Débat sur l’incapacité d’ABO : La diplomatie en guise de réponse

jeudi 6 juin 2019 Politique


Reclus au palais depuis son retour de convalescence en mars dernier, suite à son accident vasculaire cérébral l’année dernière, le Président de la République, pour toute réponse à l’opposition qui exige de lui une preuve convaincante de sa capacité à diriger encore valablement le pays, a choisi le ballet diplomatique. Puisque depuis mai dernier, au total quatre Chefs d’Etat se sont déjà rendus à son chevet au palais du bord de mer, le dernier en date étant le Tchadien Idriss Déby Itno, qui a foulé le sol gabonais hier mercredi 5 juin.

La voie tracée jusque-là par les dirigeants exclusivement de l’Afrique de l’Ouest, notamment avec l’arrivée à Libreville des Togolais, Faure Gnassingbé Eyadema, Ivoirien, Alassane Dramane Ouattara et Sénégalais, Macky Sall, s’est élargie ce mercredi avec l’arrivée d’un président de l’Afrique centrale, le Tchadien, Idriss Deby. Il aura été le premier Chef d’Etat de la sous-région à visiter son homologue, Ali Bongo Ondimba, depuis la survenue de son AVC en octobre dernier en Arabie Saoudite. Au-delà des ménagements et autres précautions diplomatiques qui couvrent cette visite, l’histoire retiendra que ses homologues de l’UEMOA auront été plus sensibles à son état de santé que ses voisins de la CEMAC ou de la CEEAC.

Mais en dépit de cette gêne sourde, l’arrivée de Deby qui s’ajoute à celle des trois Chefs d’Etat de l’Afrique de l’Ouest a un symbole fort, celui du réconfort du numéro un gabonais, alors qu’il est épié, scruté au détail près par l’opposition, et même une large partie de la population, remettant ainsi en cause, ses aptitudes physiques et intellectuelles à diriger encore le pays, après un si violent AVC qui a même laissé ses marques encore très visibles. Surtout que l’homme, depuis son retour de Rabat au Maroc, il y a un peu plus de deux mois n’a jamais dit un mot, alors que le pays à la remorque des bailleurs des fonds internationaux, connaît des tensions sociales
multisectorielles importantes.

Et ce réconfort, bien que tardif des homologues est tellement attendu au palais du bord de mer que même à la terminologie diplomatique consacrée, visite de courtoisie, on a préféré visite d’amitié et de travail. L’objectif est donc de montrer à ceux qui doutent encore des capacités du capitaine qu’il tient bel et bien la barque en tant que seul maître à bord.

Visite de courtoisie ou de travail ?

Pourtant, les rares images et les comptes rendus diffusés à la télé pour toutes ces "visites de travail", ne montrent l’hôte et ses visiteurs que dans de brefs entretiens focalisés essentiellement sur les questions de heure qui se posent au continent et les relations du Gabon avec les pays concernés. Jamais un mot du président, qui évite désormais soigneusement toute conférence de presse conjointe avec ses invités devant les journalistes. Seuls les visiteurs sont appelés à faire, au terme de quelques minutes d’échanges avec leur hôte, une déclaration rassurante sur l’état d’un « président en pleine forme ». Mais pour l’opposition, toujours ferment attachée à la vacance du pouvoir, tout ce balais diplomatique avec ces précautions langagières n’est en réalité qu’une façon de gagner du temps.

C’est ce qu’a réaffirmé d’ailleurs sur RFI, Marc Ona Essangui du groupe des 10 qui continue toujours d’exiger une expertise médicale, afin de déterminer si oui ou non le Chef de l’Etat gabonais est encore capable de diriger le pays. Décidément, tous les moyens essayés jusque-là pour faire taire le débat relatif aux capacités du président n’ont pas suffi à convaincre ceux qui en doutent encore. Et le miracle manifestement ne viendra pas du ballet diplomatique des Chefs d’ Etat au chevet d’un homologue qui peine à rassurer.


Leno KOLEBA

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