Canton Anengue : « Il faut que l’Etat nous donne l’autorisation d’éliminer les éléphants », dixit Jean Boniface Aboghe

mercredi 30 novembre 2016 Société & environnement


Depuis deux ans qu’il a été porté à la tête de la chefferie du canton Anengue dans le département de Bendjé, (province de l’Ogooué- Maritime), Jean Boniface Aboghe travaille pour que les fils de ce canton s’unissent. Base, selon lui du développement de la contrée. Il estime que c’est unis que tous vont se battre pour influencer les décisions indispensables au développement du Canton Anengue, composé d’une vingtaine de villages dans lesquels la construction d’une salle d’accouchement demeure une des priorités les plus urgentes au même titre que l’établissement d’une infrastructure pour faciliter le fichier d’état- civil, véritable problème dans ledit canton.

Gaboneco (GE) : Mr Jean Boniface Aboghé, comment se porte votre canton ?

Jean Boniface Aboghé (JBA) : Notre canton se porte tant bien que mal. Nous avons ici trop de manquements. Nous sommes sur la route qui mène au village Bissoma et partout. Il n’y a pas de voitures. Dans les autres villages il y a des véhicules. Mais nous ici, au lac Anengue il n’y a rien. Il n’y a pas de voitures depuis près de 10 ans pour évacuer les produits agricoles. A cela s’ajoute le phénomène des éléphants qui viennent jusqu’à détruire nos plantations et détruire les bananes plantées derrières nos cuisines. Vraiment nous sommes dans l’embarras. Il faut que le Gouvernement nous vienne en aide. Il doit nous donner l’autorisation de tuer les éléphants. On peut les chasser mais c’est en vain. Un homme désarmé ne peut pas lutter contre un éléphant. C’est un être vivant extrêmement puissant et dangereux.

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Jean Boniface Abeghe, chef du canton Anengue

GE : Monsieur le Chef de Canton, vous avez parlé du manque de véhicules. Avez-vous d’autres moyens de locomotion ?

JBA : Là encore c’est un problème, nous n’avons rien. Il y avait trois embarcations lors de fêtes tournantes de l’indépendance en 2015.Mais je crois qu’elles ont été détournées. On tourne avec des particuliers. Il nous faut des embarcations pour faciliter le transport des personnes et des biens.

GE : Lors d’une question orale à l’assemblée nationale, le député de la localité, Alphonse Angara, avait justement demandé au Gouvernement qu’une indemnisation soit accordée aux familles victimes des pillages des plantations par les éléphants. Etes-vous d’accord avec lui ?

JBA : Nous sommes en phase avec notre député. Mais dans la réalité, il faut reconnaitre que ce ne sera pas possible. Parce que ce phénomène-là, n’est pas propre à notre canton. C’est plutôt un phénomène national. Qui sera indemnisé et qui ne le sera pas ? Là aussi il faut que l’on se mette à la place de l’état. Il faut que l’état nous donne l’autorisation d’éliminer les éléphants.Cela va faire en sorte que les éléphants aillent en brousse. Sinon ils vont nous tuer. Si le Gouvernement peut faire preuve de bonne foi et nous aider. Si on dit qu’on va indemniser les sinistrés des éléphants, vous allez encore enregistrer du désordre, car tout le monde va venir se faire indemniser même ceux qui n’ont pas de plantations.

GE : L’école de Chic à Voir est dotée désormais d’un internat. Pourquoi vous êtes contre l’idée du paiement de 22.500 F CFA par enfant pour l’année scolaire ?

JBA : Soyons raisonnables, ici nous sommes en zone rurale. La vie n’est pas facile surtout au village. Le Conseil Départemental de Bendjé doit travailler pour aider les générations futures. Il y a des parents qui ont 4 ou 5 enfants. Comment vont-ils acquérir 22.500 multipliés par 5 ? Ici les gens vivaient essentiellement de culture. Le village de Bissoma et le Lac en général était la mère nourricière de Port-Gentil. Maintenant ce n’est plus le cas.Les gens dans ce village se nourrissent désormais de banane douce à cause des éléphants qui pillent les plantations. Surtout en cette période ou la pêche ne marche pas en raison des hautes marées. Il faut revoir le prix.Je propose 10.000 F CFA par enfant pour l’année. En plus les parents doivent ravitailler l’internat en vivre par semaine ou toutes les deux semaines. Ensuite, je crois que le Conseil Départemental de Bendjé a les moyens de débloquer 1 ou 2 millions par mois pour aider les enfants de tous les départements et cantons (Anengue, Ogooué, Océan et Ozouri).

Là je ne parle plus du Canton Anengue qui a trois internats. Il y a de l’argent débloqué pour le carburant des voitures des agents. Mais cet argent doit être mis à la disposition des enfants. C’est une obligation de former et éduquer comme il se doit les enfants pour l’avenir de notre département et donc du pays.

GE : Au niveau de la santé, est ce que les dispensaires sont approvisionnés en médicaments ?

JBA  : Oui pour le moment il y a des médicaments. Mais j’ai demandé à tous les infirmiers de garder les copies des demandes. Parce qu’il faut savoir faire les demandes. Le Lac Anengue a des maladies particulières. Donc la demande ne doit pas se faire n’importe comment. Je veux saluer l’idée d’une caravane médicale. Elle permet entre autres de former les infirmiers et autres infirmières parce que tous les jours les noms des médicaments évoluent. Je crois que le Canton doit être averti de toute la dotation en médicaments. Le plus souvent il y a des infirmiers qui passent à côté. C’est normal parce qu’il faut qu’ils soient formés. Il faut des séminaires pour que les infirmiers sachent utiliser les nouveaux médicaments être toujours performants.

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Réserve de médicaments du canton Anengue

GE : Comment cela se passe avec les femmes qui accouchent ici, votre canton dispose-t-il d’une maternité ?

JBA : C’est un problème sérieux ! Nous souhaitons que le Gouvernement envoie un médecin généraliste de manière périodique pour des consultations. Les grossesses ne sont pas suivies au village. Les femmes accouchent dans de mauvaises conditions. Ensuite, il nous faut une salle d’accouchement équipée. Cela permettra aux nouveau-nés d’avoir des papiers et pourront par la suite être enregistrés dans l’Etat civil. Nous devons remettre en place les centres d’états civils parce que c’est un gros problème ici.

GE : Pourquoi avoir lancé un appel à l’unité des fils du Canton Anengue ?

JBA : Nos aïeux ont vécu ensemble et de façon paisible. Il n’y avait pas de distinction en ce sens qu’il y a des Miéné, Fang, Eshira et autres. Unis on est fort ! C’est pour cela que nous sommes tous polyglottes. Si nous sommes divisés on ne va jamais réussir.Je ne veux pas la politique dans la haine. Il faut l’unité de ce canton !

GE : M. le Chef du canton, parlez-nous de l’entrée du lac Anengue qui s’est refermée, de quoi s’agit-il exactement ?

JBA : Il y a des interdictions de ne pas brûler sur cette terre. Les autochtones de ce lac sont des mienés. Ils avaient autrefois un code de conduite basé sur le en respect des génies, représentants de Dieu sur terre. Mais ce qui a gâté l’affaire ce sont les autres ethnies qui en venant bivouaquer n’ont plus respecté les traditions. Alors le génie « OWONGA » dans un élan de colère se manifeste en fermant l’entrée du lac sur plus de 4 ou 5 kilomètres.

Si vous n’êtes pas connaisseur jamais vous ne saurez qu’ici il y a un passage de plus de 1 kilomètre de long. En saison sèche quand l’eau disparaît tout le poisson ne dépasse pas la montagne du génie. Pour nous c’est une protection. Maintenant il faut respecter le code de conduite. Quand l’entrée se ferme c’est grave. Les gens font presque une semaine-là à attendre dans les pirogues et la banane se décompose. Quand ça se ferme il y a les roseaux et autres papyrus par milliers qui se rassemblent et gênent considérablement la circulation durant plusieurs mois. La dernière fois que cela s’est fermé c’était en 2009.On se prépare à faire les sacrifices nécessaires pour éviter d’autres problèmes. Je vous assure que si on ne fait pas de sacrifice. L’entrée du Lac Anengue va encore se refermer.


Propos recueillis par YAO

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