Déclaration de politique générale : Culture, une omission inexplicable ?

vendredi 1er mars 2019 Culture & people


L’absence des orientations dédiées au développement du pôle culture au Gabon dans la déclaration de politique générale prononcée par le premier ministre, Julien Nkoghe Békalé devant les députés il y a quelques jours, fait débat au sein de la corporation. Remontés par cette omission, des professionnels de ce secteur s’interrogent sur la place que l’Autorité publique accorde à cette composante essentielle de l’économie gabonaise. Analyse.

La culture est le socle de toute société. Pour se développer, de nombreuses nations à travers la planète ont basé leur essor sur cette composante essentielle. Le cas du Japon ou de la Chine, classés dans le top 5 des puissances économiques mondiales, est éminemment illustratif de l’empreinte de la culture dans le développement économique et social d’un pays. Bien que très développés, ces pays ne cessent d’accorder une place de choix à la culture. A travers le monde et au fil du temps, d’autres pays ont fait l’expérience de cette empreinte en fondant leuressor parallèlement à celui de la culture. Bien que certains pays du continent africain accusent un retard en termes de développement de leur industrie culturelle à cause du manque de moyens, il n’en demeure pas moins que la question a souvent été marginalisée par les dirigeants du continent qui manquent de vision cohérente à même d’insuffler une dynamique de changement.

Le Gabon qui ne fait pas exception dans ce sens, figure parmi les pays dotés d’un secteur de la culture sous-développé malgré l’éclosion des talents au fil des années. Cette tendance à l’échec est loin d’être inversée puisque, de manière volontaire, les autorités du pays se sont résolues à retarder la transformation économique de ce secteur. Après ses prédécesseurs, le nouveau Premier ministre, Julien Nkoghe Bekalé vient de confirmer le peu d’importance que le gouvernement de la République accorde à l’essor de la culture. Dans sa déclaration de politique générale prononcée il y a quelques jours à l’Assemblée nationale, l’absence criante d’orientations de développement dédiées à la culture montre le peu d’intérêt du gouvernement en direction de la culture quand bien même, cette composante se présente aussi, comme une « préoccupation légitime » fréquemment exprimée par de nombreux gabonais.

Cette carence n’est malheureusement pas nouvelle puisque les différents projets de loi de finance qui ont souvent été votés dans le pays n’ont quasiment jamais permis de mobiliser des fonds pour la culture. Il en est de même pour les députés qui ont siégé à l’Assemblée nationale et dont le rôle n’a pas vraiment servi la cause de la culture. Ces omissions issues de l’autorité expliquent dans une moindre mesure, le peu d’intérêt que les gabonais accordent à la culture et le retard accumulé par le secteur. Comment comprendre un tel désintérêt quand on sait que ce domaine est vital pour un pays qui souhaite à moyen et long terme se développer ? Si on peut coupler les réticences des dirigeants gabonais à financer ce pôle, à une minimisation du retour sur investissement, de nombreux modèles économiques en Afrique, notamment le Nigéria ou encore le Mali, montrent qu’on n’est jamais perdant lorsqu’on injecte de l’argent pour le développement de l’industrie culturelle. En 2008, selon une étude européenne mise en évidence par l’économiste et sociologue camerounais, Martial Ze Belinga, la contribution du secteur malienne de la culture à l’économie représentait 2,8% du PIB et 5,8% d’emplois. L’économiste va plus loin en montrant que les pays africains peuvent tirer profit de ce secteur mais « faute d’un marché organisé et d’un intérêt politique fort, ce potentiel reste largement sous-exploité ».

Il apparaît donc que la culture est une composante sectorielle de l’économie qui englobe les arts, spectacles, la mode, la musique et l’audiovisuel. Autant d’activité qui se heurtent au Gabon, à la question de leur devenir et de celle de leurs pratiquants malgré le potentiel existant. Pour garantir un avenir à ce secteur, les autorités publiques doivent prendre en compte dans leur planification, le développement de ce secteur. En effet, la raréfaction des ressources financières dont souffre actuellement le Gabon apparait par ailleurs, comme un excellent mobile pour déployer les potentialités du secteur culturel. Surtout que le Président de la République, Ali Bongo Ondimba a souvent reconnu que « le développement du potentiel humain » peut aussi passer par cette composante.


Michaël Moukouangui Moukala

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