Edito : Croissance et niveau de vie ?

lundi 14 janvier 2019 Speciales


Aucun être humain, citoyen d’un pays où que ce soit au monde, ne peut avancer qu’il n’a jamais entendu parler de ce mot, le concept de croissance, et de l’expression « niveau de vie ». Sans s’aventurer dans le registre économique, nous pouvons au vu de notre expérience affirmer que la croissance suppose une évolution positive notée dans le développement sous quelque forme qu’il se présente, alors que le niveau de vie est la capacité qu’ont les Hommes à se prendre en charge, ce qui implique des notions comme le pouvoir d’achat, le travail, source de satisfaction des désirs ou des besoins, y compris élémentaires : la santé, l’instruction, le logement avec tous ses annexes, l’environnement grosso-modo. L’amer constat est que la plupart des pays africains au sud du Sahara, pour ne nous limiter qu’à ce cas, éprouvent bien du mal à marier croissance et niveau de vie.

Le développement de la plupart des pays africains est en effet problématique, car le commun des mortels ne comprend pas pourquoi, alors que les dirigeants ou les organismes de notation internationaux avancent à tout bout de champ que la croissance est soutenue et qu’elle approche les deux chiffres, l’indice de développement humain (Idh) n’épouse pas la même trajectoire. Ce qui signifie que pendant que l’on dit les États en train d’engranger des recettes importantes, grâce notamment à la vente de leurs matières premières, culture de rente oblige, les populations ne voient pas leurs conditions d’existence s’améliorer comme s’il y avait curieusement un contraste entre croissance et niveau de vie. Du coup se permet-on d’épiloguer sur ce qui peut en être à l’origine.

Au nombre des questions que l’on se pose assez souvent, il y a celle qui consiste à se demander pour par la suite être capable d’affirmer ou d’infirmer si l’argent issu de la pratique de rente n’est pas mal investi ou s’il ne sert pas la cause de quelques intéressés. S’il ne va pas à des projets inopérants ou ne prend pas la destination de l’étranger où il sommeille très souvent dans des paradis fiscaux ou encore s’il ne sert pas le blanchiment pratiqué pour brouiller les pistes et jeter des zones d’ombre sur l’origine dudit argent. Si le fait qu’il ne soit pas mis équitablement à la disposition des uns et des autres par une redistribution saine et humaine ne concourt pas à freiner le développement passant nécessairement par l’assainissement des conditions d’existence, l’homme représentant le capital le plus précieux.

Combattre l’hybridité

Les choix politiques peuvent en grande partie aussi être à l’origine du sous-développement observé ci et là, car si l’on tient compte d’un schéma traditionnel connu de presque tout le monde, ledit développement devrait commencer par le secteur agricole avant que de se poursuivre par l’industrialisation. Or, force est de constater qu’ici, pas mal de pays peinent à nourrir leurs populations, à les soigner, à les instruire, non pas qu’ils soient forcément démunis, mais simplement parce qu’aux yeux des dirigeants, il y a des choses qui passent avant les autres même si de l’avis général, elles ne revêtent pas un caractère prioritaire. Il arrive très souvent par exemple que l’on investisse des sommes faramineuses dans l’importation de denrées alimentaires alors que la terre est très fertile, que l’agriculture peut y être pratiquée avec satisfaction et que les populations peuvent alors accéder à l’autosuffisance, l’État parce que réalisant des économies, être susceptible d’investir dans d’autres secteurs vitaux.

Ne faudrait-il pas aux pays africains s’inspirer des nations émergentes du sud-est asiatique qui ont bâti pour la plupart leur développement sur le socle que constituent la culture, le travail et le génie que l’on convoque parfois par mimétisme, pourvu que l’on choisisse d’adopter des méthodes qui ont porté de bons fruits chez les autres au lieu de s’encombrer d’habitudes rétrogrades et avilissantes qui ne grandissent pas, mais rabaissent plutôt ? L’Afrique sub-saharienne n’est-elle pas capable d’inventer des modèles qui lui soient propres pour que ses populations s’y reconnaissent et n’aient pas de peine à les interpréter de telle façon qu’elles puissent avancer à leur rythme plutôt qu’il leur soit proposé des schémas préfabriqués ?

Tenir compte de tous dans nos politiques

Toutes ces questions nous conduisent vers l’observation de nos manières de faire et de procéder dont certaines qui ne sont pas mauvaises en soi, mais qui souffrent de la mauvaise interprétation ou application. Ce d’autant plus que l’on s’évertue à privilégier la méthode dite du « copier-coller » sans plus fournir le moindre effort d’adaptation, ce qui nous donne l’impression d’avoir avancé sans que la trajectoire ne soit en réalité maîtrisée. Quoi de tel que lorsque des populations ont été suffisamment sensibilisées sur les changements devant intervenir et de fait sur les dispositions à prendre pour y faire face ? Pourquoi continuer à distiller des informations erronées à des populations qui méritent qu’on leur accorde un minimum d’intérêt et de respect pour qu’elles se prennent non seulement correctement en charge, mais mieux constituent un outil d’aide à la décision ? Comme on le voit, la croissance et le niveau de vie ne peuvent aller de pair que lorsque certaines conditions sont remplies en amont.

Au nombre de celles-ci, la satisfaction au moyen des recettes de l’État de la majeure partie, sinon de toute la population. Une satisfaction qui touche à tous les secteurs vitaux qui vont de l’amélioration du secteur sanitaire à celui de l’emploi pour que dans les pays qui ont encore la chance d’être sous-peuplés, beaucoup plus pour eux qui sont inexcusables à bien d’égards, chaque citoyen puisse constituer une main d’œuvre utile et un potentiel consommateur, car c’est seulement à ce prix que l’on peut parler de marché et de vitalité de l’économie dans un contexte moderne.

Laisser la majeure partie de la population sur le carreau n’est donc pas de nature à viabiliser le terrain socio-économique. Ceci, loin d’être un plaidoyer à caractère bassement politique, est une invite à la méditation et à la prise de conscience de certaines raisons de notre sous-développement. Quitte à ceux qui ont en mains notre destin d’en faire bonne lecture pour que des changements notables soient apportés dans leur comportement vis-à-vis de leurs semblables.


Dounguenzolou

Répondre à cet article

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Articles relatifs