Edito : « La France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts »

lundi 21 janvier 2019 Speciales


En écoutant l’autre jour un média français évoquant le cas « Payet » du nom du milieu de terrain de l’Olympique de Marseille, l’un des clubs professionnels les plus emblématiques de l’Hexagone, traversant actuellement une période de crise, un qualificatif vrai certes, mais intentionnel à notre avis nous a exaspéré. En effet, Dimitri Payet qui sert depuis des années avec abnégation l’équipe entraînée par Rudi Garcia et qui a bénéficié lors du dernier mondial de football en Russie du soutien moral du président français Emmanuel Macron qui, quoi que le joueur n’ait pas fait partie de ceux qui y participaient pour raisons de santé très certainement, l’a invité à ses côtés suivre la finale, remportée bienheureusement par les « bleus », c’est dire, a été traité de « Réunionnais » sans que personne ne s’en émeuve non pas parce que le média déclinait là ses origines, mais simplement parce qu’il a fallu attendre, comme cela fut le cas des Marius Trésor et de bien d’autres serviteurs de la France venus des Départements ou Territoires d’Outre-Mer, que les prestations de l’athlète se présentent en dents de scie, pour qu’il soit venu à l’esprit dudit média français l’idée de lui coller cette étiquette. Et nous de revenir au traitement qui est infligé par l’ancien colonisateur à nos peuples, ceux de l’Afrique dite francophone dont les pays sont sans cesse spoliés par la « France des droits de l’homme ».

Quand nous entendons de la bouche des Français que le seuil de tolérance en matière d’immigration, fut-elle clandestine, est largement dépassé, raison pour laquelle des actes de xénophobie sont souvent observés sur le territoire de la France, nous avons envie de poser aux autorités françaises la question de savoir si elles font là réellement preuve de sincérité, d’humanisme et de logique, car s’il est des gens qui devaient adopter pareil comportement face aux populations africaines parlant français, ce ne sont pas elles. Puisque liées à ces dernières par des liens historiques qui vont de l’usage de la langue et même des cultures, mais aussi et surtout parce que la France, c’est connu de tous au point d’être souvent décrié, à l’appropriation à des coûts préférentiels des énormes ressources dont dispose l’Afrique avec le concours des dictatures qu’elle aide efficacement à se maintenir au pouvoir, n’hésitant pas à mettre à mort tous les enfants du continent qui osent s’élever ou constituer une menace pour l’establishment.

Aux personnalités installées au trône par ses soins, Paris réserve sa sécurité par ses soldats interposés tant qu’elles lui assurent l’exploitation des matières premières. A certains endroits, pour ne pas dire partout sur le continent, elle gère les scrutins présidentiels et neutralise les opposants, les vrais et plus virulents surtout de façon à ce que le pouvoir n’échappe pas un instant au despote-postiche grâce à qui elle a la main mise sur les ressources du pays.

C’est justement pour cela que des voix insistantes s’élèvent, y compris dans l’Hexagone pour dénoncer et condamner avec les mots qui sied la mal-famée France-Afrique que d’aucuns croient naïvement dépassée quand ils ne justifient pas au passage les raisons du choix qu’ils ont fait d’aller s’installer en France pour faire porter à celle-ci ses responsabilités devant l’histoire et lui démontrer, s’il en était besoin, qu’ils sont au courant de ce qui se trame contre eux et leur pays et ne supportent que très mal le fait que l’ancien colonisateur veuille, combien d’années après l’octroi des indépendances, les maintenir sous son joug, alors qu’elle clame haut et fort qu’ils sont depuis devenus indépendants et démocratiques avec tout ce que cela revêt de réalités pratiques. On est aujourd’hui en droit de se demander qu’est-il advenu de la Beaule où François Mitterrand convia les chefs d’État et de gouvernement africains pour une leçon de sciences politiques se résumant à une phrase : « plus d’aide sans démocratie ».

« Aide- toi, le ciel t’aidera »

En parfait lecteur de l’histoire, l’homme qui mit fin à l’hégémonie de la droite en remportant la présidentielle de 1981 pendant que celle- ci disait la gauche bonne pour gérer le ministère de la parole, M. Mitterrand redoutait les lendemains, les pays de l’hémisphère sud étant traversé par le vent venu de l’est et connaissant des soubresauts qui pouvaient être fatals à l’équilibre des relations franco-africaines. Ce qui, vous en conviendrez, était susceptible de réviser certains comportements vis-à-vis de l’ancien colonisateur avec ce que cela a de conséquences négatives pour lui. Y a qu’à se souvenir l’amère saveur de la guerre d’indépendance algérienne, la seule en territoire francophone, qui ressembla fort à celles menées par l’ensemble des anciennes colonies portugaises pour mettre les Portugais « hors d’état de nuire ».

Avant la découverte du pétrole, la France s’intéressait-elle à la Guinée-Équatoriale ? N’était-il pas normal que des Béninois eux- mêmes prennent la responsabilité de la construction d’un chemin de fer dans leur pays au détriment d’une société française, Bolloré pour ne pas la citer, qui soumissionnait ? Les Africains ne doivent-ils pas se convaincre qu’ils n’ont pas de pays de rechange et ne doivent-ils pas ne plus céder aveuglement aux pressions exercées sous quelque forme que ce soit par la France pour obtenir d’eux qu’ils participent à l’opération de spoliation de leurs territoires ? Et agir comme le ministre sénégalais de l’Énergie démissionnaire qui n’a pas supporté que l’on confia contre l’avis d’experts l’exploitation d’un gisement de pétrole au Sénégal à la compagnie Total ? Il faut malheureusement ou bienheureusement pour cela qu’ils sortent du complexe dans lequel ils se sont fatalement installés et sachent que rien ne s’obtient sans peine et volonté.

Que faire par exemple pour braver la houle lorsqu’en tant que pêcheur vous y faites face en pleine mer ? A quoi vous sert-il de trahir ou condamner quelqu’un dont l’objectif avoué est de vous sauver quand on sait le sort qui vous sera à vous aussi réservé par celui qui ruse avec vous en, comme le renard de la fable de la Fontaine, distillant en votre direction un message flatteur qui n’a d’égal que l’obtention du fromage que vous tenez en votre bec ?


Dounguenzolou

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