Edito : Pierre-Claver Akendengue ou la prémonition

lundi 15 juillet 2019 Speciales


D’aucuns, peut-être parce qu’ils appartiennent aux nouvelles générations, ce qui pourrait expliquer qu’ils n’aient pas visité l’œuvre du musicologue au cas où il leur serait reconnu un amour pour la musique ou ont été depuis obnubilés par l’idée selon laquelle le Gabon est une terre bénie au point de faire dire à un ancien ministre de la Santé dont nous taisons le nom par discrétion, que le SIDA n’existe pas dans ce pays, croient que les malheurs auxquels les populations font aujourd’hui face relèvent d’un fait purement et simplement conjoncturel, alors qu’à dire vrai, les difficultés rencontrées sont beaucoup plus d’ordre structurel, liées qu’elles sont aux choix et comportements qui méritent, au cas où cela nous dit d’aller de l’avant, de subir des améliorations pour qu’enfin l’on puisse admettre qu’il est possible de changer positivement le quotidien de tout un chacun, étant entendu qu’ « il n’est point de bon pays pour les pauvres ».

Combien sont les Compatriotes de Pierre-Claver Akendengué qui ont osé se poser la question de savoir pourquoi le psychologue qu’il est a choisi toute sa vie de traduire par la chanson sa pensée ? Certainement très peu au vu de la réaction que son immense œuvre produit jusqu’ici. Et pourtant, il est de notoriété que l’auteur de « Nkéré » qui exprime tant le mal du pays que l’isolement qui en est la conséquence, s’est profondément investi dans la conscientisation des âmes qu’il savait soumise à la dictature et à l’asservissement dans le but de les amener sortir de leur minorité. Comme ces philosophes existentialistes de l’époque égypto-gréco-romaine, il s’est d’abord employé à tenter à sa manière de définir ce qu’il entend par « Homme » avant que d’ensuite proposer des attitudes pour ne pas dire une vision face aux phénomènes existentiels.

Quand l’enfant du Fernand-Vaz a chanté peu avant 2016, « Libérée la liberté », la chanson a été reprise en cœur comme une de plus conçue pour distraire et alimenter les libations mondaines alors qu’elle devrait être perçue comme l’aboutissement d’une réflexion visant la captation des énergies positives aux fins de les amener se coaliser et comprendre ce pourquoi chaque Etre humain est sur cette planète. Car, qu’est-ce qu’être libre à nos yeux ? Si ce n’est le résultat d’une quête de tous les instants qui procure satisfaction à tous en passant par l’organisation d’un combat, fut-il idéel. Il nous reviendra toujours à l’esprit les deux œuvres suivantes : « le Contrat social » de Jean-Jacques Rousseau et « l’Esprit des lois » de Montesquieu qui ont profondément influencé la révolution française de 1789, sans compter celles des autres philosophes du XVIIIème siècle qui ont ouvert comme qui dirait les yeux à ceux que l’obscurantisme happait encore. Qu’est-ce qui peut en effet faire que dans un même espace vital, certains, même n’ayant pas mérité, soient logés à une meilleure enseigne que d’autres ? N’y a-t-il pas lieu de revendiquer de meilleures conditions de vie dans ces circonstances plutôt dégradantes ?

Cependant, l’une des tentatives de réponse à la problématique est apportée par PCA qui chante « Sa Gunu Sa Gunu » et assimile au vent toute pensée consistant à différencier les Hommes tant qu’ « ils sont nés poussière et retourneront à la poussière » comme dit dans la sainte Bible. En d’autres termes, à quoi sert-il à un homme de s’accaparer toutes les richesses du monde quand il est plus que clair qu’il ne les emportera pas là où il ira poursuivre sa vie. Pourquoi Omar Bongo Ondimba avait-il alors au soir de sa vie tenu à souligner en substance que Dieu qui nous observe ne nous a pas permis de faire du Gabon ce que nous sommes en train de faire ? Le vent peut- il être maîtrisé ?

Non, plutôt sommes-nous convaincus qu’il s’impose à nous et constitue de ce fait une réalité différente de la théorie qui, elle, est pure conception humaine pouvant subir des déformations imputables à l’homme, c’est pourquoi nous devons, si l’on s’en tient aux propositions de Pierre-Claver Akendengué, éviter de nous fier à ce qui est apparent pour chercher à découvrir ce qu’il y a au-dedans de chacun de nous, ce qui nous conduirait admettre qu’ « autrui est un autre nous-mêmes », raison pour laquelle il serait mal venu de lui faire subir toutes les humiliations que nous lui faisons subir.
« Tout être est-il en vérité considérable » ? Mais que si puisqu’il est créature divine et mérite pour cela d’être pris en compte comme tel. Quelque soit ce qu’en pensent certains esprits illuminés dont on entend dire qu’ils ont crée la terre et le ciel et tiennent la vie des autres en otage.

« Sans moi point de salut » a-t-on souvent entendu dire sous un ciel où un petit oiseau gris chante « Powè, powè » pour que chacun se souvienne que vivre sans vivre la libération de son pays n’est pas digne d’un peuple considérable, alors que tout peuple est déclaré considérable. Que dire du comportement de « ces armées de mercenaires qui chuchotent le nom de leur prochaine victime, quelqu’un que nous savons épris de paix et de liberté » ? Voudrait- on que mon pays soit celui-là dans lequel l’on continue « d’avaler à forte dose de ce vin en poudre dont raffolent nos-dame-jeanne » ? Et dans lequel continue d’ « être planté dans ses fortins quelques canons qui servent de téléphones » ? Serait-ce normal que ce pays soit encore aujourd’hui celui où « toute religion sert une politique » ?


Dounguenzolou

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