Disparition des conteneurs de Kevazingo : Quand le gouvernement supplante la justice

vendredi 17 mai 2019 Politique


Mis sous scellés judiciaires, 353 containers remplis de bois de Kevazingo, une essence très précieuse, ont été signalés comme miraculeusement disparus du port d’Owendo. Alors que l’affaire fait grand bruit à Libreville, après l’arrestation de ressortissants Chinois il y a quelques jours, le gouvernement a publié jeudi dernier, la liste des cadres des ministères de l’Economie et des Eaux et Forets, suspendus de leurs fonctions. Non sans appeler à la démission même des ministres concernés.

Si l’affaire relevait jusque-là du domaine de la Justice, elle a pris depuis jeudi dernier, des connotations politiques, notamment avec l’immixtion du gouvernement. Puisque ce dernier, sans attendre les conclusions de l’enquête ouverte par le Procureur de la République, Olivier Nzaou, s’est empressé de balancer les noms de certains responsables administratifs, dont les directeurs de cabinet des ministres de l’Economie et des Eaux et Forets, Michel Ogandaga et Guy Bertrand Mapangou, faisant ainsi fi de la présomption d’innocence dont ils bénéficient jusqu’à preuve du contraire. Or, dans des pays normaux, la Justice s’étant déjà saisie du dossier, il ne revient qu’au Procureur de la République, et à lui seul de communiquer sur l’évolution de celui-ci.

Cela est d’autant plus important qu’il s’agit avant tout de garantir l’indépendance de la Justice qui ne doit subir aucune interférence en la matière. Mais le gouvernement de Julien Nkoghe Bekalé, pris de court par l’ampleur du scandale ou disons par l’ampleur du coup tordu, et pressé certainement par des forces occultes tapies dans l’ombre du pouvoir, a préféré le raccourci de la facilité avec des suspensions dont peut désormais dire qu’elles sont peut-être stratégiquement politiques pour certaines. Il ne s’agit pas de dédouaner tel ou tel autre mis en cause, encore faut-il que ces mises en cause soient réellement le résultat d’une enquête sérieusement menée par une Justice libre.

La démarche du gouvernement qui n’est pas dans son rôle est de nature à entraver et même à orienter déjà le travail de la justice. Ce qui est absolument inquiétant au regard de l’ampleur du scandale, si scandale il y a bien sûr.

Règlement de comptes

En réalité, l’affaire, depuis son éclatement et vu les tournures qu’elle aborde depuis maintenant, n’est pas sans rappeler la manipulation politique de certains complotistes au sein du pouvoir. Et les éclaboussures avérées ou non du Kevazingo n’auront été qu’un mesquin prétexte, destiné à clouer définitivement ces amis encombrants comme Mapangou, Ogandaga et tous les autres malheureux appelés à démissionner. Chose qu’ils devraient faire sans réfléchir puisque la suspension de leurs directeurs de Cabinet n’est en réalité qu’une façon polie de les condamner déjà. Surtout quand on sait le rôle limité d’un directeur de cabinet pour ce genre d’affaires.

Au fond, si la guerre de succession était jusque-là souterraine entre les tenants du sérail, le scandale ou le piège du Kevazingo qui éclate le pouvoir aujourd’hui aura contribué à mettre à nu, les manoeuvres abominables de la jeune garde, qui, dans le sillage de 2023, essaie de s’accaparer le terrain autant qu’elle le peut, en mettant dehors, tous les vieux amis susceptibles de lui faire de l’ombre au moment venu.

Et cela, en usant de tous les moyens y compris même les plus abjects. Mais l’idée aussi piètre qu’elle soit est loin d’être un pari gagné puisque les choses dans ce cas précis, ne se passent pas toujours comme on les planifie. Et les exemples sont partout légion en Afrique ces derniers temps.


Leno KOLEBA

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