Dialogue politique : Un couteau à double tranchant…

mardi 25 avril 2017 Politique


Présenté par l’ensemble des participants comme une panacée électorale pouvant mettre le pays définitivement sur orbite démocratique, le dialogue voulu par le pouvoir se pose en même temps comme un piège qui pourrait, le moment venu se refermer sur lui-même. Et si ceux qui sont à la table des négociations le prophétisent comme un remue-ménage, susceptible d’instaurer une vraie alternance au sommet de l’Etat, certains ne cachent pas leur scepticisme quant à la volonté du PDG d’adopter, sinon de respecter les mesures qui court-circuiteraient sa longévité au pouvoir.

Ça s’appelle se tirer une balle dans le pied, l’attitude du Parti démocratique gabonais, qui pour faire bonne figure dans la gestion de la crise politique actuelle, n’a pas hésité à convoquer un dialogue politique national. Chose à laquelle il s’est pourtant longtemps refusé, craignant de voir être remises à plat toutes les institutions du pays, y compris la branche sur laquelle il est assis.

Or, au regard des propositions contenues dans le rapport final de la phase citoyenne de ces assises, ils sont de plus en plus nombreux, les compatriotes qui se demandent encore si leur application ne constitue pas un couteau à double tranchant, qui risque de se retourner, le moment venu contre le pouvoir. Notamment les questions relatives à la limitation des mandats présidentiels (deux si l’on s’en tient aux recommandations de la phase citoyenne), l’élection à deux tours, la biométrisation du fichier électoral, la publication du patrimoine des candidats avant l’élection, pour ne citer que ceux-là.

Autant d’éléments qui font encore douter de nombreux Gabonais de la volonté réelle des tenants du pouvoir à se conformer à ces actes au cas où ils venaient à être intégrés dans le dispositif législatif gabonais. Ce qui serait un couteau à double tranchant, surtout dans la mesure où l’application des actes du dialogue, si application il y a, pourrait aboutir à la promotion de l’Etat de droit et à l’alternance politique. D’où toute la fébrilité et la méfiance réciproques observées à l’entame des négociations pour ce qui est de la phase politique, notamment lorsque l’opposition a soupçonné une volonté manifeste du pouvoir de tenter de l’enfariner.

C’est dire que le régime actuel voit déjà nettement diminuer les chances de sa longévité aux affaires. Lequel régime pourra, le cas échéant, revenir à la charge soit par voie référendaire, soit par tout autre moyen détourné, afin de tenter de torpiller, d’une manière ou d’une autre le processus de démocratisation du pays découlant du fameux dialogue. Et même si la majorité présidentielle montre un certain entrain, une certaine disposition pour la négociation, il ne faut pas perdre de vue que tout est possible en politique, et qu’un scénario de revirement ou de tout autre manœuvre gouvernementale n’est pas exclu. L’exemple notoire du Congo démocratique à côté est riche d’enseignements. Et tant que la mise en œuvre des actes de ce dialogue ne sera pas encore effective, tout scénario à la Kabila n’est pas exclu. Tout est question d’intérêt, et les intérêts ne manqueront certainement pas.


Charles Nestor NKANY

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