Edito : 1er mai au cœur du débat

lundi 6 mai 2019 Speciales


Peut- être serait-il utile que les syndicats dont la prise de parole est justifiée à cette date chaque année se prêtent toujours à un exercice d’explication qui dépasserait largement les manifestations festives entourant la célébration de la fête du travail. Le 1er mai est en effet un symbole, celui de la lutte ouvrière pour l’acquisition et le respect des droits fondamentaux du travailleur de par le monde. Comme tout autre évènement, la fête du travail a une histoire qu’il ne faut surtout pas occulter, passer sous silence ou encore reléguer au second rang lorsqu’arrive le moment de la célébrer.

En effet, le point de départ est le foyer industriel américain de Chicago qui, comme toutes les villes au monde ayant été marquées par un essor de l’industrialisation du fait de leurs matières premières ou des usines que l’on y a installées pour assurer leur transformation, a connu au début du siècle dernier le phénomène migratoire, de nombreux migrants de toutes les races fuyant la misère et le mauvais traitement qu’ils subissaient essentiellement dans le sud des États- Unis y affluant pour connaître des jours meilleurs. C’était sans compter avec le chômage qui s’y était installé, la dureté de la vie, bref tous les avatars d’une société en pleine mutation. Victimes, ces migrants ont été de la xénophobie, du racisme, de la lutte des classes et de tous ces fléaux engendrés par la société capitaliste et condamnés par des hommes de la trempe de Karl Marx.

C’est, disions-nous, la ville de Chicago qui fut le point de départ du mouvement ouvrier avec cette levée de bouclier des syndicats qui prirent à bras le corps la situation des travailleurs et menèrent une lutte sanglante contre les propriétaires des moyens de production qui faisaient fi de certaines considérations aujourd’hui admises au nombre desquelles le temps de travail, la santé, le bien-être et bien d’autres. Que de sang versé pour faire entendre raison aux employeurs habitués à se servir des employés comme on le ferait de bêtes de somme, employeurs qui s’enorgueillissaient d’avoir sous la main une main d’œuvre bon marché exploitable à souhait et fouettée chaque fois qu’elle osait initier un quelconque mouvement de revendication ou de désobéissance. Suite à l’imbroglio suscité par les revendications des salariés conduites par les syndicats, les industriels durent faire contre mauvaise fortune bon cœur, acceptant d’instaurer un dialogue avec ceux qui leur faisaient face pour désormais tracer la nouvelle ligne de conduite qui devait guider dès cet instant les rapports entre les deux parties que l’on dénomme aujourd’hui partenaires sociaux, sachant que chacune devait se convaincre qu’à ses droits venaient se greffer des devoirs.

Depuis, ces principes sont respectés au point que qui ose les enfreindre répond de ses actes devant un tribunal ad-hoc. Mais, les mauvaises habitudes ayant la vie dure, force est de constater que de nos jours encore, de nombreuses dispositions sont soit mises au placard, soit violées avec très souvent hélas la complicité des gouvernants qui auraient pourtant gagné à humaniser leur comportement s’il est dans leur esprit d’éviter ce que nous avons sans cesse l’habitude de vivre : les mouvements d’humeur dégénérant parfois en véritables conflits et en rupture de liens entre classes sociales. Ce qui nous amène à nous demander si un siècle après pour ceux qui interprètent de manière générale le processus ou depuis les années 60 où la majorité des pays a accédé à l’indépendance en Afrique, il est normal de continuer à considérer le 1er mai comme un moment de simples retrouvailles, alors qu’il devait nous pousser chaque fois que cette date arrive à nous investir même si cela parait fastidieux pour bon nombre dans l’exercice consistant à non seulement nous souvenir de ce qui s’était passé à Chicago, mais aussi et surtout à situer nos revendications dans leur contexte.

Pas un simple moment de réjouissance !

Sous nos cieux, la plupart des travailleurs, avec eux les syndicats dans la plupart des cas inféodés au pouvoir et servant de fonds de commerce à leurs responsables, ont depuis placé le 1er mai au rang d’activités ludiques au cours desquelles l’on s’abreuve de vin et mange à satiété, non pas que cela soit interdit, mais simplement pour faire remarquer qu’il serait plutôt nécessaire de joindre l’utile à l’agréable en posant les vrais problèmes auxquels font face les travailleurs, problèmes susceptibles de menacer à court, moyen ou long terme l’équilibre social qui, quand il est rompu, est difficile à être rétabli. En dehors du fait qu’il est normal pour fuir un instant « l’asservissement » du milieu de travail que l’on se livre à quelques libations avec ses collègues, collaborateurs et supérieurs hiérarchiques, surtout lorsque ces derniers nous donnent satisfaction, il n’est pas anormal que ce soit là une occasion propice puisqu’il ne s’en présente souvent que très peu durant l’année pour porter vers les décideurs nos revendications les plus justes et les plus justifiées.

D’où nos pancartes lors du défilé doivent par exemple porter des mots sincères et chargés de sens, tout comme l’air que nous affichons doit pouvoir renseigner sur notre état actuel. Non pas qu’il faille se montrer insultant vis-à-vis de la hiérarchie, mais simplement qu’il faille mettre à profit cette journée symbolique pour montrer ce que l’on a toujours dissimulé. Aux syndicats, il revient par exemple la responsabilité de tenir un discours-bilan franc retraçant les différentes phases de l’évolution du monde ouvrier, les difficultés enregistrées par bon nombre d’employés dont ceux qui ne voient pas leurs cotisations être reversées à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), celles liées au laxisme de cette institution à recouvrer auprès des sociétés leur dû, celles concernant les conditions de vie et de travail et autres.

Après tout, il va falloir attendre encore un an pour vivre ces moments particuliers. Sait-on que les patrons comme on a coutume de les appeler n’ont cure de ce qui se produit dans l’entreprise pourvu que celle-ci continue de produire et fasse des bénéfices ? Sont-ils préoccupés par la situation des agents licenciés même si l’on sait que certains parmi eux ont été indemnisés ? Que pensent-ils du silence de beaucoup d’autres lorsqu’ils font face à une menace et considèrent qu’une épée de Damoclès pèse plus que jamais sur leur tête ? Le 1er mai ne doit-il pas être l’occasion pour le monde de l’usine de mener un débat incitatif visant à sensibiliser davantage les employeurs ? N’est-il pas aussi l’occasion d’évoquer les mesures d’accompagnement pour tous ceux qui sont sur le point de perdre leur emploi ou de plaider en faveur de la réinsertion de bien d’autres réduits au chômage et encore en âge de travailler ? La réponse à toutes ces interrogations demeure inévitablement dans la prise de conscience qui doit se faire jour le 1er mai pour ne pas donner l’impression d’un moment de réjouissance sans plus.


Dounguenzolou

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