Edito : J’accuse l’Afrique !

lundi 9 octobre 2017 Speciales


Les débats passéistes sur la responsabilité des anciens colonisateurs dans le retard accusé dans leur développement par les anciennes colonies, les françaises surtout, ont certes droit de cité aujourd’hui encore au vu des empires économiques et des grandes puissances que constituent les Total, Bouygues, Bolloré, Ceca-Gadis, j’en passe, mais faut-il voir dans la seule politique pratiquée par ses « prédateurs », l’origine de notre malaise ? Que dire alors de nos comportements extravertis qui font souvent de beaucoup d’entre nous ne sont plus des citoyens à part entière, mais des citoyens entièrement à part ? En ce sens que nous devenons difficiles à cerner, nos élans hybrides ne permettant pas de nous situer, malgré le discours teinté de patriotisme que nous tenons pour faire plaisir.

A nombre d’entre nous, il nous est toujours recommandé de commencer par regarder la poutre qu’il y a dans notre œil avant que d’aller ausculter celui de l’autre. Une façon très subtile de nous rappeler qu’il est intéressant de démarrer une opération de nettoyage par sa propre cour. En fait, qu’il faut d’abord balayer sa propre cour, la rendre propre avant que de songer aller faire autant chez autrui ! Certains dirigeants africains, lorsqu’ils sont en perte de vitesse parce que leur façon d’être et de gérer ne plait plus à leurs compatriotes, pointent un doigt accusateur sur les anciennes colonies, n’ayant pas le courage qu’affichent d’autres sur la planète de procéder à leur introspection pour rebondir s’ils tiennent à faire de la politique leur métier.

On l’a vu au Bénin lorsqu’un Mathieu Kérékou, acculé par le peuple, avait simplement choisi de se mettre en retrait de la République pour laisser audit peuple le choix d’opérer à sa guise les mutations socio-politiques qu’il pensait être les meilleures pour lui. Cela peut s’appeler la démocratie et c’est dire, au contraire de ce qu’avait affirmé lors d’un voyage à Dakar au Sénégal, l’ancien chef d’État français Jacques Chirac, que la démocratie n’est pas un luxe pour les africains ! Quand au Zimbabwe Robert-Gabriel Mugabe tient à demeurer au pouvoir contre vents et marées au mépris de la communauté internationale et que dans la région, un autre dinosaure en la personne de Jose Eduardo Dos Santos d’Angola décide de quitter les affaires, c’est qu’il y’a bien du bon sens quelque part aussi en Afrique quoique ce soit le contraire qui domine encore.

Cela dit, l’on perçoit ouvertement que tout est ici affaire de volonté, de courage et parfois d’honnêteté. Compte-t-on les intelligences que l’on empêche d’éclore en se comportant comme l’ancien guérillero de la ligne de front ? Ne craint-on pas comme certaines puissances européennes, l’Allemagne de l’ère nazie par exemple, que l’effet du « brain drain », c’est-à-dire du départ vers d’autres cieux de nombreuses intelligences, tous secteurs confondus, ne viennent doucher nos espoirs de développement ? Ne redoute-t-on pas que le sentiment antipatriotique ne se développe et donne naissance au fur et à mesure à une sorte de négation de soi avec les conséquences que cela peut avoir non seulement dans la vie de tout un chacun, mais aussi et surtout dans celle de toute la communauté ?

Pour couronner le tout !

L’argent détourné dans nos pays prend la direction des grandes puissances de ce monde ou des paradis fiscaux. Ce n’est un secret pour personne, vu toutes les révélations à ce sujet. Pense-t-on à cette allure que ce sont nos pays qui le produisent et pourtant qui en sont bénéficiaires, nos pays qui ont cependant un énorme besoin en devises pour faire fonctionner leur économie exsangue ? L’on achète à coups de milliards des châteaux ci et là, alors que l’on ne songe même pas à doter chaque citoyen de son pays d’un toit pour lui éviter les affres des intempéries. L’on roule à bord de grosses cylindrées quand les routes, mêmes asphaltées, laissent en grande partie à désirer et que les Etats- Unis, première puissance mondiale, qui ont des voies non seulement larges, mais bien entretenues, développent l’usage de véhicules plus compacts.

L’autosuffisance alimentaire qui aurait pu être aujourd’hui une réalité tarde à s’installer parce que de nombreux barons en complicité avec des industriels ou importateurs de produits s’asseyent sur l’idée consistant à donner la place qui lui revient à l’agriculture locale dans le but de continuer à spolier leur pays. En dépit de toute l’énergie et de toutes les sommes investies dans la formation des nationaux, la perle rare, on semble toujours la trouver ailleurs que chez soi, décourageant les bonnes volontés qui ne demandent qu’à servir leur pays avec foi, obéissance et abnégation. Et même que le plus souvent, l’expertise de l’étranger n’est pas concluante pour diverses raisons allant de l’usage approximatif de la langue à une méconnaissance des mentalités du terroir, ce qui n’est pas rien dans des domaines où l’on doit nécessairement faire preuve d’un minimum de psychologie. La mauvaise gouvernance quand elle nous rattrape, nous oblige parfois à opérer des passages en force, tel est le cas de l’augmentation au Gabon des frais d’écolage et d’inscription dans les universités et grandes écoles qui s’est faite dans le dos des parents d’apprenants qui devaient à notre humble avis jouer une part active dans la prise de décisions les impliquant au premier chef puisque c’est de leurs poches que sortiront les sommes demandées.

Autant de signes qui démontrent à suffisance que notre mal, avant que d’avoir des causes exogènes, les a d’abord endogènes. Sinon, à quoi servirait-il à nous autres de réclamer notre indépendance et notre souveraineté ? Si l’heure de changer les paradigmes a sonné, que l’on se mette dans le sens voulu par la roue de l’histoire pour reprendre une expression chère à l’égyptologue Cheick Anta Diop, si tant est que l’on est vraiment mu par l’idée d’aller de l’avant et de franchir donc des paliers importants dans notre développement humain, financier et matériel.


Dounguenzolou

Vos commentaires

  • Le 20 octobre à 15:30, par natty dread En réponse à : Edito : J’accuse l’Afrique !

    mais ce genre de comportement extraverti qui fait de nous des singes-fous a été entretenu par 500 ans d’esclavage et de peversité occidentale ! l’homme noir est tellement dépossédé de lui-meme (il en tire fierté !) qu’il ne sait plus qui il est...

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