Edito : Quelle place pour la Culture ?

mardi 23 janvier 2018 Speciales


Que de bistrots, que d’églises, que de distractions parfois nuisibles ! De nombreux observateurs qui n’ont rien contre le fait que ces activités citées soient si nombreuses quel que soit le statut du pays dans lequel on vit, recommandent quand même qu’elles soient en nombre suffisant pour ne pas donner l’impression qu’elles sont de trop. Or, sous nos cieux, cela semble être le cas, ce d’autant plus que les créateurs des œuvres de l’esprit se sentent, disent-ils eux- mêmes, marginalisés. D’où les grincements de dents observés ci et là, grincements de dents qu’accompagnent des plaintes qui suffisent à imaginer ce qui se passe dans la tête de tout un chacun.

Il n’est qu’à échanger avec l’un d’entre eux pour comprendre que les créateurs des œuvres de l’esprit qui représentent à nos yeux toute la communauté pensante, ne sont pas satisfaits du sort qui est le leur dans un pays qui a pourtant du mal à s’affirmer sur le plan culturel, pourquoi ne pas dire dans le concert des nations. Combien d’industries culturelles compte le Gabon ? Combien de musées existe-t-il ici ? Combien de bibliothèques dignes de ce nom y’a-t-il ? Combien de discours suivis de faits ont-ils été tenus aux créateurs des œuvres de l’esprit ?

Ces questions non-anodines renvoient à une et une seule réalité : on n’en fait pas trop pour ceux qui ont la noble charge de créer, collecter et valoriser dans le but de la ou les pérenniser notre ou nos cultures en commençant par les reproduire ou en y ajoutant une couche personnelle qui est leur propre marque et les distingue des autres, leur donnant du coup une valeur ajoutée. Pour ce faire, il faut à ceux qui sont chargés de veiller au développement de toutes les activités dans le pays, c’est-à-dire les gouvernants, se montrer réceptif aux complaintes sans cesse grandissantes des artistes, des chercheurs, des intellectuels en un mot qui se penchent quotidiennement sans complaisance sur le passé, le présent et l’avenir de la société. Pour inventer celui-ci, l’avenir, et participer à l’œuvre d’émancipation de ladite société. C’est pourquoi, il serait plus que nécessaire de les encourager. En les marginalisant, l’on donne l’impression que leur travail ne revêt que très peu d’importance chez nous.

Et pourtant…

Quel regard a-t-on par exemple porté sur l’invitation aux Nations-Unies de Pierre-Claver Akendengué l’année dernière ? Quel concours apporte-t-on aux spécialistes de l’art dramatique comme Dominique Douma quand on sait le rôle qui est le leur dans une société humaine ? Souvenons-nous un instant des Molière et Jean de la Fontaine qui dénonçaient les vices de la société française de l’époque dans le souci de la changer objectivement et positivement. Que serait devenue la France aujourd’hui si elle ne se contentait que de son régime monarchique qui marchait sur les droits des populations ? Aurait-elle connu la révolution salvatrice de 1789, œuvre en grande partie des populations certes, mais aussi et surtout des hommes de lettres du siècle dit des lumières qu’ont été les Jean-Jacques Rousseau et les Montesquieu pour ne nous limiter qu’à ces deux à travers leur best- seller, j’ai respectivement cité : « le Contrat social » et « l’Esprit des lois » ?

Quand certains spécialistes des sciences de la communication évoquent l’américanisation de la société occidentale, à quoi font-ils référence ? Nous croyons savoir qu’ils font référence beaucoup plus à l’invasion culturelle américaine qui passe par des canaux tels les industries culturelles au nombre desquelles l’industrie cinématographique qui, mieux que d’autres, transporte « l’american way of life » en dehors des frontières américaines intéressant et au-delà « avilissant » les populations européennes, nous laissant avancer que la véritable guerre du XXIème siècle n’est pas celle que l’on se livre avec des armes, mais plutôt celle menée sur le plan culturel.

Car celle-ci transforme sans détruire. C’est la raison pour laquelle des mots tels ceux d’un Léopold Sédar Senghor qui invitait tous les peuples du monde sans distinction au « rendez-vous du donner et du recevoir » doivent être plus que jamais pris en compte de même qu’ils doivent inciter à une valorisation du phénomène culturel, celui qui, selon nombre d’Africanistes dont Amadou Hampaté Bâ, est assimilé à un vêtement, encore qu’ils vont plus loin, ces Africanistes, dans leur analyse consistant à tenter de faire comprendre aux communautés humaines qu’il n’est rien de plus valeureux que la culture dans une société.


Dounguenzolou

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