Edito : Bonnet blanc, blanc bonnet ?

lundi 8 janvier 2018 Speciales


Le Gabon est de plus en plus l’un des pays qui suscite la curiosité de l’observateur. Non pas par des frasques en tant que tel, mais parce qu’il ne cesse de s’illustrer, même si certains éprouvent du grand mal à le dénoncer, par des habitudes d’un autre âge. Il en est ainsi de l’implication des syndicalistes auprès des politiques, dire que le rôle des uns et des autres est différent, peut-être, soutiendra-t-on, complémentaire sur quelques spécificités. Comment alors ne pas s’interroger sur ce que viennent faire les uns chez les autres et les autres sur un champ qui ne devrait pas leur être familier.

Faire de la politique au sens où l’entendait Aristote et où l’entendent d’ailleurs ceux chez qui la morale revêt encore une certaine importance ou une importance certaine, c’est du mieux que l’on peut dit grossièrement, satisfaire les besoins des populations. Etre syndicaliste, c’est grosso-modo défendre les intérêts d’une corporation. A première vue donc, les deux activités n’ont rien en commun, sauf que l’une peut s’appuyer sur l’autre pour magnifier et donner de l’envergure à son action. Toute collusion entretenue est donc perçue comme fausse note.

Or, de plus en plus de syndicalistes gabonais choisissent cette voie pour en faire un tremplin devant leur assurer la prospérité. Qu’avancer sur des personnalités comme Ngoua Ngou ou Bitoughat et dans une moindre mesure comme Aminata Nzong Mba, tous syndicalistes corrompus qui se sont vus récompensés, même si on ne le clame pas haut et fort, pour avoir mis en péril des actions qui s’avéraient nuisibles pour le politique et rehausser son crédit entamé auprès des populations, condamnant du coup leurs camarades à subir le dictat de ce dernier, tant les décisions impopulaires prises en violation de la loi portent bien à ce qualificatif.

A quoi servirait-il alors d’organiser des structures syndicales si c’est pour qu’elles soient par la suite inféodées au pouvoir et pour qu’elle le serve donc, quitte à ce que ceux qui jouent le jeu dudit pouvoir soient récompensés d’une manière ou d’une autre en obtenant de lui des fonctions importantes dans l’appareil d’Etat ou de l’argent ? Si l’on veut que le politique se mêle de tout, pourquoi ne pas alors lui en donner la latitude en lui octroyant les pleins pouvoirs et dépouillant les syndicats des leurs ? Que deviendrait un pays sans contre-pouvoir qui fait qu’il y ait des limites à l’action du politique qui, quand il en accumule, en dispose parfois et même assez souvent de manière très arbitraire ? Veut-on nous faire croire que des secteurs aussi vitaux que la Santé, l’Education et la Communication peuvent sans en manifester le dégout s’accommoder longtemps d’une telle gouvernance et d’une telle duperie qui ne profite qu’à des minorités et pas au grand nombre ?

Il est plus que jamais temps que les choses évoluent dans le sens de la liberté et de la compréhension, pourvu que chacun fasse ce pourquoi il a été choisi par la base, les vaches, comme on le dit, ne seront que trop bien gardées. Mais pour ce faire, il est demandé aux syndicalistes de ne plus guère se prêter au jeu du politique qui, s’il est incapable de s’assumer et d’assumer ses tâches, doit, comme l’avançait le général de Gaulle, « quitter les choses avant qu’elles ne le quittent ». Ce pour dire que lorsque l’on s’embarque en politique, il faut savoir que nos charges régaliennes et quotidiennes consistent à satisfaire les besoins primaires des populations citoyennes et qu’il nous est imposé par contre de ne pas nous immiscer dans les affaires concernant les corporations, sauf quand il s’agit d’y trouver des solutions aux problèmes ou encore quand nous sommes invités à prendre part à une activité syndicale.

Aussi longtemps que les syndicalistes seront les complices du pouvoir, ils se mettront un couteau dans le ventre et seront condamnés à voir leurs revendications pourtant nobles étouffées dans l’œuf à la grande satisfaction du politique qui a intérêt à ce que sa vision soit partagée, même lorsqu’elle est le fruit d’une mauvaise réflexion.


Dounguenzolou

Vos commentaires

  • Le 8 janvier à 18:47, par Ngoua Ngou En réponse à : Edito : Bonnet blanc, blanc bonnet ?

    Bonsoir Monsieur le journaliste. Je viens de lire cet article qui traduit malheureusement une ignorance abyssale des règles et principes qui régentent les relations entre syncalusme et politique. En France, par exemple, des personnalités comme Bérégovoy, Pierre Mauroi, Bruno Julliard - le jeune Adjoint au Maire de Paris- ... sont toutes passées par la casse syndicat. La règle est que les deux champs ne devraient pas être labourés simultanément. Ce qui a été mon cas. En effet, je n’ai jamais eu d’affiliatiin ni de filiation politique. J’ai, par ailleurs quitté le syndicalisme actif en 1995 en rejoignant l’Internationale de l’Education où j’ai travaillé pendant 18 ans et 8 mois. De plus, le syndicalisme n’est pas un métier pour qu’on confonde à ce point l’exercice bénévole d’un mandat social et un engagement politique ou idéologique. Je n’y suis pas entré pour y passer toute ma vie comme le font d’autres. Ce qui est leur choix et leur droit. Visiblement, ce journaliste, si tant est qu’il en est un, confirme la médiocrité qui prévaut dans cette corporation au Gabon. En effet, il aurait voulu parler de ceux qui confondent les deux choses qu’il lui aurait suffit de regarder ceux qui prennent successivement part, en quelques minutes d’écart, aux réunions de dynamique unitaire et à celles qui ont lieu au QG de Jean Ping. Mais hélas, voulant cogner sur Ngoua Ngou, il a honteusement livré au public la limite inconnue de son objectivité.

    Répondre à ce message

  • Le 9 janvier à 15:21, par Samuel NGOUA NGOU En réponse à : Edito : Bonnet blanc, blanc bonnet ?

    Bonsoir Monsieur le journaliste. Je viens de lire cet article qui traduit malheureusement une ignorance abyssale des règles et principes qui, dans certains pays comme le nôtre, régentent les relations entre syndicalisme et politique. Ce qui n’est pas le cas aux USA où les syndicats participent ouvertement au financement et autres activitésde partis campagnes politiques .

    Souvenez-vous, Monsieur le Journaliste, qu’en France, par exemple, des personnalités comme Pierre Bérégovoy, Pierre Mauroi, Bruno Julliard - le jeune 1er Adjoint au Maire de Paris actuellement - André Henry (Ministre du temps Libre de François Mitterrand en 1981 et ancien Secrétaire Général de la FEN) ... sont toutes passées par la case syndicat. La règle, dans notre pays une fois encore, est que les deux champs ne devraient pas être labourés simultanément ou en parallèle. Ce qui a été mon cas. En effet, je n’ai jamais eu d’affiliation ni de filiation politique et personne ne m’a jamais participé à une campagne politique ou à quelque activité politique que ça soit. J’ai par ailleurs quitté le syndicalisme actif en 1995 en rejoignant l’Internationale de l’Éducation où j’ai travaillé pendant 18 ans et 8 mois. De plus, j’ai toujours considéré que le syndicalisme n’est pas un métier pour qu’on confonde à ce point l’exercice bénévole d’un mandat social et un engagement politique ou idéologique. Je n’y suis pas entré pour y passer toute ma vie comme le font d’autres. Ce qui est leur choix et leur droit. Visiblement, ce journaliste, si tant est qu’il en est un, confirme la médiocrité qui prévaut dans cette corporation au Gabon où l’on s’aventure sur des thématiques sans prendre le soin de s’informer, alors que l’Internet nous offre tant et tant de possibilités. En effet, il aurait voulu parler de ceux qui confondent les deux choses et franchissent allègrement la ligne de démarcation qu’il vous aurait suffit de regarder ceux de ses amis qui prennent successivement part, en quelques minutes d’écart, aux réunions de dynamique unitaire et à celles qui ont lieu au QG de Jean Ping et qui ont publiquement battu campagne pour lui en 2016. Mais hélas, voulant cogner sur Ngoua Ngou, il a honteusement livré au public la limite inconnue de son objectivité.
    Je terminerai par me demander pourquoi, alors que beaucoup d’anciens syndicalistes ont accédé à des postes importants au sein de l’État dans notre pays, les seuls condamnables à vos yeux sont Samuel Ngoua Ngou et Christiane Bitoughat ? Serait-ce dans la même logique véhéculée et entretenue par certains de vos compères qui consiste à ne voir des traîtres à votre cause perdue d’accession au pouvoir d’État que chez les Fangs ? Faites bien le tour. Vous n’aurez aucune difficultés à trouver des non Fangs comme soutiens d’Ali BONGO ONDIMBA et, avant lui, d’Omar BONGO ONDIMBA.

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Articles relatifs