Déguerpissement des commerçants : Et ces petits arrangements de 50 000 FCFA

mercredi 29 mai 2019 Société & environnement


Entamée de nouveau il y a quelques temps par le nouveau maire de la commune de Libreville, Léandre Zué, l’opération "Libérez les trottoirs" est entrée, depuis la semaine dernière, dans sa phase de brutalité inouïe, notamment avec le déguerpissement sans ménagement des commerçants vendant en bordure de route. Surtout ceux qui n’ont pas 50.000 FCFA à payer sur le champ pour échapper à la furie de Monsieur le maire et son équipe incontrôlable, qui ont tout ravagé sur leur passage.

Des étals cassés et renversés, des marchandises saisies et brûlées, des commerçants, mains sur la tête, pleurant impuissants toutes leurs pertes, leur seule source de revenus dans un pays où le chômage fait rage…signe de la brutalité sans commune mesure qui accompagne l’opération "Libérez les trottoirs", entreprise par Léandre Zué. Une opération pourtant salutaire parce qu’elle devrait permettre la fluidité de la circulation sur les trottoirs, ou du moins ce qui s’apparente aux trottoirs sur certaines voies, mais quelque peu ternie par le mode d’action aujourd’hui.

Surtout au regard de la théâtralisation brutale qui l’accompagne, puisque que ce soit aux échangeurs des quartiers Charbonnages, Awendje et un peu partout, le scénario est le même. Un maire débarquant la nuit avec ses éléments, brutalisant les commerçants et saisissant leurs marchandises qu’ils aspergent d’essence avant d’y mettre le feu, sans état d’âme. Le tout sous les projecteurs des cameras triées sur le volet pour montrer ce déchainement d’un zèle jugé trop excessif. Et cela malgré les supplications des pauvres femmes en pleurs. Dans cette furie incontrôlable, ne sont épargnés que ceux qui paient séance tenante, une somme de 50.000 FCFA.

Au journal du petit matin de mardi 29 mai sur Radio Gabon, les femmes commerçantes qui ne décolèrent pas contre cette brutalité, témoignent qu’en plus des 50.000 qu’il faut payer pour échapper à la colère noire de l’édile de Libreville, renversant et brutalisant tout sur son passage, la mairie prélève chaque jour des taxes au titre d’achat des timbres sur leurs marchandises.
On comprend alors que si le commerce s’est autant développé aux abords des routes, il l’a été avec la caution de la marie qui prélève des taxes sur une activité jugée par elle-même anarchique. Toute chose qui pourrait expliquer l’entêtement des commerçants, qui, à peine chassés, reviennent le lendemain parce que ne trouvant là que leur seule source de revenus pour faire face aux responsabilités familiales, avec l’idée que leurs taxes payées quotidiennement ne peuvent pas l’être en vain. A beau chasser le naturel, il revient au galop, dit l’adage.

Il y a manifestement une fuite en avant de la part de la mairie, qui, faute d’avoir construit des marchés appropriés comme le lui réclament les commerçantes sans cesse déguerpies, préfère la charrue avant les bœufs en prônant un déguerpissement à tout prix, faisant même fi des réalités familiales de ces pauvres mères au marché et qui ne nourrissent leurs familles que par leur activité. Comme si ce dégagement des trottoirs était subitement devenu le seul travail d’une mairie qui tente de se distinguer désormais par la mise en scène d’un travail pas du tout bien fait.


Leno KOLEBA

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