Edito : « Libérez les trottoirs ! »

lundi 1er juillet 2019 Speciales


L’ordre donné par la Mairie aux commerçants de Libreville s’étant installé sans autorisation municipale, apprend-on, aux abords des trottoirs pour qu’ils déguerpissent faute d’être éconduits par la force publique. Une décision salutaire s’il elle ne venait que permettre de juguler par endroits le trafic routier et sécuriser des vies, même si cela ne se perçoit pas à première vue. Mais sait-on combien cette mesure suscite des grincements de dents chez ces mères de familles dont la seule activité affranchit de la paupérisation qui semble être le mal en partage de bien de Gabonais ? En effet, soigner, scolariser, éduquer et au-delà sociabiliser ses enfants n’est pas tâche facile, surtout lorsque l’on est face à un cas de famille monoparentale. Vu que cela pose visiblement un problème psycho sociologique, il devient impérieux d’y réfléchir et de le dénoncer pourquoi pas aux fins de sensibiliser, si cela était encore possible en ces périodes de déliquescence de la société, les autorités sur l’aspect vital des marchés spontanés qui naissent ci et là pour répondre à des exigences humaines de premier ordre. Certes, l’on peut admettre que l’opération initiée par la municipalité a du bon, mais suffit-elle à régler toutes les questions sous-jacentes liées au fonctionnement et à la gestion de la cité par ceux qui en ont la responsabilité ?

Difficile de comprendre quelles sont les réelles motivations des agents municipaux envoyés sur le terrain répercutés les ordres de leurs patrons lorsque l’on sait qu’aucune notification n’est presque jamais faite aux personnes pourchassées et que l’on ne sait pas souvent où vont les objets saisis aux commerçants, sauf s’ils arrivent par le truchement de la corruption à calmer, sinon éteindre les velléités des commis à la tâche qui finissent par les leur rétrocéder. Doit-on continuer de s’accommoder d’un tel comportement surtout lorsque l’on nous ressasse à longueur de journée qu’on est dans un État de droit ? « Un État de droit », qu’est-ce à dire ? Sans vouloir inventer la roue comme on le dit, il suffit de se fier à quelques écrits dont celui de Montesquieu « l’Esprit des lois » pour comprendre que « ce qui est fait pour nous sans nous est contre nous ».

Comme pour nous amener nous demander si lorsque des décisions sont prises sur notre dos, celles-ci nous concernent véritablement ou si elles ne sont pas de nature à susciter des réactions parfois violentes quel que soit l’argument qu’utilisent ceux qui ont intérêt à se justifier. Quel budget est accordé à l’Hôtel de ville de Libreville pour l’exécution de ses tâches ? Qu’en fait-on d’année en année ? Sait-on combien cet Hôtel de ville engrange comme bénéfices quotidiennement ? Quel sort est réservé à ceux qui ont en charge sa gestion ? En d’autres termes, quel est le bilan de la municipalité eu égard aux charges régaliennes qui sont les siennes ? Nous pensons que toutes ces questions qu’il est important de se poser n’ont et n’auront peut-être pas de sitôt de réponses tant que l’opacité qui entoure la gestion de l’institution n’aura pas fait l’objet d’une critique acerbe accompagnée d’une volonté affichée des plus hauts responsables de la République d’en découdre avec les fossoyeurs de celle-ci, fussent- ils des « amis, parents et connaissances ».

Pourquoi en effet, se précipiter à faire porter sur un quelconque citoyen ses responsabilités lorsqu’il est avéré qu’il les porte, alors qu’il en est qui se pavanent dans les rues de nos villes, roulant carrosse, narguant l’Autorité pour la bonne et simple raison qu’ils n’ont rien à cirer de tout ce qui se dit contre eux. Les trottoirs,

comment ce phénomène est-il arrivé ?

Nous croyons qu’il est utile de d’abord répondre à cette question avant que d’ensuite se livrer instinctivement à l’exécution d’une opération qui, de notre avis, cache de nombreuses faiblesses organisationnelles qui, si elles ne sont pas identifiées, répertoriées et solutionnées, feront que la société tout entière aille de mal en pis. Du temps où l’édile de la commune de Libreville était le père Paul Mba Abessole, qu’on l’aime ou pas, il avait réussi l’exploit de s’entourer d’une équipe dynamique et citoyenne qui avait, nous dit-on, fait appel à l’expertise étrangère pour voir dans quelle mesure doter la capitale gabonaise de marchés dignes de ce nom. Ainsi, sont nés les marchés de N’Kembo, d’Akébé et d’Oloumi, pour ne citer que ceux- là.

Il était désormais question d’étudier la possibilité d’y donner accès à tous les Gabonais qui éprouvaient le besoin de s’investir dans une activité commerciale, ce pour répondre en partie aux difficultés rencontrées par les mères de familles monoparentales dont certaines ont perdu leur époux alors que d’autres qui les ont encore en vie, ne bénéficient point de leur concours vu que ces derniers sont soit au chômage, soit à la retraite avec des pensions ne permettant pas de joindre les deux bouts, cela constitue chez nous une réalité qu’il serait irresponsable et inhumain d’occulter.

L’arbre qui cache la forêt

Se pose comme aujourd’hui encore le problème connu de tous des moyens pour accéder à la location des box, sachant qu’aucune mesure d’accompagnement n’avait été prise pour faciliter la procédure devant permettre l’acquisition, surtout par des sujets gabonais, de ces structures que nombre d’entre les responsables politiques et administratifs de la cité avaient décidé de sous-louer à des sujets expatriés, ce qu’il est rarissime de rencontrer sous d’autres cieux. Ce que nous osons avancer ne semble rien avoir d’un canular, plutôt devrait-il nous conduire à mener des enquêtes minutieuses pour nous convaincre de ce que des sujets gabonais volontaires et capables de s’investir dans l’activité commerciale n’aient pas pu y parvenir, empêchés qu’ils étaient ou qu’ils sont encore car le sujet est d’actualité par la forte présence de frères africains souvent de mèche avec certaines autorités gabonaises.

La question de la propreté de la ville de Libreville se résumerait-elle seulement à la libération des trottoirs comme on veut nous le faire croire ou réside-t-elle essentiellement dans l’absence de politiques d’aménagement du territoire ? A-t-on vu la ville, elle-même, pour se poser des questions sur la volonté des autorités municipales de la faire ressembler à d’autres métropoles africaines ? Croit-on qu’il suffit de déguerpir des commerçantes des bords de la chaussée pour donner à Libreville une image des plus reluisantes ? Alors que l’on sait la cité en proie aux immondices qu’Averda a du mal à gérer constituant un amas de « favelas » qui s’étendent à perte de vue, il suffit pour s’en convaincre de se placer sur les hauteurs des quartiers « PK 5 » ou « RIO » pour ne citer que ceux qui donnent beaucoup plus facilement que les autres une vue panoramique de la ville.

Nous croyons à notre humble avis que la question du déguerpissement des trottoirs n’est qu’un faux argument inventé, comme bien d’autres, pour distraire le public de plus en plus présent dans les bistrots, églises et autres lieux de déperdition qui nous amènent avec Karl Marx admettre pour ne pas le paraphraser que la « religion est l’opium du peuple ». Il y a du travail qu’il nous faut accepter d’accomplir sans faire l’autruche lorsque l’on est autorité municipale car un coup de projecteur sur la cité nous permet de nous rendre compte des nombreux manquements liés au fonctionnement de la Mairie qui nous laissent dire que celle-ci a souvent démissionné face à ses missions régaliennes. Nous aurons bien de mal à soutenir les arguments utilisés pour justifier autant de manquements tout comme nous éprouverons toutes les peines du monde à admettre qu’il y ait les contrôles routiers quotidiens dont l’argent recueilli auprès des automobilistes en règle ou non irait visiblement à la satisfaction des besoins individuels des agents de service et de leur hiérarchie d’après ce qui nous parvient de la bouche des usagers plus au fait de la réalité que nous.

Loin de nous cependant l’idée selon laquelle, les marchés spontanés ne créent pas de problèmes, y compris pour les commerçantes elles- mêmes, mais de là à accepter qu’elles subissent un traitement si déshonorant nous interpelle et peut être de nature à nous offusquer.


Dounguenzolou

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