Edito : Célébrations culturelles, une vitrine pour être sérieuse !

lundi 20 août 2018 Speciales


Il y a des moments où il est préférable d’annuler un évènement que de le bâcler. Si l’on tient compte de la définition que donnent les anthropologues et autres spécialistes des sciences en relation avec le phénomène culturel , « Gabon 9 provinces » ou la " Fêtes des Cultures" telle que célébrées dans notre pays demande d’être repensées et surtout confiées, pour ce qui est de la conception, aux initiés et non aux profanes, fussent-ils les organisateurs de circonstance. Ceux qui ont effectué le déplacement au boulevard Jean Paul II pendant les neuf jours qu’a duré la manifestation ont-ils eu l’impression que c’est la culture gabonaise dans son entièreté qui a été célébrée ? Nous pensons que non ! Pourquoi ?

La culture si l’on en croit les spécialistes devrait d’abord être affaire de connaisseurs avant que d’être celle de ’’Monsieur tout le monde’’ comme cela donne à voir. C’est parce qu’elle est chose sérieuse en tant qu’elle convoque un bon nombre d’éléments dont l’appréciation ne relève pas de tous qu’elle devrait inviter au premier chef ceux qui ont choisi d’en faire leur raison de vivre. S’il existe des ingénieurs culturels, c’est bien parce que la culture a une signification et une importance et qu’elle mérite de ce simple fait d’être traitée avec les égards qu’il faut. En deçà peut-on dire, se trouvent les acteurs culturels, ceux là qui pratiquent au quotidien l’activité culturelle, de l’artiste peintre au conteur en passant par l’homme de théâtre et le cuisinier. C’est que la culture est toute forme d’expression qui distingue un peuple d’un autre, une civilisation d’une autre.

La confiner à une parade « d’artistes mal inspirés », « artistes du dimanche » pour la plupart suppose que l’on n’ait pas encore totalement intégré la notion de culture ou si l’on veut que l’on n’accorde qu’un accent ludique, encore faut-il qu’il soit à la hauteur de l’évènement, à la manifestation que l’on dit organiser. Or, nous ne croyons pas que ce fut l’idée de l’initiateur de « la fête des cultures », l’ancien Maire de Libreville Paul Mba Abessole dont c’était une occasion pour le Gabon et les Gabonais de s’exprimer à travers ce qu’ils ont de spécifique à leur province afin au finish de s’exporter et donc de participer au « rendez-vous du donner et du recevoir » qu’entrevoyait l’académicien Léopold Sédar Senghor. Raison pour laquelle, ladite fête convoquait les autres cultures africaines notamment celles des peuples de la sous-région d’Afrique centrale au contact desquelles les gabonaises devaient mesurer les liens existant entre elles et apprendre qu’est-ce qui se fait à côté dans un siècle qui privilégie la communication, c’est-à-dire les échanges tous azimuts. Car l’échange est facteur de stimulation et d’amélioration de son propre potentiel. Aujourd’hui, après combien de célébrations, peut-on affirmer que l’on a gagné en organisant de la manière dont on le fait la fête des cultures ?

Un retour aux sources s’impose

Là où la science est plus que bénéfique à l’humanité, c’est qu’elle nous impose la reconnaissance de l’autre, du devancier quand ce dernier a été reconnu par la communauté comme quelqu’un à qui nous devons une innovation, une création ou une invention. D’où il importe de le citer ou simplement de partir de son expérience avant que de penser la poursuivre. C’est dire qu’il est difficile d’avancer que l’on crée ex-nihilo. Tenter de « tuer » un précurseur nous prédispose à l’échec. Au sens où notre œuvre sera tôt ou tard remise en cause et mise au rebus. L’on nous dira certes que le facteur financier est pour beaucoup dans la révision de la fête des cultures, mais cet argument, seul, suffit-il à nous faire manquer de génie au point de ne pas inviter à la manifestation ceux sans qui elle n’aura jamais la taille que vous voulez lui donner ou que l’on doit lui accorder ?

La fête des cultures avant que d’être l’affaire des politiques doit d’abord être celle de tous ceux qui s’expriment quotidiennement à travers l’un des pans du phénomène culturel. Ce pourquoi, l’on doit, pour que la fête ait réellement lieu, faire appel à ceux qui ont leur mot à dire au sujet de la conception d’un évènement qui devrait refléter les différentes expressions des peuples de chez nous. Ce sont eux qui, pour l’avoir appris à l’école ou sur le tas, sont en mesure de guider les pas des organisateurs quoique ces derniers soient des passionnés. C’est seulement, croyons-nous, à ce prix que l’on cessera d’avoir à voir des spectacles insipides et à compter des manquements criards qui font perdre à l’évènement de son lustre, si lustre il y a. Ici au Gabon, point n’est besoin de dire que l’absence de certaines gens à la fête des cultures est très remarquée et est de ce fait susceptible d’entacher le crédit que le grand nombre veut bien lui accorder.

La fête des cultures devrait être également l’occasion de se souvenir de ceux qui les premiers ont permis à de nouvelles générations de s’affirmer en commençant par choisir l’expression culturelle comme raison d’exister. Parce qu’elle doit constituer un élément motivant et stimulant pour la jeunesse dans laquelle nombre de composants ont certes du talent, mais demandent à être guidés pour oser se frotter avec courage et abnégation aux autres dans un univers devenu de plus en plus concurrentiel. Avant que de l’être, elle devrait pousser les générations montantes à faire preuve d’humilité au lieu qu’elles ne commettent comme le font de nombreux jeunes l’erreur de penser d’emblée qu’elles sont déjà au firmament alors qu’il leur reste encore bien du chemin à parcourir. Ce qui peut les prédisposer à la médiocrité, dire que l’on évolue aujourd’hui dans un système fait de mondialisation où tous ceux qui ne font pas preuve d’endurance seront condamnés à mourir. Faut-il prédire à la jeunesse gabonaise ayant opté pour la valorisation de la culture un tel sort ?


Dounguenzolou

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