Accession du Gabon à la souveraineté internationale : Pour quelle indépendance politique ?

mercredi 16 août 2017 Politique


C’est bien le moment de poser cette question alors que le pays fête sa 57e année d’indépendance acquise le 17 août 1960. Or, 57 ans après, alors que leur pays semble libéré de la tutelle coloniale française, les politiques gabonais, majorité comme opposition ne manquent pas d’emprunter la route de la métropole pour s’y faire adouber. Comment parler d’indépendance du Gabon si l’élection présidentielle est toujours pensée comme une occasion pour la France de se choisir le président de son goût ? Comment parler d’indépendance si c’est toujours l’Elysée qui est appelé à la rescousse devant les blocages politiques permanents ?

Au-delà des parades militaires et autres défilés qui ponctuent chaque année la fête du 17 août, une question cependant resurgit : le Gabon est-il réellement un pays indépendant ? Si oui, qu’en est-il alors de son indépendance politique ? Les questions sont d’autant plus sensées qu’elles remettent sur la table, les travers et les paradoxes des hommes politiques gabonais dans leur ensemble. Des voyages d’adoubement en France, au cours desquels réunions parfois nocturnes avec certains vieux routiers de la Françafrique comme Robert Bourgi, le nostalgique d’un système révolu faisant feu de tout bois pour revenir à la charge, des appels d’intervention désespérés aux locataires de l’Elysée pour venir secouer une écurie politique malade de guerres pour le pouvoir, avec en prime quelques leçons de démocratie, etc...

Si on peut parler d’un semblant d’indépendance du Gabon, il semble difficile de situer la maturité et de l’autonomie politiques du pays. Et la dernière élection présidentielle, avec son cortège de violences aura été le point culminant de cette infantilité chronique du personnel politique gabonais, dont l’accession au pouvoir ne dépend que de l’interventionnisme démocratique de l’ancienne puissance colonisatrice.

Puisque de l’opposant Jean Ping à l’ancien président de l’Assemblée nationale, Guy Nzouba Ndama, en passant par l’ancien gouverneur de la banque des Etats de l’Afrique centrale, Casimir Oye Mba, l’obsession est toujours la même : faire intervenir l’actuel Chef de l’Etat français, Emmanuel Macron, afin de voler au secours d’une opposition aux abois en dégageant leur ennemi commun, Ali Bongo Ondimba, comme il a su le faire en envoyant à la retraite, les François Copé, François Fillon, François Hollande, Nicolas Sarkozy et autres poids lourds de la scène politique française. Même chose pour Ali Bongo dont la moindre leçon de démocratie en provenance de la France suffit à provoquer le courroux de tout le clan qui dénonce une ingérence inacceptable. D’un côté comme d’un autre, le fantasme de la France est donc là prégnant dans tous les esprits. Et l’indépendance tant brandie et fêtée triomphalement chaque année, manifestement est encore loin d’un véritable affranchissement politique national. Le Gabon n’est pas encore sorti des oripeaux de l’interventionnisme français, et si indépendance il y a, elle n’est encore qu’un leurre.


Charles Nestor NKANY

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