Agriculture : Les annonces peu convaincantes de Biendi Maganga Moussavou

lundi 4 novembre 2019 Société & environnement


L’agriculture, comme bien des secteurs d’activités, constitue depuis quelques années, l’un des domaines de résilience sur lequel les autorités publiques comptent s’appuyer pour redynamiser l’économie nationale. Pour y parvenir, ces dernières multiplient depuis lors, des engagements et des projets. Le dernier en date, la création des zones agricoles à forte productivité. Seulement, plusieurs mois après leur annonce, le financement et l’activation de ces zones manquent de clarté.

Avec une contribution de moins de 5% au PIB du Gabon, l’agriculture ne constitue pas à proprement parler, un secteur phare de l’économie gabonaise en comparaison aux secteurs comme celui du pétrole, des mines, des services ou encore de la forêt. Afin d’inverser cette tendance, les autorités tentent depuis quelques années de multiplier les projets dans ce secteur. Après le programme Gabonaise de réalisation des initiatives des gabonais engagés (Graine), lancé en 2014 sous la houlette du Président de la République, Ali Bongo Ondimba, et, destiné à poursuivre la diversification de l’économie gabonaise et revivifier la production agricole nationale, c’est désormais vers des pôles agricoles dits à forte productivité que les autorités gabonaises tentent de se tourner.

Annoncé pour la première fois en avril dernier, lors de l’atelier international des responsables et professionnels des zones franches en Afrique et dans le monde (AFZO), par le Ministre de l’agriculture, Biendi Maganga Moussavou, la mise en place de ces zones devrait selon ce dernier, permettre l’organisation des divers bassins agricoles par filières spécifiques. En clair, il s’agira pour le Gabon de créer des zones d’investissement spécialisées en agriculture, capable d’insuffler une nouvelle dynamique en encourageant principalement le « retour à la terre » de milliers de jeunes gabonais alors que l’exode rural frappe de nombreuses communautés rurales du pays et compromet l’avenir de l’agriculture. A cet effet, la validation récemment d’un projet de constitution des zones agricoles à Ibemba et à la Remboué constitue en soit, un premier pas vers ce projet. Car, pour les autorités gabonaises la mise en place de ce projet se présente comme une réponse à la transformation des communautés rurales et une réponse aux problèmes qui affectent le quotidien de nombreux jeunes : accès à l’électricité, services de santé, routes viabilisées, écoles, téléphonie mobile…

Si l’annonce de la mise en place de ces zones dans un pays comme le Gabon où, la diversification de l’économie nationale s’impose comme une priorité, au regard des tensions qui pèsent sur la contribution du pétrole au PIB, le manque de clairvoyance autour du projet de création de ces zones amène à s’interroger sur la période de leur effectivité y compris, l’origine des fonds nécessaires à leur financement. D’autant que, cela fait plusieurs mois que le Ministre de l’agriculture, Biendi Maganga Moussavou, avec fierté, vante les mérites de ce projet sans malheureusement donner plus de détails sur leur réalisation. La question qu’on peut donc se poser est celle de savoir, qui financera ce projet et sur quelle période ? Comment l’Etat s’y prendra-t-il pour mobiliser un maximum de jeunes dans l’agriculture autour de ces zones ? Quel seront les garanties ?

A la différence des pays voisins notamment le Cameroun où l’agriculture constitue un secteur d’activité de base et une source de gain pour l’économie de ce pays, le Gabon lui est encore loin du compte en matière de développement agricole. Pour preuve, les moyens financiers colossaux déboursés par l’Etat et les bailleurs de fonds à l’exemple de la Banque africaine de développement (BAD), la Banque mondiale ou la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) et, les projets élaborés dans ce sens ont prouvé l’incapacité du pays à atteindre l’efficacité de ce secteur. Alors que l’agriculture et les projets autour tels que la création des zones agricoles à forte productivité pourraient constituer un secteur de relais, il serait peut-être temps pour l’Etat d’être plus pragmatique dans la promotion de ces projets de développement en lieu et place de ce qui se fait actuellement.


Michaël Moukouangui Moukala

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