Croissance, côté cour, côté jardin !

mardi 10 novembre 2015 Speciales


Depuis plusieurs années maintenant, le discours des financiers concernant l’Afrique est presque le même partout, le continent serait en train de vivre une période « exceptionnelle » par endroit, une période de croissance, qui, au contraire de celle que traversent les Etats de l’Hémisphère nord, devrait être porteuse d’embellie, y compris pour les populations, puisqu’à quoi sert le développement quand le peuple n’en est pas bénéficiaire ?

Partout sur le continent africain, l’on se livre aujourd’hui plus que jamais à une course effrénée vers la croissance à deux chiffres qui symbolise, selon les organismes de notation, le niveau de développement appréciable atteint par l’économie d’un pays. Mais, presque partout, ce en dépit du discours sans cesse tenu par les dirigeants, l’on a du mal à identifier les pôles vitaux bénéficiaires de cette plus- value.

Les hommes qui peuplent un pays ne sont toujours pas logés à la bonne enseigne malgré ce tapage, ce qui explique d’ailleurs les trop nombreuses insatisfactions enregistrées ci et là et le recours incessant à la rue comme moyen d’expression le plus usité. Le malaise est presque partout perceptible, contrastant avec les indicateurs qui font gagner des cases à un Etat, le plaçant à un palier ou des paliers plus hauts.

Le fait d’oublier les populations dans le processus de développement ou de ne privilégier qu’une infime partie d’habitants au détriment de la majorité, suscite une envie de partir, de s’exiler économiquement surtout lorsque l’on ne voit pas clairement se dessiner son avenir après ses études par exemple pour ceux qui sont encore sur les bancs de l’école, le drame étant que les partants peuvent choisir comme plusieurs de leurs aînés avant eux la voie de l’aventure.

Aller vendre son ou ses talents à l’extérieur, tel peut être le vœu de bien de jeunes africains formés chez eux ou ailleurs que chez eux surtout si leur profil intéresse les pays qui les sollicitent, occidentaux de préférence parce que c’est avec ceux- ci qu’ils ont une accroche séculaire du fait non seulement de la colonisation, mais aussi des habitudes vitales.

C’est du pain béni pour les pays qui ont compris la place centrale de l’homme dans la société et qui le range là où il se doit, créant les conditions idoines à son épanouissement et un environnement propice à son éclosion, d’où le phénomène du « brain drain » consistant en l’importation de cerveaux pour faire fonctionner leur machine économique.

Cela va se solder pour l’Afrique par une perte qualitative de sa main- d’œuvre et un besoin de plus en plus accru d’agents formés provenant de l’extérieur parmi lesquels ses propres fils ayant pris une nationalité étrangère. C’est un retour annoncé vers les années des indépendances. Et nous nous retrouverons dans ce que le sociologue iranien Narachi avait qualifié de migrations des compétences.

Ces quelques lignes méritent d’être lues avec l’attention qu’elles imposent puisqu’elles évoquent la question de l’avenir du continent face à la mondialisation et nous amènent à nous poser celle de savoir que serons-nous lorsque plongés dans un processus de développement sans retour, nous manquerions de bras et de cerveaux pour effectuer les travaux dont on a besoin pour faire face avec brio aux autres économies du monde ?

Se pose de facto le problème de l’équité qui devrait conduire chacun à mériter selon son grade et par-dessus tout à se présenter dans son pays comme un consommateur. Autre sujet en relation avec ce dernier, celui concernant la fameuse adéquation formation- emploi qui fait que chacun trouve son compte dans la société qui s’est organisée à recevoir tous ses fils dans les disciplines qui leur sont propres.

A quoi sert- il de proclamer la croissance à des gens qui n’y voient que le mot lui- même sans trop savoir qu’est-ce qu’il en est de leur équilibre ? La croissance doit profiter à tous ou si l’on veut, pour être un peu modeste, au plus grand nombre, si l’on désire atteindre le niveau de développement que nous caressons et nos richesses, seules, ne pourront pas nous faire accéder à « l’Emergence » si la donnée humaine n’est pas prise en compte avec le sérieux qu’elle mérite.


JGN

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