Cambriolage à Ondogo : Une commerçante victime d’une injustice !

mercredi 25 juillet 2018 Société & environnement


Rencontrée au Palais de justice, désemparée, quasiment les larmes aux yeux, une commerçante gabonaise, la trentaine, propriétaire d’un troquet cambriolé quelques jours auparavant par des malfrats au quartier Ondogo dans le sixième arrondissement, affirme avoir été victime d’une injustice orchestrée par l’enquêteur de son affaire et une juge d’instruction du parquet de Libreville.

L’affaire remonte au 24 juillet dernier. Victime d’un cambriolage de son troquet sis au quartier Ondogo dans le sixième arrondissement de Libreville, P.O.P porte plainte quelques jours après auprès des services de la Brigade anti criminel (BAC). Les malfrats ont emporté un poste téléviseur, un baffle, un décodeur, des boissons etc. Quelques jours plus tard, l’un des appareils dérobé dans le cambriolage, (Ndlr : le poste téléviseur), a été retrouvé dans le même quartier chez un ressortissant béninois tenancier d’un garage avoisinant le troquet visité nuitamment.

Alertée par des personnes ayant identifié le poste téléviseur, la jeune gabonaise débarque chez le concerné avec un agent de police. Sur les lieux, cette dernière a reconnu sa télévision et le mis en cause a été arrêté pour possession d’objet recherché. Le béninois, communément appelé ’’Papa Jumeaux’’, a été placé en garde à vue durant plusieurs jours. Mais l’intéressé a nié être l’auteur du cambriolage, expliquant que la télévision avait été déposée par un voleur dans son garage. Ce que refusait d’admettre l’enquêteur qui disait tenir son présumé coupable.

La décision du Parquet du tribunal de Libreville ?

Présenté le 24 juillet dernier devant le Parquet, ce dernier a été relaxé après une audience semble-t-il n’obéissant pas aux normes. Distraite selon la propriétaire du troquet, la magistrate chargée de trancher l’affaire a à peine entendu la plaignante, puis a prononcé la libération du présumé coupable, en passant outre le motif de « recel ». D’après la plaignante, « Ils m’ont demandé de récupérer ma télévision et de rédiger une nouvelle plainte. Mais pourquoi le faire lorsque, la personne retrouvée avec mon appareil vient d’être libérée ? », s’interroge la plaignante.

Pour cette dernière, le déroulement de cette affaire laisse entrevoir des ambiguïtés facilement détectables du point de vue de la logique et du droit. Selon elle, jusqu’à preuve de contraire, le propriétaire du garage demeure le principal suspect du vol, il ne pouvait être aussi facilement acquitté.

Le point de vue d’un Magistrat en fonction

Pour bien comprendre cette affaire, les services d’un magistrat en fonction dans l’administration publique dont l’identité ne sera pas révélée ont été sollicités par notre Rédaction. Ce dernier est catégorique : « Si l’on considère que le présumé coupable, c’est-à-dire celui avec qui la télévision a été retrouvé, n’est pas le voleur, le principe de receleur devrait au moins s’appliquer dans ce cas précis puisque l’appareil a été retrouvé avec et chez quelqu’un. », souligne le magistrat qui remet en cause,sous condition, la décision de son collègue.

Pour lui, sans le vrai coupable du cambriolage rien ne spécifie qu’il n’est pas le voleur. Et, bien que l’appareil ait été rendu, la plaignante sort de ce procès entièrement perdante et selon lui, introduire une nouvelle plainte tel que recommandé par la Magistrate juge de l’affaire ne servira à rien. « Si l’appareil a été rendu, ce ne pas évident qu’il y ait une suite favorable à cette affaire », explique le Magistrat.

Pour l’homme de loi, le présumé coupable acquitté devrait payer les frais de ce vol pour le fait de n’avoir pas officiellement déclaré la télévision et pour l’avoir utilisé comme si la chose lui appartenait. « C’est un receleur de mauvaise foi », déduit le Magistrat et en tant que tel, il devrait être condamné pour ce motif. Malheureusement, déplore-t-il, ce type de magouille est fréquente dans le milieu judicaire gabonais et traduit le malaise qui gangrène une corporation à la base élitiste.

Et si Francis Nkéa avait raison ?

Le fléau de la corruption dans le milieu judicaire gabonais n’est malheureusement pas circonscrit. Et ce cas, s’il s’agit réellement d’un cas de corruption n’est tout de même pas le premier du genre car bien des personnes en ont souffert et, il fallait bien un avocat de formation pour le rappeler. En effet, s’indignait Me Francis Nkéa, alors ministre de la justice il y a quelques mois, « la corruption des magistrats est devenue de nos jours un fléau auquel sont quotidiennement confrontés les gabonais. (…) il n’est pas rare de voir justiciables payer de fortes sommes à des juges pour obtenir des décisions de justice en leur faveur ».

Une diatribe que les Magistrats du Gabon, regroupés au sein du Syndicat national des magistrats du Gabon (Synamag) ont eu du mal à avaler tant elle reflète la réalité. Si tant est que ces propos ont été au centre des tensions entre ce dernier et les hommes de la justice, ils révèlent cependant un mal bien réel dans cette corporation. Un mal dont vient peut-être d’être victime P.O.P.


Michael Moukouangui Moukala

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