Alternance politique/« Le pouvoir dans la rue » : Utopie ou réalité ?

mardi 14 mai 2019 Politique


En suivant le weekend écoulé la rediffusion de l’Émission de la chaîne « Gabon 24 » animée par Ismael Obiang Nzé, nous avons été intéressé par l’expression des deux invités, mais nous sommes cru interpellés par le sujet objet du débat tant il peut prêter à confusion. A aucun moment en effet, la rue n’est capable de prendre le pouvoir puisque celui-ci, soit se transmet après une élection, soit s’obtient suite à un coup d’état militaire, c’est-à-dire un putsch, conduisant de facto celui qui a remporté le scrutin ou les militaires ayant mis fin au règne du président déchu à exercer les fonctions suprêmes. « Le pouvoir dans la rue », qu’est-ce alors ? De surcroit, peut-on parler dans ce cas de figure d’une utopie ou d’une réalité ?

Par définition, l’utopie est « une représentation d’une société idéale sans défaut contrairement à la réalité qui, elle, est le caractère de ce qui réel, de ce qui existe effectivement (et n’est pas seulement une invention ou une apparence) ». Elle est « l’ensemble des phénomènes considérés comme existant effectivement ». Ce concept désigne selon Wikipédia « ce qui est physique, concret par opposition à ce qui est imaginé, rêvé ou fictif ».L’on conçoit d’autre part la réalité comme le contraire de la théorie qui est une conception humaine remontant à la pensée qui demande à être concrétisée pour mériter d’être conçue comme quelque chose de palpable.

« Le pouvoir dans la rue » peut être expliqué comme la dictature de la rue découlant des manifestations populaires comme l’Afrique du nord en a connues lors du fameux printemps arabe à l’occasion duquel les populations en colère ont obtenu en Tunisie et en Égypte notamment le départ respectif de Zine El-Abidine Ben Ali et de Hosni Moubarak. Donnant là à voir une autre facette des peuples habitués à subir le dictat de leurs gouvernants et prêts à se sacrifier pour la cause commune, un peu comme avant eux les Roumains de l’époque de Nicolae Ceaucescu qui eurent raison de ce dernier malgré les chars qu’il déploya pour mâter leur manifestation.

L’ambigüité d’une telle notion

Conséquence de ces agissements : la fin d’une dictature classée parmi les plus saillantes du monde. Ces populations qui poussent l’Exécutif à s’exécuter peuvent logiquement nous faire dire qu’elles ont acquis le pouvoir, mais devrait-on le concevoir comme une réalité, sachant que ceci passe par l’effectivité de l’exercice du pouvoir, des institutions existant pour assurer la continuité de celui-ci et la loi fondamentale, la Constitution pour la nommer, prévalant dans tout État moderne se réclamant de la démocratie ? Là où le « pouvoir dans la rue » peut être assimilé à une réalité, c’est lorsque les manifestations populaires par exemple conduisent ou sont à l’origine du départ d’un souverain.

Encore faut-il préciser pour le nuancer que le fait d’être arrivé à la destitution d’un gouvernant ne confère point à la rue la capacité de se substituer à lui puisque cela ne confère pas aux manifestants ou aux révolutionnaires le pouvoir de gérer les affaires de la cité. Et c’est bien de cela dont il s’agit aujourd’hui en Algérie ou au Soudan où les populations ne veulent plus de tous ceux qui incarnaient l’ancien pouvoir ou ne veulent pas que les militaires sautent sur l’occasion qu’elles leur offrent pour s’emparer dudit pouvoir avec le risque de perpétuer les habitudes de l’ancien régime tant décriées.

La nécessité d’une prise de conscience au sommet

Cependant, elles peuvent être consultées, ces populations, le moment venu pour que l’on recueille auprès d’elles leurs avis qui peuvent s’avérer nécessaires pour ne pas donner l’impression qu’on leur en impose et pour éviter de les pousser à reprendre la rue. Faire entendre leur voix, c’est cela qui a guidé surtout les Algériens et les Soudanais qui savent jusqu’où ils peuvent aller dans la revendication et quelle est leur marge de manœuvre quoique la situation qui leur est favorable soit susceptible de leur faire oublier un certain nombre de principes régissant le fonctionnement d’un État.

Tout compte fait, parler du « pouvoir dans la rue » qu’il soit qualifié d’utopie ou de réalité reviendrait très certainement à faire prendre conscience aux tenants du pouvoir ou dirigeants de nos États de la nécessité qu’il y a d’éviter qu’une fracture sociale surtout durable ne s’installe au point de conduire les populations, les bouder avec pour conséquence fatale de les pousser vers la porte de sortie sans en référer aux institutions chargées d’adopter pareille attitude ou aux textes en vigueur.

Le pouvoir au peuple !

Après tout, il est de plus en plus démontré que lorsque la rue gronde sans arrêt, rien ne peut lui résister et que la fronde des populations développe chez elles un instinct plutôt grégaire et irréductible contre lequel même les pouvoirs les plus téméraires ne peuvent rien. L’histoire des nations nous l’a à plusieurs reprises démontré. A notre humble avis, le chemin le meilleur pour éviter ce genre de situations est l’instauration de véritables systèmes démocratiques caractérisés par une alternance au pouvoir pour ne pas que des personnalités ayant la capacité de constituer une alternative et désireuses d’apporter de quoi elles sont capables à leur pays ne soient affectées par la limite d’âge ou ne disparaissent sans que l’on n’ait à tirer profit d’elles, d’où nous saluons les pays qui pratiquent et soutiennent le respect du suffrage universel et la limitation des mandats qui offrent au peuple le choix de leurs dirigeants et la possibilité de comparer ceux-ci entre eux.

De plus, ces pays mettent les populations devant leur responsabilité et n’impliquent que dans une moindre mesure les dirigeants auxquels ils n’accordent qu’une chance infime, peut-on dire, de se maintenir, contrairement, à d’autres au pouvoir ad vitam- aeternam.

Le citoyen tel une force de proposition

Mais ce n’est là qu’un souhait qui ne rencontrera très certainement pas l’assentiment du grand nombre. Juste pour nous le temps d’ouvrir en tant que citoyen une piste aux nombreux problèmes auxquels nous faisons sans cesse face, problèmes qui ont pour origine la rigidité d’un système dans un environnement qui se prête mieux à l’ouverture démocratique qu’à la dictature sous quelque forme que l’on la présente. Ces scènes de rue observées parfois pendant de longues semaines sans interruption n’affaiblissent-elles pas le pouvoir de l’État et ne lui font-elles pas perdre du temps et de l’argent en dehors de se solder par des morts d’Hommes lorsque le détenteur du pouvoir tient à tout prix à le conserver y compris par l’usage de la force, transformant les manifestants en véritables chairs à canon ?

Qu’elle image renvoient-elles au monde si ce n’est celle de sociétés traversant à pas très lents la trajectoire historique connue par bien d’autres il y a de nombreuses années, des siècles pour les pays développés, quelques décennies pour les États africains dont on peut considérer qu’ils sont entrés dans l’ère démocratique qu’il n’est parfois pas à confondre avec le multipartisme, à la faveur du « vent de l’Est » à partir de 1990.


Dounguenzolou

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