Michaël Moukouangui Moukala

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