Arrestation d’Alain Djally : Me Jean Rémy Bantsantsa tape du poing sur la table !

lundi 24 avril 2017 Politique


L’avocat de Jean Ping, Jean Rémy Bantsantsa, très remonté, dénonce avec la plus grande vigueur l’arrestation de l’aide camp de son client. Pour Me Bantsantsa, « Alain Djally (Ndlr : l’incriminé) a été placé sous mandat de dépôt sur la base de faits complètement ridicules ». Ce dernier soutient que ce dossier en plus d’être vide, vise à « affaiblir » Jean Ping.

Gaboneco (Ge)  : Me Jean Remy Bantsantsa, l’aide de camp de Jean Ping, Alain Djally est incarcéré à la prison centrale de Libreville depuis quelques jours. Quelle est la version d’Alain Djally ?

Jean Remy Bantsantsa (JRB) : L’aide de camp de Mr Jean Ping a été arrêté le jeudi 14 avril dernier. Il sortait de son domicile avec son épouse. Il se rendait chez le président Ping pour travailler. Alors qu’ils achetaient des journaux, il a été approché par un pick-up blanc à bord duquel sont sorti des hommes armés. Il a été emmené menotté et cagoulé en quelque sorte puisqu’on lui a mis son polo sur le visage. Ils l’ont conduit comme ça jusqu’à la DGR (Direction générale des recherches de la Gendarmerie). Il a été interrogé par des gendarmes qui cherchaient à savoir s’il avait des armes. Il a répondu avoir chez lui, une seule arme à blanc. Il a indiqué aux enquêteurs où se trouvait l’arme.

Les gendarmes se sont alors rendus chez lui pour fouiller la maison. Ils sont revenus avec l’arme et les munitions. Le jour même, j’ai essayé de le rencontrer ainsi que l’enquêteur comme la loi me l’autorise. Mais j’ai été baladé de bureau en bureau. C’est finalement le vendredi que j’ai rencontré Mr Djally. J’ai donc appris que mon client est poursuivi pour détention illégale d’arme et pour détention et usage de son ancienne carte de militaire.

Ge : Etes-vous convaincu par les chefs d’inculpations ?

JRB  : Il y a une législation qui règlemente l’achat et le port d’armes et des munitions au Gabon. C’est la loi 15/82 du 24 janvier 1983. Cette loi n’interdit pas d’avoir une arme à blanc avec des balles à blanc. Les armes à blanc servent pour l’autodéfense à la maison. L’arme dont Mr Djally est détenteur est une arme à blanc. De ce point de vue, il n’y aucune infraction à la loi sauf si on veut nous apporter la preuve qu’aujourd’hui il y a une loi contraire au Gabon. Les armes à blanc sont en vente libre. La loi n’oblige pas d’avoir aussi un permis de port d’arme à blanc.

Les seules armes qui nécessitent un permis ce sont les armes de troisième catégorie. Les armes de guerres donc c’est du domaine de l’état. Du point de vue du droit cette infraction ne tient pas. C’est une hérésie et une bêtise ! Pour ce qui concerne la carte militaire, le juge d’instruction semble faire un reproche à mon client d’avoir gardé sur lui son ancienne carte militaire au lieu de la rendre quand il est parti à la retraire.

Mais enfin ! Combien de gens gardent avec eux d’anciennes cartes scolaires, des cartes d’étudiants, professionnelles et autres ? Est-ce que cela constitue un délit ? J’attends de voir que ce juge me démontre que le fait de garder son ancienne carte militaire est un délit. M.Djally est à la retraite, il est un ancien militaire de l’armée de l’air. Il a servi auprès de Mr Ping pendant des années depuis qu’il était Ministre des affaires étrangères (Ndlr : durant 13 ans). A cette époque le militaire possédait une arme puisque étant en service. Il est parti avec le président Ping à l’ONU quand il était président de la 59e assemblée générale des Nations-Unies (septembre 2004-septembre 2005). C’est quand le président Ping a occupé la présidence de la commission de l’Union Africaine (Avril 2008-Octobre 2012) qu’il a restitué son paquetage militaire et son arme. Il sort de l’armée et il a été mis à la retraire. Selon ce qu’il m’a fait savoir, les deux ou trois premières fois en allant toucher sa pension au trésor public, les gens étaient bien surpris qu’un jeune comme lui soit à la retraite. En plus de sa pièce d’identité civile, il a présenté son ancienne carte militaire. C’est vrai qu’en ce moment il n’a pas encore sa carte de militaire retraité, mais il ne s’est jamais prévalu de cette qualité en tant que militaire en activité. Il ne se prévaut que d’une qualité de militaire à la retraite. D’autant qu’il touche sa pension. Si le juge d’instruction estime que le fait de garder son ancienne carte est une infraction je voudrais que ce juge m’indique qu’elle est la loi qui interdit de garder son ancienne carte ? Nous tous, nous gardons des anciennes cartes. Je crois avoir encore dans mes archives mon ancienne carte d’avocat stagiaire, mon ancienne carte de conseiller juridique et fiscal et mon ancienne carte d’étudiant. Est-ce pour autant une infraction ? Je crois qu’il y a une volonté de vouloir créer un climat de terreur au sein de la galaxie de Monsieur Jean Ping.

Ge : Me, vous êtes allé à la prison pour voir votre client pourquoi ne l’avez-vous pas rencontré ?

JRB : Les règles sont claires en matière d’instruction d’un dossier ! Lorsque quelqu’un est en détention, il peut communiquer librement avec son avocat. M.Djally a été placé en détention par le juge d’instruction pour des faits absolument ridicules, je dis bien ridicules. C’est mon devoir en tant qu’avocat d’aller rencontrer mon client. D’autant que le juge a fait savoir qu’il allait l’auditionner sur le fond. Encore que sur le fond, je ne sais pas ce qu’il va dire en outre parce qu’il a tout dit. C’est mon devoir d’aller en prison pour voir si mon client est détenu dans des conditions humaines. Je suis allé à deux reprises (mercredi et jeudi dernier) je me suis vu refusé de rencontrer mon client pour des raisons complètement invraisemblables. C’est une histoire de fou ! On me dit que le directeur de la prison n’est pas là pour viser mon permis de communiquer. Je crois que dans ce pays on a atteint le sommet du ridicule.

Ge : Qui vous a refusé l’accès ?

JRB : C’est le service de l’administration pénitentiaire. C’est un officier de l’administration pénitentiaire à qui j’ai présenté mon permis. Lorsque je me présente devant le greffe, à l’entrée de la prison, je présente mon permis. On va chercher le détenu et je communique avec lui dans une salle qui a été aménagée par nous autres avocats pour cela. J’ai attendu assis pendant une heure. C’est au bout du compte qu’on me dit que je ne peux pas voir mon client parce que le directeur de la prison est en séminaire et il n’a pas donné son aval. Franchement une administration ne repose pas sur un seul homme. Cela veut dire, que tant que le directeur de la prison n’est pas là, l’administration ne fonctionne pas. On ne peut pas aussi recevoir des prisonniers déférés ou placés sous mandat de dépôts. Comment comprendre qu’on interdise à un avocat de rencontrer son client alors que dans le même temps on accepte de recevoir des prisonniers mis sous mandat de dépôt alors que ce même directeur n’est pas là ? C’est grotesque et ridicule de la part des gens qui tous les jours se targuent d’être dans un pays de droit. Ce sont des gens qui n’ont rien à faire avec les droits humains.

Ge : Est ce que vous avez cherché à rencontrer le directeur de la prison ?

JRB  : Je vais essayer d’aller rencontrer mon client dans les prochains jours. Maintenant si ce n’est pas fait, je vais demander à rencontrer le directeur de la prison. J’espère que cette fois-ci il va me recevoir.


Propos recueillis par YAO

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