Edito : État de nature ou de droit ?

lundi 18 mars 2019 Speciales


Nous référant à un des auteurs des textes ayant guidé la révolution française de 1789, Jean-Jacques Rousseau, nous éprouvons des difficultés à nous situer dans le monde d’aujourd’hui, vu qu’il se singularise par l’usage de la violence sous toutes ses formes, violence exercée sur des hommes par d’autres hommes. Résultat : l’expression si souvent partagée : celle qui privilégie la manifestation, le mécontentement, la désapprobation ouvrant la voie à des crises multiformes aux conséquences hautement fâcheuses se traduisant par morts d’hommes et destruction de biens publics ou privés. Conséquence logique d’une non- observation des principes régissant les sociétés modernes en tant qu’elles devraient être celles où la valorisation de l’espèce humaine devait prévaloir par la manifestation d’un esprit autre que sauvage qui éviterait à tous les affres de la division et de la haine. Pourquoi avoir établi les règles de droit si ce n’est pas pour qu’elles servent tout le monde ? N’entend-on pas d’ailleurs dire « nul n’est au dessus de la loi » ?

Montesquieu, auteur de « L’esprit des lois », devrait se retourner dans sa tombe, lui, à qui nous devons la salutaire notion de « séparation des pouvoirs » faisant comprendre au politique et au religieux qu’ils sont chacun investis d’une mission distincte de celle de l’autre, mais renvoyant aussi l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire à l’observation pure et simple de leurs prérogatives sans empiéter sur celles des autres institutions. Si la société se limitait à cela, sûr qu’il n’y aurait pas autant de dérives que celles actuellement observées. Sûr également que l’on se porterait mieux qu’aujourd’hui. La confusion des genres qui règne sous nos cieux engendre une situation intenable se traduisant le plus souvent par l’irrespect, la négligence, l’insouciance manifeste dans le comportement des gouvernants.

L’on peut se demander à qui s’adressent les Hommes politiques lorsque l’on constate que la majeure partie des populations composant leurs pays croupit dans une misère indescriptible. N’est-il pas logique d’admettre en effet que « les peuples n’ont que les dirigeants qu’ils méritent » ? Car la nature humaine s’accommode-t- elle de la souffrance, surtout lorsqu’elle semble être provoquée ? Cette problématique est celle qui se pose à la plupart des sociétés de l’hémisphère sud et pèse sur ses habitants comme une fatalité. Surprenant alors quand on observe des politiciens en mal de notoriété en train de vouloir tenter de convaincre les gouvernés dont ils disent qu’ils sont là par leur volonté de les écouter. L’auto-imputation et la légitimation sont d’usage quand on veut à tout prix masquer la réalité, de même que l’on recourt très souvent au manichéisme rejetant sur autrui le mal et se présentant en bienfaiteur, malgré le fait que l’on dise que le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions. Sacré Jean-Paul Sartre pour qui « l’enfer, c’est les autres ».

Insatisfaits, cependant…

Au nombre des besoins que l’Homme voudrait satisfaire, il y a ceux que l’on qualifie de besoins primaires ou vitaux, or à regarder de très près, ce sont ceux qui manquent le plus aux populations guettées le plus souvent par la paupérisation en l’absence de politiques se penchant sur la quête d’une redistribution équitable des richesses, d’une gestion orthodoxe des ressources, d’une lutte contre le gaspillage et d’adoption de mesures coercitives contre tous ceux qui se signalent par des comportements peu recommandables et de celles encourageant l’observation de vertus cardinales au nombre desquelles le don de soi qui fonde les grands hommes. On peut se demander à quoi servent parfois les sondages d’opinion si ce n’est pour faire croire à des compatriotes se montrant désabusés que l’on se tient à leur chevet et que l’on travaille à résoudre les problèmes qui se posent à eux au quotidien.

Tout comme, l’on s’interroge sur l’esprit qui habite nombre de politiciens lorsqu’ils approchent leurs « compatriotes » lors des échéances électorales par exemple, emportant avec eux quelques victuailles en guise de récompenses pour qui accepte de croire aux propos « mensongers » qu’ils tiennent. Rares sont ces gens qui s’investissent dans le règlement des questions vitales ou des maux assaillant leurs semblables, et pourtant ces derniers trouvent des oreilles attentives naïves, passionnées ou insensées que les souffrances élevées au stade de règle de vie finissent par rendre stoïques. Parce qu’on ne peut pas comprendre qu’alors que le monde vit une mutation de tous les instants depuis l’avènement d’outils d’information comme internet qui permettent à chacun et à tous, pourvu qu’ils le veuillent ou qu’ils en aient les moyens, de se renseigner sur ce qui se passe ailleurs, il y ait encore des individus qui sombrent dans les décombres du mensonge, de la flatterie et de la duperie.

Requiem pour un État de droit

Au nom de quoi doit-on ne pas faire valoir ses droits fondamentaux s’il est réellement établi que l’on est citoyen d’un État de droit ? Devrait-on se résigner à croire que les droits ne sont réservés qu’à une minorité manipulant à souhait la majorité et la soumettant à ses caprices sans que la société ne veuille jeter un regard compatissant sur elle ? Si jamais il en était le cas, sur quelle base avancer qu’on est tous égaux devant la loi et que la République est l’affaire de tout le monde ? N’y a-t-il plus de place pour l’introspection dans des sociétés où le discours politique frise le ridicule puisqu’en contradiction flagrante avec les actes ou l’agir des gouvernants ?Qu’attendre des populations si ce n’est qu’elles revendiquent lorsqu’elles se savent dupées ? Ces femmes et hommes qu’un homme de lettres bien connu de l’époque de la négritude qualifiait de « damnés de la terre » n’ont-ils pas souvent raison de prendre la rue pour dénoncer en l’absence criarde de contre-pouvoirs opérationnels ?

C’est que le respect mutuel devrait être le fondement de sociétés qui aspirent à plus de justice et d’équité, car qu’est-ce qui explique que des personnes vivant sur le même espace et le partageant donnent l’impression d’être diamétralement opposées, les unes roulant carrosse dire qu’elles ne sont pas toujours les plus méritantes et les autres maintenues parfois dans l’anonymat pour ne point faire ombrage à ceux qui ne rêvent que de se servir sur leur dos et n’ayant que leurs yeux pour pleurer ? Un environnement moins hostile et plus sécurisé, c’est ce à quoi aspirent les peuples d’aujourd’hui dans leur majorité. Et parler d’environnement moins hostile et plus sécurisé revient à interpeller sur ce qui est fait des ressources dont nous disposons : ressources humaines, matérielles et financières.

Les sociétés de maintenant plus que celles d’hier doivent avoir pour leitmotiv leur humanisation, ce qui commence par une considération de l’autre si l’on veut rompre avec l’image fournie par Jean-Jacques Rousseau présentant l’Homme à un moment de son histoire à l’état de nature, imposant de manière arbitraire ses vues à l’autre surfant sur la violence et l’arbitraire au demeurant l’unique mode d’expression. Cependant, l’on dit la période actuelle, celle du « contrat social » pendant laquelle chaque être humain accepte de céder une partie de sa souveraineté à la personne morale qu’est l’État qui est garant de la justice et de l’ordre social.


Dounguenzolou

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