Edito : « On va encore faire comment ? » ou le dépit à la gabonaise

vendredi 12 février 2016 Speciales


Il n’est pas surprenant d’entendre des gabonais s’écrier :« On va encore faire comment ? ». Cette phrase interrogative sans cesse prononcée par les temps qui courent, a du mal à cacher l’idée selon laquelle le seuil de tolérance est atteint, sinon dépassé.

Ce que d’aucuns traduisent comme une forme claire de dépit et qui risque, si la tendance est maintenue, de faire du citoyen gabonais un être habité par un défaitisme ambiant, n’est pas entré au hasard dans le langage courant. Puisqu’elle vient expliquer un état de délabrement moral qu’ont du mal à supporter les ressortissants de cet ancien Emirat pétrolier d’Afrique centrale. L’on peut se demander lorsque l’on semble ne pas comprendre ou feint de ne pas voir la réalité, comme on a coutume de le dire, en face, pourquoi tant de désillusion, alors que le discours tenu par les autorités contraste sur toutes les lignes avec ce que les populations disent vivre. « On va encore faire comment ? ». La question est posée lorsque quelqu’un est las d’attendre en bordure de chaussée une hypothétique embarcation pour gagner sa destination, lorsqu’un autre qui vient de passer des heures sur le banc des urgences dans un hôpital que l’on dit de dernière génération, en est à se demander en quoi celui-ci mérite ce qualificatif, lorsqu’un autre encore est surpris de constater qu’un jeune enfant manque de politesse à un homme âgé, quand l’on se plaint de voir une minorité continuer de s’enrichir sur le dos d’un pays de plus en plus exsangue, lorsque l’on veut dénoncer les injustices sociales criardes, le fait que le commun des mortels n’ait pas accès à un logement décent, que le chômage devienne galopant, que l’école soit sans cesse interrompue, bref, que la misère soit de plus en plus poignante sans qu’il n’y ait possibilité d’entrevoir une voie de sortie dans les court et moyen termes.

Le signe des temps !

Cette expression interrogative est donc bien celle par laquelle de nombreux gabonais choisissent de déclarer leur dépit face au constat que la République ne leur offre pas ce qui parait à leurs yeux relever de l’essentiel. Un peu comme pour demander aux autorités de manière sibylline d’entendre leur voix aux fins d’accorder une importance particulière aux attentes des populations qui sont souvent, pour ne pas dire toujours sollicitées lors des votes. Pourquoi ne veut-on tenir compte de leur existence qu’en pareille période ? Cela laisse croire qu’en réalité, le schisme entre les citoyens d’en haut et ceux d’en bas que l’on décrit est une réalité vivante. Et toujours pas de solution à ce mal qu’exprime la fracture sociale qu’il serait plutôt intéressant de réduire avant que de penser conquérir l’estime des compatriotes qui, semble-t-il, ne demandent pas grand-chose pour sentir leurs pulsions s’éveiller et vibrer au même rythme que celles de tous les autres humains. « On va encore faire comment ? », comme pour se demander aussi à quoi sert-il d’envisager l’avenir avec assurance, alors que l’on sait les ingrédients réunis pour nous offrir un cheminement apocalyptique. Ce qui ne veut pas dire du tout que l’on renonce totalement au changement de statut, sauf que tout prête à croire que cela ne dépend en grande partie que de certaines entités que l’on aura du mal en l’état actuel des choses à faire plier.

Et pourtant, l’on crie : « Démocratie » !

Que serait en fait la Démocratie sans peuple si celle-ci est définie à la manière de l’homme politique américain Abraham Lincoln comme le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple ? En somme, les autorités politiques savent-elles à quoi elles s’exposent quand elles ne font que des mécontents chez elles ? Sont-elles conscientes qu’elles sont aux affaires, puisqu’elles mettent en avant la Démocratie, pour remplir des missions qui se résument à la satisfaction du bien- être des concitoyens ? Plutôt que d’attendre qu’à l’exemple d’une ruche, les citoyens investissent la rue pour manifester leur mécontentement, il serait intelligent de prendre les devants et réfléchir aux moyens de combler ses compatriotes de joie. Pour ne pas que des cas comme ceux vécus en Tunisie et en Egypte pour ne citer que ces deux exemples patents ne se produisent à une échelle beaucoup plus importante. Et cela vaut pour tous ceux que la gestion du pays tente, non pas que l’on veuille inciter à ce type de comportement se soldant par des crises, y compris institutionnelles, mais simplement rappeler que le : « On va encore faire comment ? » des gabonais doit pouvoir mobiliser davantage ceux en qui leurs compatriotes ont placé leur confiance et les amener s’investir dans ce qui relève de la sécurité nationale prise au sens large du terme.

Cela contribuerait à consolider les liens entre gouvernants et gouvernés et à les rapprocher pour qu’ils se sentent chacun à son niveau investis du devoir de faire avancer le Gabon. A ce moment pourrait naître à juste titre une conscience nationale, gage d’une cohésion sociale qui ne se décréterait pas, mais serait du domaine du vécu.


Dounguenzolou.

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