Dialogue national : Autopsie de la grand’messe à venir !

lundi 20 mars 2017 Politique


Les langues ne cessent de se délier au fur et à mesure que l’on approche du dialogue national convoqué le 28 de ce mois à Libreville par le distingué camarade président du parti démocratique gabonais, Ali Bongo Ondimba, pour, affirme-t-on dans les rangs de la majorité, tenter de trouver une issue heureuse à la crise qui secoue durement le Gabon et le menace de vivre des moments particulièrement douloureux. D’aucuns parmi les Gabonais vont même jusqu’à avancer qu’ils savent déjà de quoi il s’agira, car en dehors d’évoquer la question, oh combien sensible, de la refonte des institutions, les participants devraient purement et simplement, conformément à leurs vieilles amours, assister à un partage du gâteau manifeste dans la répartition des postes au sommet de l’Etat. D’où leur question de savoir en quoi ce dialogue peut-il intéresser l’ensemble des Gabonais ?

Si dialoguer, c’est avoir d’abord en tête son positionnement futur sur l’échiquier politique avant que d’ensuite poser le problème de l’équilibre socio-économico-politique presque rompu aujourd’hui, alors cela ne revêt plus tant sur la forme que dans le fond l’esprit de dialogue tel que perçu ci et là. Et c’est donner du grain à moudre aux critiques qui n’y voient qu’un « bal des vampires » selon les termes avancés par de nombreux détracteurs du dialogue initié par le parti démocratique gabonais.

Il y a déjà que le principal couac est l’absence de l’opposition sociologique incarnée par le camp de Jean Ping et tous ses alliés, alors qu’il était, selon la communauté internationale, de bon aloi que le pouvoir invite et fasse tout pour obtenir son ok, l’adversaire le plus redoutable du moment, celui là même qui devrait donner au dialogue un cachet national et constructif. Or, visiblement, ce sont comme l’affirme Guy-Christian Mavioga, porte-parole de la majorité, les O% qui se retrouvent autour des Pédégistes pour entériner, selon des allégations persistantes, certaines décisions dont celle consistant à confier des responsabilités à certains ténors de l’opposition d’hier qui ont basculé au gré des intérêts dans le camp présidentiel, le temps de se refaire une santé économique et se remettre en scelle.

Si une bonne frange de la population semble ne pas accorder grand intérêt à cette messe, c’est bien parce qu’elle considère que ses problèmes quotidiens ne trouveront pas solution à l’issue de ce déballage de plus, citant en exemple la Conférence nationale, les Accords de Paris et d’Arambo qui ont fait l’effet de la montagne qui accouche d’une souris. Sauf pour ceux à qui cela a profité, à l’instar de certaines grandes figures de l’opposition de l’époque. « Si cela leur dit de sauver l’école de nos enfants, de nous garantir de meilleurs soins de santé, de nous offrir des routes beaucoup plus praticables sur toute l’étendue du territoire national, de songer à nous redonner un peu de dignité en nous facilitant l’accès au logement décent et à l’emploi, alors nous serons amenés à croire que ce dialogue se fait pour nous, même s’il se fait sans nous » disent de façon récurrente tous ceux pour qui des doutes planent sur le caractère exécutoire des mesures qui seront prises lors du dialogue à venir.

La crainte d’un monologue !

Beaucoup parmi les Gabonais qui rejoignent à quelque chose près la vision de la communauté internationale et qui s’appuient sur le fait que pour dialoguer, il faut être à deux et nécessairement avoir des points de vue contradictoires, voire complémentaires, s’étonnent, malgré toutes les promesses faites par les organisateurs, que ces échanges puissent être l’occasion pour les participants de mettre le doigt sur la plaie, sur le mal qui mine la société gabonaise aujourd’hui, mal qui ne découle pas toujours que de la mévente du pétrole, mais puise également ses racines dans la mauvaise gouvernance. Sinon, comment expliquer la radicalisation du pouvoir vis-à-vis des agents de l’Etat indélicats au nombre desquels d’anciens compagnons du chef de l’Etat ?

Etre présent et participer au dialogue national du 28 mars prochain, c’est bien, mais insister sur le fait que l’ordre du jour doit porter sur des questions jugées essentielles et donc vitales, sur des sujets susceptibles de conduire à la sortie de crise, la crise qui s’étend jusqu’à la rupture de confiance déclinée par une bonne frange de la population envers les dirigeants, serait mieux. Il serait donc illusoire de penser qu’en ne passant le temps qu’à acquiescer, l’on rendrait service aux organisateurs qui ont certes une feuille de route, mais ne doivent pas se départir de l’idée selon laquelle ils seront jugés aux conclusions des travaux.

Si tous ceux qui participent au dialogue donnent leur caution aux décisions arrêtées à l’avance sans concertation parfois, en quoi cette grand’ messe serait- elle légitime aux yeux d’un peuple qui, au bénéfice du doute, attend beaucoup de celle-ci ? Aujourd’hui plus qu’hier certainement, il y a urgence de recueillir les doléances des populations, mais aussi des leaders d’opinion, avant que de s’installer dans des certitudes erronées du fait qu’elles n’aient pas été la résultante d’une confrontation d’idées sur des questions de portée nationale et vitales.

Bien au-delà, il faut s’assurer que tous les leviers sont prêts pour l’exécution dans des délais raisonnables de toutes les recommandations du conclave. C’est pourquoi, des doutes sont émis sur l’issue du prochain rendez-vous qui semble faire trop de place à des personnalités qui ont par le passé déjà brillé par leur esprit égoïste et rancunier. Des personnalités dont on peut à l’avance s’imaginer quel sera le discours lors de ces assises pourtant convoquées, si l’on tient à être raisonnable jusqu’au bout, pour tenter de sortir le pays de la crise multisectorielle qui le secoue depuis même avant l’organisation de la présidentielle du 27 août 2016.


Dounguenzolou

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