Concours d’entrée aux grandes écoles : Entre corruption et favoritisme !

vendredi 3 mars 2017 Société & environnement


Ecole nationale d’administration (ENA), école de préparation aux carrières administratives (EPCA), école de douanes, école nationale des eaux et forêts (ENEF). Voilà des écoles dont le concours d’entrée se déroule très souvent de façon incognito et fait réfléchir par deux fois de nombreux jeunes gabonais avant de s’y aventurer. Et pour cause le nombre de places et les critères d’admission, souvent tributaires des parrainages familiaux et amicaux, achèvent désormais de convaincre les postulants de l’opacité pesante qui entoure l’organisation desdits examens.

Des concours pas comme les autres, ceux des écoles susmentionnées semblent confirmer l’idée largement répandue selon laquelle, il ne suffit plus de passer un concours pour espérer être admis dans une école. Il faut, en plus de cette condition, disposer d’un parent ou d’une connaissance dans la structure, capable d’y inscrire l’impétrant. Les "longs bras", c’est comme ça qu’on les appelle selon une expression locale usitée. Ou à défaut des "long bras", il faut disposer de moyens financiers conséquents, suffisamment gros pour corrompre un membre influent de l’institution concernée, afin d’y être inscrit sur la liste des "admis", eux aussi pour la plupart retenus suivant les mêmes tours de passe-passe.

Un directeur adjoint d’une des écoles précitées confiait, il y a quelques mois à son petit- fils, au sujet d’un concours organisé par son établissement : « Mais toutes ces personnes, qui ne font que venir déposer des dossiers alors qu’on a juste besoin de 50 places, elles ne comprennent donc pas qu’ici on ne gagne pas le concours mais qu’on inscrit seulement les gens ?  ». Un aveu qui semble bien confirmer les soupçons de parrainage multiples, corruption et favoritisme, qui ponctuent lesdits examens.

Sonia a 21 ans, nous la trouvons très décontenancée aux abords de l’école nationale d’administration. En allant sur le site web de l’EPCA, elle vient d’apprendre qu’elle est recalée au concours organisé en décembre dernier par ladite école, mais dont les résultats n’ont été connus que la semaine dernière. Elle ne comprend pas pourquoi plus de la moitié des admis n’ont pratiquement que les mêmes noms.
« En parcourant bien ces listes vous remarquez facilement qu’il s’agit des gens d’une même ethnie, qui sont admis ici. Est-ce que ça veut dire que les autres n’ont rien foutu ? », regrette Sonia qui ne manque pas de fustiger le retard accusé par les responsables de l’EPCA pour délibérer l’examen. « En plus, ils ont mis près de trois mois pour proclamer un concours qui aurait dû être proclamé depuis. Ils ont eu tout le temps nécessaire pour mettre les noms de leurs parents comme d’habitude  ».

Même sort pour Jeff, 26 ans. Recalé lui aussi à ce même concours, il ne comprend pas pourquoi son nom n’apparaît sur la liste des admis, alors qu’il avait bien travaillé. « Je ne vois même pas les épreuves qui pouvaient m’empêcher d’avoir ce concours. Et ils sont là à encaisser l’argent des gens pour rien  ». Occasion aussi pour Jeff de s’interroger : « Pourquoi organisent-ils encore les concours si ce n’est pour mettre leurs parents après ? ».

Des réactions toutes désabusées, mais qui révèlent bien le doute et la suspicion presque généralisés qui entourent le processus d’organisation des concours au Gabon. Surtout pour l’école des douanes dont certains avouent ne pas savoir où et quand il a lieu. Les rares personnes qui y déposent leurs dossiers de candidatures confient n’avoir jamais su le lieu de l’examen. A leur grand étonnement, elles apprennent seulement que les autres sont déjà en formation. Une formation dont le choix souvent en catimini n’est favorable qu’aux seuls "fils à papa", "neveux à tonton", et autre amis. Le tout sur fond de régionalisme ambiant en la matière.


Charles Nestor NKANY

Vos commentaires

Répondre à cet article

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Articles relatifs