Dérive autoritaire : Le flicage des journalistes est en marche !

samedi 12 décembre 2015 Société & environnement


La presse indépendante est en danger ! Elle exprime sans doute son dernier soupir avant de rendre l’âme car tout est en train de se mettre en place pour organiser sa décapitation imminente.

Les signes avant-coureurs nous en disent long sur l’avenir sombre de la presse indépendante au Gabon. Les éditeurs de presse, sur ordre du ministre de la Communication , Alain-Claude Billie By Nzé qui veut absolument imprimer sa marque dans un secteur gagné, à ses yeux, par un trop plein de liberté et dont le contrôle lui échappe, sont sommés de déposer au Conseil National de la Communication (CNC) les patronymes et noms d’emprunt de journalistes qui collaborent dans les différents titres.

Chaque journaliste, selon l’avis décrété par le patron de la Communication, a droit à un seul nom d’emprunt qui doit être connu des services de l’institution en charge de réguler le secteur des médias. Faut-il rappeler que la signature par des noms de plume est une vielle tradition connue du monde de l’édition ? Ce n’est donc pas une particularité typiquement gabonaise pour que notre ministre trouve matière à redire.

Par mesure de commodité, par confort personnel, on peut être amené à signer un article de presse par un nom de plume. Non pas comme seraient amenés à penser certains qui y voient une approche irresponsable sur laquelle surfent certains confrères mal intentionnés qui refusent d’assumer leurs écrits et sont donc portés à se livrer à des actes délictueux. Le nom de plume ne garantit pas le total anonymat à l’auteur des écrits puisque lorsque l’article est attaqué en justice, il est tenu de se présenter physiquement à la barre accompagné de son directeur de publication cité comme complice et avec lequel il partage la charge pénale.

 On est parfois tenté de s’abriter derrière un pseudonyme par peur d’un casus belli, les journalistes étant souvent traqués pour peu qu’un article dérange. Les agressions dans les salles de rédaction sont pourtant légion. Il est souvent arrivé qu’un confrère recherché par un individu cité dans un article surgisse, furax, dans la salle de rédaction pour rechercher l’auteur du papier mis en cause afin de lui régler des comptes. L’absence de domiciliation condamnant des titres à mener une existence itinérante, d’un lieu à un autre, s’explique en partie ainsi.

La mesure visant à démasquer des collaborateurs qui signent par des noms d’emprunt vise le flicage des confrères est-on tenté d’en conclure. Sinon dans quel intérêt cette mesure qui n’ajoute pourtant rien au sérieux attendu des journalistes a-t-elle été prise si ce n’est pour exposer le journaliste, le fragiliser davantage et émousser ainsi sa plume ? 

 Désormais il suffira qu’un individu non content d’un papier de presse se pointe au CNC pour identifier l’auteur d’un article et lui filer ensuite au coin de la rue, dans un angle mort, une ratonnade exemplaire. A ce qu’il semble, notre ministre qui connait pourtant bien la réalité des médias pour y avoir exercé, aurait-il oublié qu’au Gabon comme dans plusieurs pays, le journaliste est en danger permanent du fait de ses écrits ? Nous vivons dans des quartiers non sécurisés, avoir la peau d’un confrère, le débusquer où qu’il se cache n’est pas chose difficile.

Est-il abusif de penser que le nouveau ministre de la Communication serait ce sniper dont la mission principale serait de liquider la presse indépendante sinon la policer afin qu’elle rentre pieds et mains liés dans les rangs du politiquement correct et de la pensée unique. Et c’est tant pis pour notre jeune démocratie dont elle est pourtant l’aiguillon !


Ernesto Tchombal

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