Braconnage : 5 tonnes de viande de brousse convoyées chaque semaine sur Paris

jeudi 24 juin 2010 Société & environnement


Selon un rapport de l’Institut de zoologie de Londres, 5 tonnes de « viande de brousse » sont illégalement acheminées chaque semaine à l’aéroport Charles-de-Gaulle de Paris, en provenance du Cameroun, du Congo ou encore de la République centrafricaine.

Carcasses de singes, d’antilopes, de pangolins ou encore de crocodiles, c’est un véritable réseau que vient de dénoncer la revue britannique Conservation letters. Le média rapporte que l’Institut de zoologie de Londres estime à 5 tonnes hebdomadaires la quantité de « viande de brousse » dissimulée dans les bagages réceptionnés à l’aéroport Charles-de-Gaulle. Si chaque cargaison de viande pèse en moyenne 20 kg, certains voyageurs peuvent transporter jusqu’à 50 kg dans des bagages uniquement dédiés à ce trafic.

Le Congo, la République centrafricaine (RCA) et le Cameroun sont les principaux fournisseurs des amateurs de viandes exotiques résidant en France. Un business clandestin mais non moins lucratif émerge dans certains quartiers de Paris. A Château Rouge par exemple, la commande de morceaux de primates ou de porcs-épics se fait sous le manteau dans les marchés africains, pour des prix oscillant entre 20 et 40 euros le kilo.

Si l’étude a permis de dégager par extrapolation des chiffres inédits sur le sujet, elle met en lumière « une pratique qui n’est pas nouvelle », explique le co-auteur de l’étude, Yves Lignereux. Malgré la récurrence des saisies, les douaniers n’accordent qu’un intérêt très relatif au trafic d’animaux sauvages car « ce n’est pas leur priorité. Ils préfèrent traquer les montres Cartier fabriquées en Chine ou le trafic de drogue », a-t-il expliqué. Contrairement aux saisies de stupéfiants ou d’objets contrefaits, l’activité est moins alléchante pour les douaniers, car « elle ne leur ouvre pas le droit aux primes », note l’étude.

Si les contrebandiers risquent une amende comprise entre 150 à 450 euros suivant la quantité transportée, ils bénéficieraient d’une certaine complaisance de la part de la police des marchandises. En deux semaines et demie d’enquête à l’aéroport Charles-de-Gaulle, les chercheurs ont relevé l’application d’une seule amende, alors que les douaniers ont procédé à une dizaine de saisies de viande de brousse.

« Les transporteurs de viande ressentent les saisies comme un vol C’est une décision qu’ils ne comprennent pas et le font savoir haut et très fort. Les douaniers pensent peut-être que la saisie est une punition suffisante », a expliqué la chercheuse en sciences vétérinaires Anne-Lise Chaber. Une situation d’autant alarmante que les services de douanes n’ont pas souhaité réagir à la question.

Un business rentable, mais qui n’est pourtant pas sans risques. Risques notamment sanitaires puisque les carcasses de viande n’ont pas subi les contrôles d’hygiène drastiques prévus par un règlement européen de 2004. « Faut-il rappeler que le VIH a été transmis par le singe ? Sans parler du virus Ebola qui a fait des ravages chez les mangeurs de primates », a indiqué Yves Lignereux.

La viande d’animaux sauvages se présente certes sous la forme de pièces fumées et séchées, ce qui facilite la conservation de la denrée mais n’écarte pas la présence de virus très résistants comme la variole, précise Anne-Lise Chaber. « Et comment garantir que le fumage n’a pas été réalisé grâce à la combustion de pétrole ? Au quel cas le consommateur pourrait en effet être exposé à des substances cancérigènes », a encore ajouté monsieur Lignereux.

Le maintien des effectifs d’animaux sauvages en Afrique sub-saharienne constitue par ailleurs une autre préoccupation. 40% des spécimens interceptés lors de l’enquête étaient en effet protégés par la Convention internationale CITES, qui interdit le commerce de certaines espèces d’animaux.

« Faute de temps et de moyens, l’enquête n’a pas porté sur les marchandises transportées par fret, cargo ou colis postaux. Mais je ne doute pas que la viande de brousse arrive aussi par ces moyens », avance Anne-Lise Chaber. Afin de mieux prendre la mesure du phénomène, la chercheuse souhaite se lancer dans une étude plus ambitieuse qui se déroulera sur un an afin de passer au crible plusieurs aéroports et marchés européens.


Gaboneco

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