Destitution prônée par l’Union sacrée : putsch constitutionnel ou chantage politique ?

mercredi 1er juin 2016 Politique


Elle l’a crié et ne cesse de le rabâcher à qui veut l’entendre, et ce, à chaque sortie politique. L’Union sacrée pour la patrie (USP) ne cache plus son intention de destituer Ali Bongo Ondimba, le candidat du PDG à la présidentielle à venir. Laquelle destitution constitue un préalable à toute participation de leur mouvement politique à l’élection. Mais si l’idée semble légitime pour tous ces vieux briscards de la politique gabonaise, qui refusent tout affrontement par les urnes, elle échappe difficilement à la logique d’un coup d’Etat politique, selon l’avis exprimé par les partisans de la majorité.

Un coup d’Etat politique ! C’est l’avis exprimé de plus en plus par les partisans de la galaxie présidentielle, qui voient dans le projet : Destitution-Transition-Election(DTE), développé d’abord par l’Union nationale (UN) version Myboto, puis par l’Union sacrée pour la patrie (USP). Et pour cause, la constitution gabonaise prévoit en son article 11 que « l’élection du Président de la République a lieu un mois au moins et deux mois au plus, avant l’expiration du mandat du Président en exercice ». Pas besoin d’être juriste pour comprendre que l’élection du Président de la République doit être organisée un ou deux mois avant la fin du mandat, entre le mois d’août et de septembre de l’année en cours. Et cela, avant le 16 octobre 2016, date de l’expiration du mandat d’Ali Bongo Ondimba.

Dans la même logique, la mère des lois ne prévoit aucunement le retardement du scrutin en cas de destitution. Or, en choisissant de destituer premièrement Ali Bongo Ondimba, puis en mettant par la suite en place un comité transitoire, avec pour mission d’organiser l’élection présidentielle, les responsables de l’USP expriment nettement leur volonté de mettre entre parenthèses le fonctionnement des institutions. Cela s’appelle, disons-le clairement, un coup d’Etat, quoique les auteurs ne soient pas forcément des hommes en armes. Un coup d’Etat politique, même si jusqu’ici personne n’a eu le courage de lâcher le mot. Un coup d’Etat traduisant en même temps les ambigüités du conglomérat politique.

L’Union Nationale et ses contradictions

S’il y a un enseignement qu’on aura reçu pour cette bataille présidentielle, c’est bien évidemment les contradictions et les ambigüités de certains opposants en cette période de précampagne. Contradictions essentiellement développées par l’Union nationale, tendance Myboto, un des partis constitutifs de l’USP. Alors que Casimir Oye Mba et Mike Jocktane se disent solidaires du boycott exprimé par le directoire de l’UN, on peut en même temps s’étonner de les entendre se réclamer êtres candidats aux primaires de leur parti.

Comment peut-on à la fois militer pour le boycott d’une élection et en même temps se déclarer candidat au même scrutin ? En réalité, l’Union nationale et l’Union sacrée pour la patrie semblent être prise de court par le temps. Car à deux mois seulement du scrutin présidentiel, même si le congrès de dimanche devrait déboucher sur la présentation d’un candidat, il sera très difficile pour celui-ci de rattraper toute l’avance prise par les autres candidats déjà en précampagne depuis un petit moment.

Pour avoir perdu trop de temps avec la fameuse DTE, au point qu’elle est devenue un projet de société, l’Union nationale ou l’Union sacrée réalise aujourd’hui le retard criard qu’elle devra rattraper. Et cela, à deux mois seulement de la tenue du scrutin. Mais le retard, selon toute vraisemblance n’est pas le seul problème du parti des Myboto.

Car en plus de cet écueil, il y a que le parti devra trouver, dans l’immédiat, un candidat voire une figure emblématique capable de drainer les foules et intentions de vote. Ce qui semble impossible, au regard des candidatures en lice pour la primaire de cette formation. Qu’il s’agisse de Casimir Oye Mba, contre qui de nombreux compatriotes gardent encore une dent pour son revirement tardif en 2009, ou de Mike Jocktane, aucun des deux hommes ne semble en mesure de relever un tel défi. Il ne reste donc à l’UN et sa grande sœur l’USP, que la seule voie du chantage désespéré : Destitution-Transition-Election.


Charles Nestor NKANY

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