Edito : Artiste, ce mal aimé !

mercredi 25 avril 2018 Speciales


Alors que chez nos ancêtres les Gaulois dont nous inspirons pour bâtir notre modèle de société, l’artiste vit de son art, des politiques fiables et pérennes étant mises en place par des gouvernants et sauvegardées de générations en générations, chez nous, y’a qu’à voir comment ils galèrent pour comprendre que ces créateurs des œuvres de l’esprit sont comme qui dirait les parents pauvres de la communauté. Ce qui contraste énormément avec le discours sans cesse tenu à leur endroit. Et pourtant, ils ont beaucoup à apporter en termes de témoignage, de conseils, d’avertissement, de prise de conscience, d’encouragement, en un mot d’observation de nombreuses valeurs dont celles de travail et de ses corollaires l’effort et la justice sociale.

Quand Dominique Douma sollicite l’une des salles de l’Institut français de Libreville pour se produire avec sa troupe et offrir au public présent un spectacle inédit sur Chaka Zoulou, il y’ en a, Dieu seul sait s’ils ne sont pas nombreux, qui y voient un épiphénomène, alors que l’artiste a pris tout son temps pour communiquer sur l’évènement qui était très attendu dans un contexte où l’histoire de l’Afrique mérite d’être revisitée par des générations de jeunes de plus en plus tournées vers les artifices de la civilisation qu’offrent entre autres les nouvelles technologies de l’information et de la communication et les travers de la société que cultivent des groupuscules organisés. Combien se sont en effet posé la question de savoir que recherchait le Docteur Douma à travers cette représentation théâtrale parmi ses compatriotes ? Dire qu’ils sont un nombre incalculable, ceux venus d’ailleurs, y compris les Hexagonaux à s’être bousculés comme à leurs chères habitudes aux portes de l’ancien Centre culturel français, venant boire comme du petit lait ce pan de la vie d’un illustre fils du continent, normal selon eux quand on sait que l’Afrique du Sud a donné naissance non pas qu’à des gens qui ont passé le plus clair de leur temps à combattre le fameux système honni d’Apartheid, mais aussi à ceux qui, comme Nelson Mandela, ont sacrifié leur vie pour leurs semblables certes, mais ont permis à un pays de se pacifier.

Nous convenons avec certains que les 3000 francs CFA que coûtait l’accès à la salle, c’est des kilos de riz ou des bâtons de manioc en moins pour la plupart des familles dont les pourvoyeurs de ressources tirent pour ainsi dire le diable par la queue, mais quelle image renvoie cet évènement à ces derniers de là où ils se trouvent ? En d’autres termes, ces gens ont-ils un rêve et se donnent-ils les moyens de se réveiller ? Qu’ils comprennent que l’artiste est un autre eux-mêmes et qu’il partage avec eux leur sort sans complaisance en tentant de leur apporter le réconfort moral dont ils ont nécessairement besoin pour conduire du mieux qu’ils peuvent leur vie hachée essentiellement par le train-train quotidien, ce que d’aucuns qualifieraient de tracasseries journalières. Ici, le choix de Chaka Zoulou n’est peut-être pas fortuit, car il peut servir à déconstruire pour construire une opinion favorable celle-là à la gestion de la personnalité, ce qui passe par une certaine conviction d’avoir enfin, au cas où on l’avait oublié, un repère parmi tant d’autres susceptible de nous amener saisir le sens que nous devons donner à un combat lorsque celui-ci s’avère surtout juste.

Cette « apologie » que nous faisons aujourd’hui de la sortie et de l’œuvre de Dominique Douma, nous la faisons également à tous ses artistes, morts comme vivants, qui ont pendant longtemps porté le fardeau des populations au point de l’exprimer dans une chanson, nous pensons par exemple à Mackjoss qui vient de nous quitter ou à bien d’autres avant lui aujourd’hui dans l’au-delà, Philippe Maury, Daniel Odimbossoukou, Dominique Diata Ndouma pour ne citer que ces quelques noms, mais aussi à un Pierre-Claver Akendengué, un Jean Divassa Nyama, un Minko Mi- Nzé, Henri Joseph Koumba Bididi, encore vivants, j’en passe ; sans que personne d’entre eux n’ait vu son œuvre véritablement récompensé au plan local, pas moins qu’ils n’ont jusqu’ici pas accès aux droits d’auteurs. Faut- il y voir un signe de la fatalité ? Oh que non ! Si l’on tient compte de l’acharnement avec lequel des personnalités comme Norbert Epandja se mobilisent pour obtenir des gouvernants qu’ils accèdent dans des délais raisonnables à leur requête. En attendant, des voix sourdes s’élèvent de plus en plus pour réclamer qu’ils, les artistes, puissent vivre de leur art et méritent plus que jamais la considération qui devrait de tout temps être la leur. Que serait une société où le travail de ce dernier qui adoucit les mœurs dans le plus simple des cas et donne un sens à la vie dans son acception philosophique la plus poussée est banalisé et lui-même l’artiste regardé et traité comme un pariât ? Que vaut un peuple sans culture dans un contexte de mondialisation ? Doit-on ne pas comprendre ou éluder la question de la valorisation de nos cultures et de leur pérennisation ?

Autant de sujets sur lesquels il est plus qu’impérieux de réfléchir à tout moment si l’on veut éviter de sombrer dans un optimisme béat qui finira par nous perdre. Les artistes, allions-nous dire, mérite pour cela notre total soutien, car ils sont l’âme du peuple ou des populations, ils sont à l’instar des bibliothèques là où se conserve la culture et où elle peut être consultée par le grand public. Pour paraphraser Amadou Hampaté Bâ, nous affirmerons qu’en Afrique, quand un artiste meurt, c’est une bibliothèque qui brûle.


Dounguenzolou

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