Crise postélectorale : Quand les médias publics s’interdisent le débat…

mardi 4 juillet 2017 Politique


Absence totale de confrontation argumentative des opinions, couverture de plus en plus décriée des activités des tendances politiques en cours dans le pays, la litanie des griefs faits aux médias de service public n’est pas exhaustive, et il serait laborieux de la réciter intégralement ici. Le constat est si amer que les journalistes gabonais, du moins ceux officiant au sein desdits médias sont désormais accusés de complicité active avec le pouvoir, après avoir renoncé à leur devoir de hussards de la démocratie au profit des médias étrangers.

Plus qu’une question de souveraineté, c’est une humiliation, une insulte grave pour le journalisme gabonais et principalement celui des médias d’Etat. L’organisation des débats politiques au Gabon par les médias étrangers, alors que le pays traverse une crise post-présidentielle qui s’enlise d’épisode en épisode n’a rien d’honorable, surtout que l’Etat dispose désormais d’un panel de trois télévisions du groupe Gabon Télévision et une radio nationale, radio Gabon. Pour s’être complait dans l’inaction, la complicité et la torpeur professionnelle communément partagées, les médias locaux ont ouvert une voie assez large pour leurs confrères de l’étranger comme radio France internationale (rfi), TV5 Monde, France 24, etc...
Lesquels assument, au grand désarroi des leurs confrères gabonais, l’obligation professionnelle du métier de journaliste, celle d’arbitres et promoteurs de la démocratie.

Et l’organisation, le week-end écoulé par Alain Foka de Rfi, d’un débat entre d’un côté, le Porte-parole de Jean Ping, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, et de l’autre, le Premier ministre, Emmanuel Issoze-Ngodet, et le Président de Démocratie Nouvelle, René Ndemezo’o Obiang, en leurs qualités de co-présidents au dialogue d’Angondjé, en dit long sur la démission collective des journalistes des médias publics locaux quant au débat politique dans notre pays. Situation absolument paradoxale pour nos dirigeants, qui se plaignent après de la déformation ou de la manipulation des citoyens par ces mêmes médias internationaux, alors qu’ils sont eux-mêmes les premiers à s’y résoudre.

L’exemple de ce paradoxe notoire est à situer dans le déroulement de la dernière campagne présidentielle. Campagne présidentielle au cours de laquelle on a assisté à un phénomène ahurissant, le défilé des candidats aussi bien de la majorité que de l’opposition, disons les plus fortunés vers Paris pour aller répondre aux attaques de leurs adversaires sur les antennes soit de France 24, soit de TV5 Monde ou de Rfi. Toute chose qui devrait remettre en cause la crédibilité, mais aussi l’utilité même de ces médias d’Etat que l’on inaugure, les uns après les autres à grands coups de publicités et qualifiées de révolutionnaires désormais du traitement professionnel de l’information au Gabon. Mais qui, en réalité, ne servent qu’à meubler un décor médiatique de plus en en plus inaudible auprès de bon nombre de populations, qui préfèrent s’abreuver à loisir des programmes des chaînes étrangères, le dépit faisant loi.

Bref, ce ne serait pas faire insulte au pays en faisant le constat malheureusement que toutes les chaînes du groupe Gabon Télévision ou presque sont encore très loin de l’idéal journalistique, celui de favoriser l’expression courante et équitable de toutes les opinions politiques et syndicales, pour ne citer que celles-là.

L’absence de débat publique sur les médias d’Etat ne fait qu’étouffer davantage les haines, les ressentiments des uns envers les autres. Ce qui pourrait expliquer en partie la culture de la rumeur et le déferlement de violences sur les réseaux sociaux qui semblent aujourd’hui constituer une alternative au silence quelque peu complice des médias publics. La situation est tellement pernicieuse qu’il faudrait y remédier au plus vite, car il y va de la stabilité du pays.


Charles Nestor NKANY

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