Édito : Pour que vécu rime avec développement

mercredi 26 juin 2019 Speciales


A quoi cela sert-il de rencontrer régulièrement des personnalités qui font l’histoire ou de voyager à travers le monde quand l’on manifeste un manque de volonté ou une incapacité à s’inspirer des autres pour asseoir positivement son expérience ? En Afrique, bien d’États se distinguent des autres par la négligence qu’ils semblent afficher devant l’exigence, l’urgence et la nécessité pour le bien des habitants et du pays par ricochet de certaines mutations ne relevant pourtant pas du miracle selon les fins analystes qui marquent leur curiosité et leur étonnement face au retard pris par de nombreux pays qui, selon eux, méritent bien plus que ce qu’ils devaient représenter, cette situation étant souvent tributaire des dirigeants dont le discours contraste foncièrement avec les actes très souvent décriés sans qu’aucune correction n’y soit apportée quand elles, ces corrections, ne tardent pas à venir, donnant l’impression que cela relève d’une fatalité qui n’en n’est pourtant pas une.

« Quiconque a beaucoup vu peut avoir beaucoup retenu », « le voyage forme la jeunesse », voici deux phrases très significatives et lourdes de sens que l’on devrait méditer lorsqu’il est inscrit dans nos gênes que nous sommes appelés à réussir. La réussite est en effet la résultante de notre capacité à confronter les réalités afin d’en tirer le maximum de profit et d’améliorer l’existant. Qu’est-ce à dire ? Qu’un être humain qui a croisé sur son chemin plusieurs autres que l’on considère ci et là comme des références ou qui a voyagé dans plusieurs pays à travers le monde n’est que très peu excusable lorsqu’en dépit des moyens dont il a sa disposition, il ne daigne pas s’asseoir un instant pour passer dirait-on en revue tout ce qu’il a entendu ou vu et voir qu’est-ce qui dans ce « fouillis » est susceptible de l’aider dans la réalisation de ses projets. Cela éviterait à l’Afrique d’être traitée comme elle ne le souhaite visiblement pas.

L’Agronome René Dumont a en son temps écrit « l’Afrique noire est mal partie » considéré jusqu’aujourd’hui comme un véritable brulot quand bien même les thèses contenues et soutenues avec force arguments dans cette œuvre continuent d’être vérifiées et de faire école. L’écrivaine camerounaise Calixte Beyala, elle, a pondu « Et si l’Afrique refusait le développement » qui sonne comme une interpellation pour que le continent sache qu’il a atteint depuis l’âge de la responsabilité et que pour cela, il est de bon ton et de son devoir de faire preuve de maturité en opérant des choix intéressants.

Tout devrait commencer par la satisfaction des besoins primaires des populations dont le quotidien est hélas fait de sang, de pleurs, de maladies, d’épidémies, de famine, de malnutrition, d’absence ou d’insuffisance d’infrastructures, de migrations forcées dont de nombreuses indésirables qui ont sans doute suscité la réaction de l’ancien Premier-ministre français Michel Rocard lorsqu’il s’était écrié : « La France ne peut pas supporter toute la misère du monde, mais elle prendra sa part ». S’il est plausible d’affirmer que oui, l’Europe en général, la France en particulier, fait l’effet d’un miroir aux alouettes pour bon nombre d’Africains à cause des récits et images qui leur parviennent par médias et discours interposés, il est aussi vrai d’avancer que tous ces femmes et hommes qui choisissent de quitter leur pays pour tenter d’y aller trouver refuge ne le font pas pour rien, mais parce qu’ils sont guidés par un certain instinct de survie, ce qu’il faut leur accorder par humanisme, eux, comme les autres êtres vivant sur terre, ayant droit à la vie avec tout ce qu’elle renferme de commodités.

Pour que richesse et stabilité revêtent un sens !

Comment ne pas pouvoir se mettre à la place de gens qui fuient les combats ou les exactions dont se rendent responsables des groupes armés, Boko Haram, État islamique et autres mouvements rebelles opérant par exemple dans l’est de la République démocratique du Congo ? Comment ne pas comprendre que pour tenter d’assurer leur survie, de millions de personnes choisissent parfois contre leur gré de quitter la terre qui les a vu naître pour se diriger vers un pays qu’il soit de l’Hémisphère Nord ou de l’Hémisphère Sud, et oui, l’Hémisphère Sud, car l’expérience démontre que, contrairement aux idées préétablies, la destination la plus prisée par les demandeurs d’asile ou les migrants, ce n’est pas l’Europe si souvent pointée du doigt par les adeptes de clichés du genre Rassemblement National (RN) en France, mais plutôt l’Afrique leur continent où l’on observe chaque jour des mouvements d’une zone vers une autre, d’un espace vers un autre, d’une région vers une autre avec une facilité parfois déconcertante renforcée par le fait que nombre de pays qui composent le continent sont séparés par des frontières dites « coup de couteau », héritées de la coloniale et non par des frontières naturelles qui allaient certainement ralentir les déplacements d’un lieu à un autre en dehors d’octroyer des facilités dans les opérations de contrôle et de vérification aux frontières.

La plupart des personnes surprises en train d’évoquer ce phénomène en l’absence quasi-généralisée de sondages sur la question répondent que ce sont les conditions de vie précaires qui poussent de nombreux Africains à opter pour le départ de leur pays à leurs risques et péril. Que leurs pays éprouvent des difficultés conjoncturelles à prendre en charge la totalité de leurs populations, surtout lorsque celles-ci se comptent par dizaines de millions, pourrait se comprendre, mais que penser d’États riches de leur sol et sous-sol, donc « bénéficiaires » d’une économie de rente et traversant, à la différence des autres, des crises structurelles qui ne veulent ou n’arrivent pas à assurer le minimum vital aux leurs ? Doit-on admettre pour faire plaisir que dans lesdits États, les populations soient, elles aussi, réduites à vivre les mêmes cauchemars que leurs voisins et que leurs pays ne connaissent point de développement sur tous les plans ? Soyons clairs et terre-à-terre : est-il concevable qu’alors que des instruments de mesure tels le Produit national brut per capita (PNB) ou le Produit intérieur brut (PIB) tutoient indiscutablement le ciel pour ne pas dire les sommets en comparaison avec bien d’autres sur le continent, les habitants de ces zones qui attirent de nombreux migrants en règle ou sans–papiers, doivent vivre en dessous du seuil de pauvreté comme l’on le lit dans les rapports et études réalisés par des instituts internationaux ayant pignon sur rue ?

Ces écrits et études devraient-ils supporter des contradictions au demeurant fantaisistes ? Comment alors que l’on observe un développement tous azimuts dans certains pays à l’image du Rwanda souffrant pourtant de son enclavement, le Rwanda qui fait figure de bon élève auprès des institutions financières internationales et se développe à la vitesse « grand V » comme l’attestent par exemple l’installation d’usines de montage automobile, de fabrication de téléphones portables qui sont des niches d’emplois au moment où presque partout le chômage a atteint des proportions très inquiétantes et que l’on parle d’un développement du tourisme, comment alors, disions-nous, nous satisfaire de ce que d’autres, point n’est besoin de les citer, car il suffit d’aller sur le net pour le vérifier, croulent sous le poids de la dette, une dette mal utilisée ou détournée qui ne permet pas de répondre aux attentes sans cesse croissante de populations qui, parce qu’elles sont lasses de parler sans être écoutées, finissent par verser dans la radicalisation de leurs points de vue ou dans le désintérêt pour les questions touchant ou relevant des politiques publiques ?

Non l’Afrique dans sa globalité ne mérite pas cela, mais plutôt mieux, d’où le vœu que nous formulons à l’endroit de ses dirigeants pour qu’ils mettent désormais à profit la raison et ce qu’ils entendent auprès de leurs différents interlocuteurs ou ce qu’ils sont amenés à vérifier et à considérer comme positif chez les autres pour enfin veiller à le faire bénéficier à leur pays et leur peuple. Ainsi, croit-on, l’on assistera de moins en moins à ce sentiment d’apatridie qui affecte bon nombre d’Africains, même s’il n’est pas possible d’imaginer une terre sans mouvements de populations, ne serait-ce que pour le plaisir de découvrir du monde.


Dounguenzolou

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