Edito : « Il n’ya pas de bons pays pour les pauvres ! »

lundi 26 novembre 2018 Speciales


On peut véritablement se demander pourquoi nos contemporains ont pour la plupart perdu l’esprit d’analyse au point de ne s’intéresser qu’aux plaisirs de ce bas monde, oubliant qu’ils devraient être considérés comme des acteurs et non comme de simples observateurs de leur condition. Quand le musicologue gabonais Pierre-Claver Akendengué interpelle ses compatriotes dans l’un de ses opus de la manière suivante : « l’argent même volé va toujours dans les poches de ceux qui en ont déjà, la culture c’est pareille », s’est-on un seul instant donné la peine de tenter de comprendre de quoi il veut parler ? D’aucuns peut-être mal inspirés ont attribué à l’homme des intentions malveillantes, d’autres certainement plus avisés ont cru entendre un tout autre message, portant celui-là sur une invite à se comporter comme des personnes éveillées, animées par des idées de justice, d’égalité et d’humanisme.

Qu’est-ce à dire ? Si la loi est conçue par les Hommes pour combattre les inégalités, pourquoi le monde continue-t-il de développer l’ostracisme, la différence, les inégalités, même quand il est visiblement possible de conduire le plus grand nombre à l’équilibre ? Les « pauvres » sont ici et de plus en plus conçus comme ceux qui ne possèdent pas ou sont issus de familles dites modestes. Cependant, la pauvreté ne devrait pas être interprétée comme un état de dénuement matériel ou financier, car est-il concevable que le voleur ou celui qui s’enrichit dans un État sur le dos du contribuable soit affublé de l’épithète « riche » ? Vu sous cet angle est-il alors concevable et surtout raisonnable d’appeler le vertueux « pauvre » ? Cela dit, il est plausible plutôt de reconsidérer le qualificatif et l’explication qu’on lui donne pour tenter philosophiquement de lui trouver un sens universel qui vaudrait son pesant d’or. Une société ne vaut que ce que valent ses Hommes en ce sens que plus elle regorge d’hommes éduqués, mieux elle vaut.

De ce fait, la pauvreté est relative et devrait donc être considérée comme la situation qui fait de l’être humain quelqu’un qui a du mal à s’assumer et à inventer son avenir en dépit des dispositions naturelles qui sont les siennes ou des moyens multiformes dont il dispose pour être considéré comme quelqu’un capable en peu de temps de sortir de sa minorité. Ainsi, le pauvre de Pierre-Claver Akendengué peut aisément être considéré comme l’imbécile, le faible d’esprit prompt à se laisser abuser par son semblable pour diverses raisons qui vont de la corruption à l’inconscience voulue ou causée. En effet, plusieurs sociétés assistant pourtant aux différentes mutations connues sous le ciel, ne s’échinent pas à coller à l’air du temps, préférant développer des schémas réductionnistes à ceux porteurs d’espoir, soumettant à l’occasion leurs populations à une pauvreté qui confine à la précarité pour que celles-ci n’aient que trop de mal à s’interroger sur ce qui devrait être la voie de leur développement.

Pourquoi, alors que le continent africain passe pour être un immense réservoir de matières premières, il continue de rester celui qui parmi tous ceux existants, est celui qui offre le moins de possibilités, naufragé qu’il est face à une sorte de « brain drain » des pays développés ou des nouveaux dragons d’Asie du sud-est ?

Pour une lecture novatrice

Même s’il était venu à l’idée de Pierre-Claver Akendengué de ne se limiter qu’à la notion, somme toute simpliste, du pauvre matériel ou financier, encore qu’il savait lui-même à quoi il faisait réellement allusion dans un contexte de pays parfois immensément riches aux populations pliant sous le faix de la misère et de la précarité ambiantes et victimes de ce fait de la spoliation de leur environnement par une catégorie de cohabitant, il ne nous est pas du tout empêché en considérant l’évolution des époques d’élargir aujourd’hui le débat et de le porter sur des chemins beaucoup plus vastes. Souvenons-nous par exemple de ce propos de l’ancien chef d’État français Jacques Chirac pour qui « la démocratie était un luxe pour l’Afrique » pour revenir à la réalité africaine qui veut que dans la plupart des pays du continent la démocratie ne veuille rien dire, surtout pour les tenants du pouvoir, habitués à vouloir s’éterniser au sommet de la pyramide sans avoir l’impression qu’ils ont des comptes à rendre à ceux qu’ils désignent pompeusement par l’expression « nos électeurs ».

Que devrait-on avancer devant celui qui pense de son côté que les peuples n’ont que les dirigeants qu’ils méritent comme pour signifier que si l’on déclare un État de droit, faut-il encore qu’au quotidien, les institutions et lois dudit pays soit respectées et non violées et qu’elles valent surtout pour tous pour ne pas que l’on ait l’impression de vivre les siècles passés en Europe où certains dictateurs considéraient que l’État c’était eux. Poussant dans la plupart des cas leurs compatriotes à opérer par révolutions pour les destituer et créer les conditions de l’observation d’un contrat social au sens où l’entendait Jean-Jacques Rousseau. « Il n’y a pas de bons pays pour les pauvres », cette expression lourde de sens semblerait alors être polysémique et mérite comme toutes celles utilisées sous forme de métaphores par Pierre-Claver Akendengué de susciter le débat de nos jours peut-être plus qu’hier afin que l’on s’accorde ou soit divisé sur l’acception qu’il faut leur accorder. Après tout, cela ne servirait-il pas la vitalité de la prétendue démocratie dont nos sociétés s’affublent.


Dounguenzolou

Répondre à cet article

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Articles relatifs