Edito : « Sois le meilleur où que tu sois »

mardi 17 mai 2016 Speciales


Le pasteur américain Martin Luther King qui nous le recommandait n’avait pas cru si bien dire, lui, pour qui ce qui importe ou ce que l’on gardera en souvenir du passage de l’Homme sur cette terre, c’est bien ce qu’il a fait avec abnégation et zèle peu importe son domaine de compétence. Nous venons de vivre justement un exemple suite au décès sur scène de Papa Wemba à Abidjan.

Tous ceux qui ont jeté un regard sur la littérature française ont en mémoire le nom d’un certain Jean- Baptiste Poquelin, plus connu sous le pseudonyme de Molière. Cet homme de théâtre qui mourut en jouant l’une de ses pièces de référence « le malade imaginaire ». Lorsqu’il y a quelques temps l’artiste-musicien, pape de la rumba congolaise, Papa Wemba s’écroulait lors d’un spectacle qu’il donnait dans une des salles de spectacle de la capitale économique ivoirienne, il nous rappelait Molière et un peu avant lui, Emoro de l’Empire Bakuba tombé, lui aussi, devant ses fans en plein spectacle à Maputo au Mozambique. Ce que l’on retient après ces morts subites, c’est le mot d’un autre artiste congolais des années des indépendances, Franklin Boukaka qui nous apprenait dans l’une de ses chansons qu’un jour un vieux lui dit en substance ‘’Mon fils, sur terre tout le monde va mourir, mais que toutes les morts n’ont pas la même signification’’ ; et celui d’un autre africaniste Birago Diop pour qui ‘’les morts ne sont pas morts’’.

Que l’on se situe sous l’angle perçu par l’un ou par l’autre, il y a une sorte de constante, c’est le fait que les « héros » soient rendus immortels après leur passage sur terre. Et, ces « héros », sont des gens de conditions sociales différentes les unes des autres. Histoire de dire qu’il est plus qu’important de se distinguer des autres dans l’exercice de ses fonctions, de son métier, fut-il le moins noble aux yeux du commun des mortels, « si tu ne peux être sentier, sois coteau ! ». Pour certains, il a fallu attendre la mort de Papa Wemba pour mesurer non seulement l’étendue de son aura, mais aussi son poids sociologique à travers la planète sur laquelle tous les coins ont été théâtres de mobilisation en sa mémoire.

C’est que son œuvre a plus qu’enchanté et fait danser des mélomanes et que dire des émules ? Oui, les émules parmi lesquels ceux qui s’inspireront de lui pour pérenniser l’œuvre gigantesque de leur prédécesseur.

La gloire post-mortem

Avec le triste évènement de son décès, l’on a été convaincu qu’il n’avait plus de patrie et qu’il était devenu l’enfant du monde entier, car noirs, blancs, jaunes, bref, hommes de toutes les couleurs, ont compati au malheur qui frappait au premier chef le peuple congolais, Papa Wemba ayant vu le jour à Kinshasa. D’où l’intérêt pour tous de s’inspirer de lui et d’autres personnalités de l’art, du sport, de la littérature qui s’illustrent par leur sens du service bien fait, leur amour- passion pour ce qu’ils font, leur abnégation au point de susciter admiration et respect.

Nous avons d’ailleurs retenu ce mot d’un responsable politique congolais affligé qui répondait aux journalistes que l’effet Papa Wemba n’a d’égal que celui provoqué par les Luambo Makiadi Franco, Pépé Kallé, Madilu System et autres Emeneya Jo Kester, qui ont laissé leur nom gravé en lettres d’or sur les grandes avenues de la capitale congolaise, avant d’ajouter qu’il retiendra une et une seule chose : que toutes ces personnes disparues ont vécu comme ambassadeurs de leur pays à travers le monde, sur les cinq continents où ils ont été de véritables porte- étendards du Congo, ce qui constitue une fierté légitime et nous renvoie à l’œuvre « Les cinquante ans de musique congolo- zaïroise » de feu Sylvain Bemba dans laquelle il soulignait qu’il ne comprenait pas qu’une musique au demeurant pauvre en thèmes puisqu’on y trouve souvent les mêmes « amour, déception, scène de ménage, etc. » se soit répandue avec une célérité surprenante à travers la planète.

C’est ici l’occasion pour tous d’honorer leurs héros et d’accorder un cachet particulier aux œuvres de l’esprit qui sont une marque de fabrique et propulse les civilisations africaines dans le « village planétaire » de Marshall McLuhan, « la civilisation de l’universel » de l’immortel Léopold Sédar Senghor. Et quand on sait combien l’art et la culture participent dans certains pays au financement de l’assiette fiscale, il y a de quoi susciter admiration, avons-nous dit, et respect. Invite donc aux décideurs « porteurs de responsabilités » à valoriser ce secteur souvent resté l’enfant pauvre des nations et permettre alors à ceux qui s’y consacrent de vivre de leur art et de contribuer à la visibilité de leur pays à l’échelle internationale.


Dounguenzolou

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