Dialogue national : Solution miracle ou énième retrouvaille ?

mardi 21 février 2017 Politique


Alors que le Gabon traverse sa plus grave crise post-présidentielle, depuis le retour du multipartisme en 1990, tous les acteurs politiques, à l’exception du camp de Jean Ping, sont convaincus que seul l’appel au dialogue formulé au plus fort de la contestation postélectorale par Ali Bongo Ondimba, reste sans conteste, l’unique voie de sortie de crise. Une euphorie qui, naturellement ne va pas sans susciter quelques doutes, surtout au regard des exemples tels que la conférence nationale de 1990, les Accords de Paris de 1994 et les Accords d’Arambo de 2006. Des exemples, qui somme toute, n’ont jusque-là permis aucune véritable alternance politique à la tête de l’Etat.

Tandis que tout le monde ou presque ne jure désormais que par le seul dialogue politique national, à l’initiative d’Ali Bongo Ondimba, afin, pense-t-on, de délivrer le Gabon de sa "malédiction" post-présidentielle chronique, une question mérite néanmoins d’être posée. Qu’est-ce qui, contrairement aux autres expériences passées du genre enregistrées jusque-là, fera dudit dialogue une vraie réussite démocratique ? Le dialogue politique dans son format actuel est-il réellement une panacée, sinon une solution miracle, pouvant effacer d’un seul trait le cauchemar de la crise post-électorale d’août dernier ? Va-t-il enfin permettre une meilleure oxygénation de la démocratie gabonaise, avec de possibilités d’alternance politique intégrées ?

Ces questions sont d’autant plus sensées qu’elles ramènent au goût du jour les expériences d’autres messes politiques déjà organisées par le pays jusque-là. On peut citer entre autre la conférence nationale de 90, qui a permis le rétablissement du multipartisme supprimé par l’arrivée d’Omar Bongo Ondimba, qui voulait faire du Gabon un seul village réuni au sein du seul parti démocratique gabonais (PDG) comme le creuset de l’unité nationale. Même chose pour les Accords de Paris de 94. Accords négociés sous l’égide de la communauté internationale, entre majorité et opposition au lendemain des contestations post-présidentielles de 1993, année, faut-il le rappeler de la "première élection pluraliste" gabonaise sous l’ère Omar Bongo. C’est également le cas pour les Accords d’Arambo de 2006.

Des messes sans lendemain

Même si tous ces tours de table ont permis la mise en place d’un certain nombre d’ "institutions démocratiques" telles le Conseil national de la communication (CNC), la commission nationale électorale (CNE), qui deviendra plus tard Commission électorale nationale autonome et permanente (CENAP), la Cour constitutionnelle, pour ne citer que celles là, il s’agit pour la plupart d’institutions dont le rôle impartial reste toujours sujet à polémique. Des institutions réputées comme étant des "tours de Pise", c’est-à-dire à la solde du pouvoir politique, qui en nomme l’essentiel des membres souvent vilipendés comme les suppôts du PDG régnant. Pour tout l’ordre de ces grands messes politiques, il s’agit des conférences et autres accords, qui se succédant les uns aux autres, n’ont pas su jusqu’ici mettre le Gabon en orbite à l’instar d’autres nations démocratiques du continent comme le Bénin, le Sénégal, le Ghana, la liste de ces pays qu’on retrouve majoritairement en Afrique de l’Ouest est loin d’être close.

Voilà des exemples douteux, qui viennent susciter d’énormes réserves de la part de ceux qui pensent que ce dialogue qui s’annonce avec fracas, même à l’appel d’un Chef d’Etat au pouvoir, risque lui aussi de connaître le même sort. C’est-à-dire de n’aboutir qu’à de simples résolutions, qui resteront lettre morte dans les tiroirs des oubliettes, ou qui ne s’exécuteront qu’à minima. Ce qui risque encore de nous replonger dans les mêmes crépitements d’armes pour asseoir une démocratie au bout du canon. Et la communauté internationale en aura encore assez pour rire aux éclats d’un Gabon incapable d’organiser une élection juste.


Charles Nestor NKANY

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