Démocratie gabonaise : Entre paradoxe et malaise…

mardi 3 octobre 2017 Politique


Elections entachées de soupçons de fraude, violences postélectorales chroniques, institutions politiques et juridiques contestées, etc. L’expression de la démocratie au Gabon est loin d’être sortie des sentiers battus dans un pays qui rassemble toutes les caractéristiques de la démocratie, mais qui, dans les faits semble loin des pays démocratiques accomplis comme le sont certains autres Etats africains.

La démocratie au Gabon est encore à un « état embryonnaire ». C’est en ces termes que s’est exprimé Bruno Mve Ebang, Maître assistant en science politique à l’université Omar Bongo, face à une journaliste qui lui demandait comment situait-il le Gabon par rapport à la démocratie africaine. Suite à une autre question de la journaliste, qui lui faisait remarquer que le pays a adopté, depuis 1990, un régime politique fondé sur le multipartisme, l’universitaire répond que le multipartisme n’est pas de facto la preuve d’une démocratie fonctionnelle. Et que ce multipartisme, même avec une soixantaine d’appareils politiques, peut bien être une façade masquant une réalité politique déplorable.

Bruno Mve Ebang conclu son entretien avec la journaliste par une note d’un optimisme ironique : « le Gabon est encore en train de construire sa démocratie ». L’argumentaire du politologue, même s’il pourrait être interprété par les partisans de la majorité comme celui d’un opposant, ce qui est souvent le cas dans notre pays, en dit long sur le malaise ambiant dont souffre la démocratie gabonaise depuis le retour du multipartisme en 1990. D’élections en élections, l’annonce des résultats est toujours suivie de violences tragiques, des destructions de biens publics et privés, pire morts d’Hommes. En effet, si ailleurs, les élections politiques (présidentielles surtout) sont le moyen pour les peuples de s’autodéterminer en choisissant librement leurs dirigeants, au Gabon, l’élection du Président de la République devient un événement douloureux à vivre du fait de son corolaire tragique pour les populations.

Même si les tenants du pouvoir brandissent souvent l’éventail d’une jeune démocratie qui fait son petit chemin, une fuite en avant pour justifier le retard pris en la matière par rapport certains pays comme le Bénin, qui a connu, lui aussi La conférence nationale en 90, la démocratie au Gabon reste encore tributaire d’un certain nombre des pesanteurs. Pesanteurs qui ne sont pas le seul fait de ceux qui détiennent le pouvoir, loin s’en faut, mais de la classe politique dans son ensemble. Puisque les ténors de l’opposition qui contestent aujourd’hui le blocus antidémocratique imposé par le système Bongo, sont les mêmes qui, hier ont voté de textes qui sont la conséquence même de ce verrouillage politique. Et le pays, bien que disposant d’une pléiade des institutions politiques et juridiques n’est toujours pas parvenu, 27 après, d’asseoir une démocratique véritable. C’est le paradoxe d’une démocratie en apparence, mais une « démocrature », (Ndlr : néologisme dans le jargon politique définissant un mélange de démocratie et dictature), dans les faits.


Charles Nestor NKANY

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