Appel de Jean Ping : Quand l’opposition l’arrête…

mardi 22 janvier 2019 Politique


Lancé le 3 novembre dernier, l’appel de Jean Ping qui voulait profiter de l’état de santé de son rival, Ali Bongo, pour s’emparer du pouvoir, n’a pas, jusqu’ici trouvé d’écho favorable dans les rangs de l’opposition. Pire, tous les alliés d’hier ou presque, aujourd’hui assis à l’Assemblée nationale, ont déjà pris le large, estimant désormais que toute prise de pouvoir par la force est anticonstitutionnelle.

Hier encore acceptée par l’ensemble de la coalition pour une nouvelle république, la stratégie de prise de pouvoir par la force n’est plus partagée que par Jean Ping lui-même. Pour les autres membres ayant pris part aux législatives et qui siègent désormais à la chambre basse du parlement, elle est devenue un attentat à la Constitution. Et même si l’ancien candidat de l’opposition à la dernière présidentielle continue toujours de revendiquer sa victoire du scrutin, il semble que pour les autres, la messe a déjà été dite avec l’investiture d’Ali Bongo qui, plus de deux ans après, est entré dans le vif de son deuxième mandat, malgré un AVC qui le cloue depuis bientôt trois mois sur un fauteuil roulant. Le scénario, quoi qu’embarrassant pour certains leaders de l’opposition qui appellent à la désignation d’un collège de médecins, aux fins de statuer sur les capacités d’Ali Bongo Ondimba à diriger encore le pays, ne semble choquer outre mesure le pouvoir en place. Lequel continue à clamer à qui veut l’entendre, que le président va mieux et qu’il travaille depuis son lieu de rééducation au Maroc.

Mais visiblement, même l’opposition, malgré ses mises en garde sur la « théâtralisation » ou la « mise en scène » d’un malade cloué sur une chaise, ne parvient pas, elle aussi à imposer sa voix. Surtout lorsqu’elle affirme son soutient à la constitution en rejetant toute prise de pouvoir par la violence, allusion faite directement à l’appel de Jean Ping, qui dans un meeting à son QG des Charbonnages en décembre dernier, avait lancé, en direction de ses partisans : « A partir d’aujourd’hui, je ne vous retiens plus. La voie est libre. Ça passe et ca casse ».

Bloqué par les amis d’hier

Alors qu’il avait cru avoir trouvé une chance pour prendre le pouvoir, avec la maladie de son adversaire, l’appel lancé depuis le 3 novembre dernier par Jean Ping résonne comme dans le vide. Et c’est pour cela que Jean de Dieu Moukagni Iwangou, son soutien d’hier, devenu ministre de l’Enseignement supérieur d’Ali Bongo, comme en signe de moquerie, estime que cet appel « n’a pas trouvé d’interlocuteur particulièrement enjoué ». Il faut dire que l’éclatement de la coalition de l’opposition dont il n’est plus que le leader des vestiges, a fortement contribué à mettre en mal sa position de jusqu’au boutiste, lui qui n’a toujours pas réussi à faire le deuil d’une « victoire volée ». Et c’est là aussi le point de rupture d’avec la plupart des amis d’hier, qui ont préféré s’en tenir à la realpolitik plutôt qu’à une confrontation aux conséquences incalculables.

En effet, certains de ses soutiens ayant pris part au dialogue politique d’Angondjé, ont rejoint le gouvernement de son ennemi juré, Ali Bongo. D’autres comme Guy Nzoumba Ndama, Barro Chambrier et les Myboto ayant fait le choix de participer aux législatives, ont commencé à prendre leurs distances, après deux ans de « Résistance » infructueuse. Avec d’autres forces comme le Rassemblement Héritage et Modernité et l’union nationale. Ils sont désormais assis à l’Assemblée nationale. Pour ces trois leaders, comme pour la quarantaine d’autres partis de l’opposition qui en a fait récemment une déclaration, la question de la vacance du pouvoir ne doit se régler que dans son cadre constitutionnelle. On comprend dès lors qu’avec l’essentiel de l’opposition liguée contre lui, Jean Ping n’est donc qu’un président fictif, loin du pouvoir, même devant la maladie d’Ali Bongo qu’il croyait être pour lui une aubaine.


Leno KOLEBA

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