AFRICA N°1 : L’extinction dans l’indifférence générale

mardi 9 juillet 2019 Société & environnement


Portes ouvertes, bâtiments abandonnés aux hautes herbes, appareils rouillés, etc. Tel est le décor présenté par les deux sites d’AFRICA N°1. Que ce soit au centre d’émetteurs de Moyabi dans le Haut-Ogooué ou au sein de ses studios de diffusion de Libreville, le constat est le même, la désolation au grand dam du personnel, qui sombre dans le dénuement complet, avec des arriérés de salaire énormes. Tout cela au vu et au su des décideurs, qui ne semblent pas préoccupés outre-mesure par ce décor effarant.

« AFRICA N°1 meurt au vu et au su de tous, tout simplement parce qu’elle a refusé de chanter les louanges, en privilégiant le traitement objectif de l’information, et rien d’autre. Voilà son péché ». Cette réaction pleine de dépit d’un des journalistes recrutés aux premières heures du lancement de la radio en 1981, suffit pour comprendre l’oubli d’un média qui aura contribué à porter la voix du Gabon sur la scène internationale. Car, créée dans le cadre du NOMIC, le Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la Communication, la radio panafricaine a été, entre les mains des Africains, un outil essentiel pour tenter de contrebalancer le traitement souvent biaisé de l’information africaine par certains médias étrangers.

Pari réussi, car dans le couloir des années 80-90, la radio qui engrange chaque jour des millions d’auditeurs à travers le continent, devient très vite la première radio la plus écoutée dans sa zone de couverture, selon le classement Marcomer Gallup, publié en 1994. Avec le retrait de la France via sa société, la SOFIRAD, arrive alors la Libye de Mouhamar Kadhafi, qui devient actionnaire majoritaire du tam-tam continental. Mais le malheur aidant, avec l’assassinat en 2011 du guide libyen par la France, il devient impossible à la Libye de continuer à assumer ses engagements, notamment dans la mise en œuvre de la réforme pour laquelle elle s’était engagée avec ses 52% de parts du capital. Or, selon les textes, en cas de désistement ou d’incapacité de l’actionnaire majoritaire à assumer ses engagements, il revient à l’Etat gabonais, deuxième actionnaire avec ses 35%, de remplir cette tâche.

Une tâche que l’Etat n’a pas remplie jusqu’ici. Conséquence, les agents qui attendent le paiement de leur plan social depuis, totalisent plus d’un an de salaires impayés. Le centre international d’ondes courtes de Moyabi, gardé en son temps par les forces de sécurité a été abandonné à son triste sort aux hautes herbes qui ont pris possession des lieux. Même chose pour les studios de Libreville.

L’héritage en fumée d’Omar Bongo

Comble de malheurs, le redressement judiciaire mis en place depuis 2011 et qui perdure jusqu’ici, sans aucun résultat concret, semble s’enliser, mauvaise volonté des autorités ? En tout cas, pour les agents, le constat est sans ambages. Il y a manifestement de la mauvaise volonté des décideurs. Surtout que les différents ministres de la communication, tous ou presque n’ont jusque-là semblé prendre le problème au sérieux. Excepté, Guy Bertrand Mapangou, qui n’a trouvé d’autre solution que la dissolution d’une radio qui a pourtant fait rêver tout un continent.

Pour eux, AFRICA N°1 meurt non pas nécessairement par manque d’argent, mais simplement parce qu’elle a fait le choix d’un traitement équitable de l’information, sans tomber dans le piège des éloges dithyrambiques. Mais avec cette mort, c’est une partie de l’héritage d’Omar Bongo qui part en fumée, lui qui avait mis toute son énergie dans la naissance de ce géant médiatique international qu’a été AFRICA N°1. Quel gâchis !


Leno KOLEBA

Vos commentaires

  • Le 10 juillet à 10:24, par neurthon oyono En réponse à : AFRICA N°1 : L’extinction dans l’indifférence générale

    frenchement tous que gabon possedait qui faisait sa fierté est entrain de tomber en ruine ou detruit.la cité de la democratie detruite,le jardin de la payerie detruit,tous les grands cinema de libreville devenus des eglises,la toute premiere presidente de la republique detruite etc etc.et voila africa numero 1 qui part dans l’abandon total,une radio qui mettait le gabon en haut avec ses emissinon tel le kilmandjaro,les aventures mysterieuses de patrick NGUEMA NDONG.KIIIEEEE MON GABON D’ABORD

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