Dialogue national : Panacée ou simple accalmie politique ?

mercredi 23 novembre 2016 Politique


Au moment où tous les acteurs ou presque s’accordent sur la nécessité urgente d’un dialogue politique national comme unique voie pour sortir de la crise née de la dernière présidentielle, afin de conjurer définitivement le mauvais sort des violences postélectorales, il se pose la question de la sincérité de ces assises. S’agit-il une fois de plus d’une retrouvaille de plus, l’objectif étant de se partager les postes (ce qui donnerait raison au refus de Jean Ping), ou est-ce au contraire pour s’asseoir et soigner une bonne fois pour toutes, la malédiction électorale du pays ?

Après les violences post-électorales qui ont éprouvé le Gabon à l’issue du scrutin présidentiel chaotique du 27 août dernier, ils sont désormais de plus en plus nombreux à privilégier la voie du dialogue politique national comme unique thérapie pour sortir définitivement le pays de la spirale des élections contestées, à l’œuvre depuis l’avènement du multipartisme en 1990.

L’objectif étant d’adopter, au terme de cette discussion nationale, des résolutions qui soient entérinées par notre constitution et notre code électoral, afin de maximiser les chances d’alternance. Ce qui directement ou indirectement induit une diminution considérable d’élections à haut risque, qui deviennent la préoccupation majeure des citoyens à l’approche de chaque échéance.

Parmi ces réformes constitutionnelles, on parle d’un scrutin à deux tours, de la limitation du nombre de mandats présidentiels, certains parlent même de la réduction de sa durée (de 7 à 5 ans renouvelables une fois), d’un nouveau redécoupage administratif au prorata du poids démographique de chaque province, chaque département ou chaque canton, le perfectionnement du système biométrique, etc… Ce qui permettra de minimiser le phénomène de transhumance électorale, (transfert massif et monnayé d’électeurs vers d’autres contrées) ; etc ...Bref, la liste des réformes est longue. Voilà le menu qui devrait constituer le format du dialogue.

Mais le pouvoir est-il réellement prêt à y consentir ?

Si l’opposition, du moins celle qui a répondu favorablement à l’appel au dialogue d’Ali Bongo Ondimba, si même au sein de la mouvance présidentielle certaines voix se prononcent en faveur d’un dialogue politique national « sans tabous », comme celle du Secrétaire général de la majorité présidentielle, Guy Christian Mavioga, qui appelle à dialoguer avec les vrais opposants et non avec les « Monsieurs 0% », il reste que certains sont encore dubitatifs quant aux chances d’aboutissement de ce dialogue. Car pour eux, le dialogue national version Ali Bongo n’est rien d’autre qu’une simple manoeuvre du Président de la République, qui cherche à calmer les ardeurs contestataires des partisans de Jean Ping, qui eux, envisagent de perturber la Coupe d’Afrique des Nations 2017.

Puisque pour le camp Jean Ping, qui rejette toute idée de dialogue avec son rival, Ali Bongo qui s’est toujours refusé au dialogue et qui vient d’opérer un coup de force électoral ne peut pas, de manière subite appeler au dialogue pour régler définitivement la question du contentieux électoral dans notre pays. "C’est un piège" disent-ils. Et il ne faut pas attendre d’Ali Bongo, qu’il adopte des réformes qui le contraignent à quitter lui-même le pouvoir si tôt.

Des réserves fondées ou non, toujours est-il que les expériences du passé nous enseignent mieux. Parce que si la conférence nationale de 90 a débouché sur la restauration du multipartisme, si les Accords d’Arambo en 2006 ont abouti à la mise en place d’un fichier électoral biométrique, ces réformes n’ont jamais réellement influencé de manière positive la tenue d’élections politiques dans notre pays. Voilà pourquoi il serait mieux de placer ces assises sous l’égide de la communauté internationale, avec un comité de suivi pour veiller au respect strict des résolutions qui y seront approuvées. C’est l’unique moyen pour veiller à ce que cet énième dialogue ne soit pas que de la simple récréation comme tous les autres qui l’ont précédé.


Charles Nestor NKANY

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