Edito : CHIRAC ET L’AFRIQUE

lundi 30 septembre 2019 Speciales


Il ne comptait pas des amis qu’en France ou en Occident, il en comptait, apprend-on aussi, en Afrique à l’instar du président camerounais Paul Biya qui nous l’a fait découvrir officiellement en présentant ses condoléances au peuple français tout entier. Vu sous cet angle, nous pouvons donc affirmer que certains chefs d’État sur le continent, ainsi que l’on l’a souvent affirmé, bénéficiaient logiquement du soutien de l’Hexagone dans le cadre probablement du prolongement de la « France-Afrique » mise sur pied par le général de Gaulle et savamment managé par son ami de toujours Jacques Foccart qui, curieusement, portait le même prénom que Chirac. Si donc nos présidents d’Afrique francophone, du moins ceux avec qui l’illustre disparu avait noué des liens, le pleurent en souvenir de ce qu’il a pu faire pour eux, devrait-il en être de même pour les populations qui ont tant souffert de son quinquennat et de son septennat à l’Élysée ?

Les Africains d’Afrique francophone auraient-ils raison de penser que Jacques Chirac les a vraiment aidés dans la quête de leur liberté qui conditionne le développement ? A eux-mêmes de répondre à la question où qu’ils se trouvent, car aujourd’hui plus qu’hier, ils sont dans l’obligation de dresser le bilan des « rapports » qu’ils ont eu avec lui. Pour notre part, nous pouvons humblement saluer la mémoire de quelqu’un qui a bataillé pour faire entendre la voix de son pays et de « son peuple » à l’extérieur, sur l’échiquier international allions-nous dire, mais pas celui par qui est arrivé l’éclosion des hommes peuplant le continent noir.

Plutôt, aurions-nous voulu qu’il inspirât nos dirigeants afin qu’eux-aussi s’investissent concrètement dans la réalisation de projets nationaux et africains d’envergure pour que l’indice de développement humain, le fameux IDH, prenne l’envol, que le mieux-être ne revête plus un aspect utopique, que le partage soit une réalité et non une fiction, que les droits de l’homme ne soient plus circonspects, que le vote du citoyen soit respecté à jamais. Certes, nous pouvons affirmer que Chirac était loin d’avoir la conception des Levy Brühl ou tout autre Européen ayant pensé que l’Africain n’avait pas d’âme, ce pourquoi il méritait le sort qui lui était réservé, eu égard au fait que tout peuple n’a que les dirigeants qu’il mérite, mais de là à l’absoudre des fautes commises sous son magistère s’entend par son pays sur le regard qu’il a sur le continent serait commettre une trop grave omission.

Car c’est par exemple à lui que nous devons la formule restée célèbre : « la Démocratie est un luxe pour les Africains » prononcée lors d’une de ses tournées en Afrique et plus précisément au Sénégal. Scandaleux cela aurait pu à première vue paraître tout comme l’avait été l’œuvre de l’agronome français René Dumont « l’Afrique noire est mal partie » ou après lui celle de la Camerounaise Calixte Beyala « Et si l’Afrique refusait le développement » que les âmes tordues avaient considéré comme des pamphlets au lieu de les lire avec des yeux de réalistes. La fameuse phrase de l’ancien président français aurait pu être perçue comme une manière de reconnaître un fait, que les Africains à beau s’étriper n’auront pas de sitôt ce qu’ils recherchent depuis des lustres, à savoir leur véritable indépendance, celle-ci passant, en dehors du combat consécutif à une véritable prise de conscience, par l’acceptation par les dirigeants et les institutions chargées de gérer les élections des résultats des urnes, condition sine-qua-non de l’alternance avec tout ce que cela comporte d’acquis au double plan démocratique et progressiste.

C’est peut-être parce qu’il voulait insinuer cela que l’ancien chef de l’Exécutif américain Barak Obama avait lancé aux chefs d’État africains regroupés autour de lui dans la capitale fédérale américaine « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes », sachant que le président de la République est constitutionnellement la première des institutions républicaines.

Collusion chiraquienne

Rien qu’à nous référer aux élections en Afrique, nous conviendrons en général qu’elles ne reflètent pas dans la plupart des cas la volonté populaire. A la décharge des responsables politiques africains et de leurs suppôts chargés de veiller à gérer le processus démocratique, l’on peut admettre que des avancées significatives tardent encore à venir peut-être parce que le vote n’est pas né sur le continent pour que l’on exige des décideurs ce qui pouvait constituer une obligation dans la Rome ou la Grèce antiques dans lesquelles les cités avaient l’avantage de ne regrouper que très peu de monde d’où l’instauration du vote à mains levées au cours duquel il était difficile, voire impossible de tricher.

Aujourd’hui, avec des villes et même des villages regorgeant d’un nombre d’individus en perpétuelle évolution, des recensements doivent être menés dans des délais prévus par la loi pour savoir si la liste électorale répond encore aux réalités du moment. Sans compter que le fichier électoral, lui aussi, devrait venir s’ajouter à cet autre document justifiant la fiabilité des opérations menées en amont.

Or, il n’est un secret pour personne que l’on pèche assez souvent à ce niveau puisque les doublons, les noms de personnes décédées et autres insuffisances viennent donner l’impression qu’aucun travail, du moins sérieux, n’a été accompli pour que la liste électorale soit fiable aux yeux des futurs électeurs. Surtout lorsque ceux-ci devenus regardant parce qu’exigeant la transparence aux officiels à qui ils reprochent leurs faiblesses deviennent intransigeants. Combien d’élections en Afrique ont donné lieu à des liesses populaires véritables sans qu’elles ne soient accompagnées d’évènements douloureux ? Pas beaucoup !

Tout cela parce que les anciennes puissances coloniales par le truchement de nombre de leurs dirigeants sont peut-être à juste titre accusées de soutenir certains candidats parmi lesquels ceux en mal de notoriété auprès de leurs compatriotes. Jacques Chirac, homme de la Vème République, en fait malheureusement partie puisqu’il lui est reproché d’avoir soutenu des « dictatures », c’est-à-dire des individus et des pouvoirs africains qui se sont maintenus grâce à la main mise de la France, admettant que de paisibles citoyens réclamant leur droit de vote soient envoyés ad-patres par une garde prétorienne rappelant par moment les « tontons macoute » de l’ère Duvalier à Haïti. Combien de chefs d’État africains Chirac n’a-t-il pas soutenu moyennant reconnaissance avec tous les sous-entendus à l’ancienne puissance coloniale ?

Même si le « politiquement correct » n’arrivait pas à le reconnaître, le citoyen lambda se posait des questions sur les alliances nouées entre lui et ces derniers pour, contre toute attente, leur assurer la pérennité au pouvoir. Avec ce qu’il y avait de parodies d’élections donnant lieu à un adoubement beaucoup plus subtile de l’Hexagone que de la population puisque celle-ci déjà invitée à la consultation électorale avait dans sa majorité dit « non » au projet, si projet il y avait, du candidat soutenu par l’ancienne puissance coloniale.

Le handicap, c’est lorsque l’on se met à compter tous ses morts qui ne méritaient pas ce sort, pas de sitôt en tout cas, puisqu’ils ne revendiquaient que ce qui fait d’eux des citoyens, au cas où on veut les reconnaitre comme tels, le droit de vote qui, si on tend ou feint de l’oublier, constitue un droit fondamental. Qu’a fait Jacques Chirac lorsqu’il apprenait que de nombreux Africains tombaient sous les balles d’une dictature alors que du haut de sa tribune il affirmait que la France était la « Patrie des droits de l’homme » ? Quel souvenir voudrait-on que les Africains aient d’un homme qui a accompagné de nombreux dictateurs au seul motif que ce qui intéressait la France, c’était ses propres intérêts et non autre chose ?

Quel message faire alors passer facilement, du moins aux générations qui l’ont connu et ont vécu les affres des années d’avant 1990, si ce n’est celui qu’il repose en paix, puisque l’Afrique, l’Afrique francophone surtout, continue de subir ce que les prédécesseurs d’Emmanuel Macron au nombre desquels Jacques Chirac ont construit comme instrument de gestion de ce continent attardé.


Dounguenzolou

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