Edito : Gouverner un Etat, cela s’improvise-t-il ?

lundi 11 avril 2016 Speciales


La constante chez nous, c’est qu’à l’approche d’une échéance électorale, la présidentielle surtout, de nombreuses personnes parmi lesquelles des insoupçonnées, inconnues et des malfamées, se découvrent des qualités de présidentiable. Ce qui est naturel et humain, mais faut-il encore que leur parcours ou leur vécu parle au point de constituer un des atouts indéniables lors du choix que doivent opérer les populations.

Chez ceux dont nous nous inspirons, aspirer à la gouvernance d’un Etat suppose que l’on est sûr de posséder des qualités et des moyens susceptibles de ne pas faire douter ses compatriotes lors du choix qu’ils doivent être amenés à porter sur leur futur chef d’Etat. Aux Etats-Unis et en France pour ne prendre que ces deux exemples, le candidat à la présidentielle, est d’abord choisi par sa formation politique dans les règles de l’art, avant même que les institutions constitutionnelles ne s’intéressent au cas de chacun selon leurs compétences. Ce que l’on ne néglige pas ici, c’est que le potentiel candidat doit remplir des conditions fondamentales que sont par exemple celle de la crédibilité, de l’offre et de la prééminence du politique, trois éléments qui doivent se retrouver dans sa communication politique à travers laquelle il se lance dans une opération de conviction et de charme auprès de ses potentiels électeurs.

En Afrique, celle des anciens, que vantait Amadou Hampaté Bâ pour qui un vieillard qui mourrait était une bibliothèque qui brûlait, la danse venait entre autres féliciter et honorer un chef qui s’était illustré par des actes louables en faveur du village et de ses semblables. Aujourd’hui, point n’est besoin de dire que cette fonction est galvaudée dans la plupart des cas, car l’on assiste de jour comme de nuit à des manifestations dites culturelles juste pour répondre aux attentes de politiciens parfois en rupture de ban avec la société à laquelle ils appartiennent, moyennant pécule ou objets de toute sorte, qui sont pourtant loin de constituer la satisfaction des attentes des populations qui le savent bien, mais sont comme entrainées dans un tourment indescriptible, laissant certains dire qu’elles sont inconscientes ou envoûtées.

L’homme politique, celui qui au XXIème siècle rêve de diriger un Etat, devrait être un qui s’est tout au long de sa vie, du moins jusqu’au jour où il décide de solliciter les suffrages de ses compatriotes, distingué par un comportement, nous allions dire, hors du commun, de type altruiste, compatissant, dévoilant des valeurs lui permettant d’être justement adoubé par ses semblables.

Contraste, vous avez dit contraste !

Or, ici, nous constatons que chaque fois que nous approchons d’un scrutin présidentiel, de nombreux « rats » sortent des cales, venant tous surfer sur une vieille chanson « la paix » comme si celle- ci est d’abord l’œuvre des hommes politiques avant d’être l’action résultant du vouloir vivre-ensemble des Gabonais, manifeste de nos jours par la multitude des mariages mixtes, le sociologue aurait dit exogènes. Du coup naît une confusion que d’aucuns croient à juste titre entretenue qui ne profite malheureusement pas aux populations qui n’ont de cesse de répéter aux gouvernants qu’elles attendent d’eux beaucoup plus des actes concrets que des discours pieux. Comment expliquer l’attitude de gens qui comme les Paul Biyoghe Mba qui a placé l’un de ses fils comme maire au deuxième arrondissement de Ntoum, Jean Eyeghe Ndong dont l’un des enfants est l’édile du deuxième arrondissement de la ville de Libreville, Zacharie Myboto que viennent supplanter sur ses terres de Mounana des jeunes qui ont créé une petite et moyenne entreprise spécialisée dans les activités maraîchères, alors que tout ce que lui a pu faire pour la commune, c’est placer sa fille Chantal à la tête de la mairie, ou encore Jean Ping dont le fils Franck, pour ne citer que lui, est consul du Tchad en République gabonaise ; comment, disions-nous, expliquer leur attitude quand de tels actes traduisent aux yeux de chacun la personnalité nombriliste de ses leaders qui aspirent au fauteuil présidentiel ?

S’il est d’ailleurs des critiques émises contre cette vieille garde, elles se résument dans la pensée de feu Oyono Aba’a, ancien opposant gabonais, qui clamait devant ses compatriotes, pour démontrer combien le choix d’Omar Bongo Ondimba était périlleux, qu’un serpent est toujours un serpent. Histoire de dire, qu’est-ce que le fait d’avoir traversé de l’autre côté et d’avoir rejoint la troupe des contestataires et des opposants, suffit pour que nombre de ceux qui se réclament aujourd’hui de l’autre bord soient blanchis et traités avec les faveurs que méritent, seuls, les hommes de bien ?

« Tout genou fléchira, toute langue confessera »

En quelque sorte, amener le peuple à être convaincu, pour reprendre Richard Moulomba-Mombo de l’Arena, qu’il y a, comme l’on avait procédé en 1990 lors de la Conférence Nationale, lieu de ramener tout le monde à la table des discussions pour que le linge sale soit d’abord lavé en famille, avant que de penser s’allier contre-nature pour la gouvernance d’un pays dont certains ont activement participé au pillage, d’où leur ire devant des ‘’Emergents’’, peut-être pas plus vertueux qu’eux en matière de gestion des deniers publics, qui les empêchent de se rapprocher de «  la marmite qui bout et qui est pleine de victuailles ».

Le leader du MESP, Docteur Mouanga Mbadinga est peut- être celui qui a trouvé la formule pour qualifier ce comportement quand il parle d’opposants parmi lesquels lui- même, groupe dans lequel il classe tous ceux qui n’ont pas contribué ou qui n’acceptent toujours pas que le Gabon ait été rendu exsangue, et les mécontents, ceux qui n’ont pas été invités, pour citer feu Christian Maroga dont le logo du parti était le Gabon à l’envers, au partage du gâteau et ne le supportent que très mal. Comme quoi, être candidat à l’élection présidentielle au Gabon, qu’est-ce que cela veut concrètement insinuer ?

Tant que les personnes qui se déclarent candidates n’ont rien fait pour soigner leur image auprès de leurs compatriotes quelquefois prêts, s’il leur était donné les moyens, d’en découdre avec certains à la face de qui ils n’hésiteraient pas un seul instant à rappeler ce mot d’Abraham Lincoln « On peut tromper une partie du peuple tout le temps, on peut tromper tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps  ». En somme, les politiques devraient plus qu’hier se raviser, le peuple n’est pas si dupe qu’ils le croient, un moment viendra, quel que soit l’opposition, interne ou extérieure, à se déterminer face à son destin.


Dounguenzolou

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